Hedi Slimane salue le public à la fin du défilé de la collection printemps-été 2019 de Celine, à Paris, le 28 septembre 2018. Anne-Christine Poujoulat/AFP
C’est peu dire qu’il a dépoussiéré ce fleuron de LVMH fondé par Céline Vipiana avec son mari en 1945. D’un magasin de chaussures sur mesure pour enfants, à Paris, la marque a connu diverses fortunes jusqu’à son entrée dans le groupe de luxe en 1996, tout en gardant une image classique et conservatrice. Mais c’est avec l’arrivée d'Hedi Slimane à sa direction artistique en janvier 2018 que Celine décolle en force.
Le style rock chic, non genré et sexy assumé du créateur, qui a motivé Karl Lagerfeld au point de perdre 42 kilos en un an, en 2001, rien que pour entrer dans les costumes et pantalons fuselés qu’il dessinait chez Dior, fait merveille partout où il se pose. Le mystérieux Hedi Slimane, basé à Los Angeles, a la réputation de s’intéresser moins au vêtement en soi qu’à une certaine manière d’être au monde, lui qui est avant tout un immense photographe. Il aura marqué le label au double C de sa propre griffe, lui infusant une nouvelle et sulfureuse jeunesse bien qu’il ait dû, à un certain tournant, se résigner à un peu moins de radicalité. Il a privé le logo de son « é », le libérant définitivement de ses dernières scories franchouillardes pour mieux l’internationaliser. Il a développé le savoir-faire, le portant au-delà de l’excellence avec des niches de haute parfumerie et de haute maroquinerie. « Sous sa direction créative et artistique, Celine a connu une croissance exceptionnelle et s'est imposée comme une maison de couture française emblématique », a déclaré la maison. « La vision holistique d'Hedi Slimane, son exigence et sa rigueur ont permis de redéfinir les codes de Celine tout en réaffirmant ses racines féminines et parisiennes », poursuivait le bref communiqué officialisant son départ. Des critiques avertis ont vu dans sa dernière collection pour Celine, présentée en vidéo fin septembre lors de la semaine de la mode parisienne, quelques clins d’œil en direction de Chanel qui n’a pas encore remplacé sa directrice artistique Virginie Viard. Hedi Slimane sera-t-il le nouveau gourou esthétique de Chanel ?
En attendant de le savoir, Celine n’a pas attendu pour annoncer son remplaçant : ce sera Michael Rider, un inconnu du grand public qui, jusqu’en mai dernier, veillait sur la création de Polo Ralph Loren. Cet Américain, diplômé de Brown University, a commencé sa carrière en 2004 chez Balenciaga où il était designer senior auprès de Nicolas Ghesquière. Son arrivée à la tête de la création de Celine n’est pas une surprise, lui qui a travaillé dix ans avec Phoebe Philo, de 2008 à 2018, au temps où cette dernière dirigeait la création de la marque. Aussitôt après avoir remercié Hedi Slimane, qui a fait exploser ses bénéfices, la maison a accueilli Rider en se réjouissant de son retour au sein de Celine « qu’il connaît intimement », selon les termes du communiqué qui ajoute que « sa vision créative, son talent, sa personnalité et son attachement profond à l'héritage de Celine font de lui un choix naturel pour poursuivre et pérenniser le succès de la maison ». Le microcosme de la mode se demande déjà quels seront les choix stylistiques de Michael Rider pour qui le moment est venu de s’exprimer en solo. Et surtout s’il restituera à Celine son accent, et si sa mode sera aussi aiguë que l’accent perdu.


