Je me permets d’écrire ces mots en réponse à tous ceux qui aujourd’hui prônent l’unité, car ça me fend le cœur également que nous soyons tellement divisés alors que notre pays court à sa perte.
Nous rêvons tous d’un nouveau Liban réunissant tous les Libanais de toutes les factions, de toutes les religions et de toutes les communautés.
Mais sur quelles bases
voulons-nous bâtir ce nouveau Liban ? Autour de quels principes et de quelles valeurs républicaines souhaitons-nous tous nous réunir ?
Prôner l’unité est légitime, et même très honorable. Mais nous ne pourrons jamais nous rassembler tous autour d’une union nationale tant que nous ne mettrons pas tous ensemble l’intérêt du Liban en premier lieu et que nous ne rejetterons pas toute influence étrangère quelle qu’elle soit.
Ne devrions-nous pas être tous d’accord sur les points suivants afin de pouvoir nous unir :
- Refuser l’occupation israélienne mais aussi refuser par la même occasion la mainmise de l’Iran sur l’État libanais et ses institutions. En quoi cela est-il censé être un sujet de discorde ou de polémique ?
- Refuser que notre territoire soit sujet à des guerres et à des conflits d’intérêts régionaux qui ne nous concernent pas.
- Refuser l’incorporation du pays dans n’importe quel axe géopolitique qui soit (que ce soit l’axe iranien ou l’axe israélo-américain, ou celui de l’Arabie saoudite ou du Vatican, ou de la Grande Syrie ou du monde arabe ou du monde occidental…) et retourner à la neutralité du Liban, principe autour duquel se sont réunis Béchara el-Khoury et Riad el-Solh lors de l’indépendance du Liban, de même que plus tard l’imam Moussa Sadr.
- Réclamer la restauration d’un État libanais fort, souverain et indépendant qui soit garant de la sécurité de tous ses citoyens sur l’ensemble du territoire et qui soit seul détenteur de la décision de la guerre ou de la paix.
- Réclamer la dissolution de toutes les milices armées sur notre territoire (libanaises et étrangères) et nous rassembler autour d’une seule armée nationale garante de notre protection et regroupant sous son aile tous les Libanais de quelque confession qu’ils soient.
Ce qui se passe aujourd’hui est une occasion de comprendre et de réaliser à quel point nous sommes dépendants les uns des autres et à quel point notre salut dépend de notre unité.
La cause palestinienne est légitime, nous en sommes tous conscients quelles que soient nos orientations politiques ou nos divergences religieuses. La cause ukrainienne l’est aussi et la cause humanitaire (qui refuse que des innocents, que des femmes et des enfants qui n’ont rien demandé soient persécutés, violés ou mutilés) encore plus.
Cependant, nous nous devons d’être réalistes et de regarder les choses en face. Nous ne pouvons pas, avec un pays traversant une multitude de crises économiques, politiques et sociales, qui arrive à peine à subvenir à ses besoins essentiels, qui tient à peine debout, qui est sans président de la République depuis déjà plus de deux ans, qui repose sur les aides internationales pour respirer, qui a grandement besoin d’être en bons termes avec ses voisins vu le nombre d’émigrés qui travaillent à l’étranger pour envoyer de l’argent et des médicaments à leur famille... nous enrôler dans des guerres contre des sauvages parmi les sauvages de ce monde, tels que Benjamin Netanyahu, Bachar el-Assad, Daech ou qui sais-je encore, en vue de défendre je ne sais quelle idéologie religieuse et au risque de nous voir complètement rayés de la carte. Ce serait de la folie pure et simple. Même un pays comme la France, avec toute sa puissance, n’ose pas traiter Vladimir Poutine de tyran ou de dictateur. Alors qui sommes-nous et de quoi disposons-nous aujourd’hui nous-mêmes pour nous immiscer dans les affaires d’Israël, puissance nucléaire et alliée privilégiée incontestable des États-Unis ? De quelques catapultes, lance-pierres et baïonnettes ? Ou d’une idéologie ancestrale depuis longtemps dépassée par des avancées technologiques du plus haut niveau ? Ou encore reposons-nous sur le soutien de telles ou telles nations qui n’ont pas hésité à nous vendre pour quelques arrangements politiques et commerciaux ?
Cela suffit ! Tant que certains continueront dans ce délire, tant que certains continueront à faire passer les intérêts de nations étrangères avant l’intérêt national et tant que certains continueront à privilégier une identité religieuse, communautaire ou sectaire à l’identité nationale, aucune union ne sera possible et aucun « nouveau Liban » ne verra malheureusement le jour ! Au contraire, je crains le pire pour le peu qui persiste de la « Suisse du Moyen-Orient ».
Ce qu’il faut réclamer aujourd’hui, au-delà d’une union folklorique, c’est le retour de toutes les factions libanaises à leur « libanisation », si je puis dire !
Ce discours ne cherche pas à faire polémique mais au contraire à réveiller les consciences et à essayer de trouver un terrain d’entente autour duquel nous devrions tous être d’accord et livrer bataille afin de sauver le pays du Cèdre, afin de sauver notre cher pays !
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La neutralité est conditionnée par l'édification d'une armée "top notch " et à jour en terme de technologie. Cet élément manque dans votre analyse. Le pacte Khoury-Solh ne prevoyait pas ça. Sujet capital pourtant. Sans une armée "capable ", on ira pas très loin. Et surtout une doctrine militaire à 100% Libanaise, ni USA ni Iran.
07 h 11, le 22 octobre 2024