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Lifestyle - La Mode

Sur la Baie des Anges, le passé réinventé de Celine

Sous la houlette de son directeur artistique Hedi Slimane, Celine (dont le logo ne prend plus d’accent depuis 2018), présente sa collection féminine printemps/été 2022 à Nice, sous le soleil de la Baie des Anges. Photographe, musicien, commissaire d’art contemporain, le créateur habité d’influences punk rock livre ici une ligne de street-wear anoblie, soutenue par des mannequins stars telles que Kaia Gerber, Suzanne Lindon, Diana Silvers et la star k-pop Lalisa Manobal.

Sur la Baie des Anges, le passé réinventé de Celine

Collection Celine printemps/été 2022. Photo DR

Le drone qui filme depuis le ciel la Baie des Anges exalte notre regard en lui offrant une impossible perspective. On survole la mer, l’arc concave le long duquel se déploie la promenade des Anglais et Nice par-delà les palmiers, l’une des plus belles vues du monde. Par moments, la caméra volante fait des incursions dans une atmosphère plus intimiste, gros plan sur une jeune femme de dos, en robe de strass à fines bretelles, posant délicatement l’aiguille sur un 33 tours qui égraine quelques notes de guitare. Retour au-dessus de la mer, bleue, étale, une mer de septembre sur laquelle glisse, majestueux, un grand paquebot noir marqué en blanc des six lettres de Celine. Écran noir ensuite, 2021 en chiffres romains. La collection annoncée est pourtant celle du printemps/été 2022. Le paquebot avance, fonce vers la baie, gros plan, le double C du logo sur un aileron à son sommet. Le disque tourne, s’emballe à présent avec des rythmes de basse. Le drone survole le Negresco, mais le célèbre dôme rose du palace centenaire – dont on dit qu’il reproduit la forme du sein de la maîtresse du fondateur – est lui aussi rebaptisé du nom de Celine dont les six lettres culminent à la place de l’enseigne. Le drone tourne autour de la façade. Incursion par une fenêtre : cinq jeunes femmes en tenue de soirée, strass, bretelles fines, de dos, se tournent vers les lambris d’un mur aveugle. De nouveau les visuels s’emballent, un mannequin descend l’escalier de l’hôtel, le drone prétend qu’il ne la voit pas, puisqu’il a déjà dérivé vers l’Observatoire de Nice d’où il survole à nouveau la baie et à nouveau tourne autour du Negresco comme une mouche autour d’une confiserie.

Collection Celine printemps/été 2022. Photo DR

Vêtements et monuments

Clairement, dans ce nouveau défilé virtuel, Hedi Slimane met les spectateurs en condition, chauffe la salle comme aux premières minutes d’un concert de rock. Et 3, 2, 1, voici le premier modèle qui déboule sur la célèbre promenade où claquent des drapeaux aux couleurs de Celine. Sage chemise flottante à rayures fines et col blanc, chapeau Fédora blanc à ruban noir, pantalon gris, droit, on a à peine le temps de voir briller la chaîne du sac, sans doute le modèle Triomphe, dont les maillons imitent la chaîne qui entoure l’arc de Triomphe, à Paris, dont s’inspire le premier logo de Celine. Le deuxième modèle est déjà en marche, blouson noir dézippé. L’image se superpose à celle de l’Observatoire en noir et blanc, et l’on constate que l’ouverture de la veste redessine celle du monument. Les passages se font à toute vitesse, il faut revenir en arrière, arrêter l’image pour observer les détails. Le disque tourne, façade de l’hôtel, palmiers, jardins, un troisième mannequin passe, chapeau blanc, surchemise à manches courtes, épaules rondes. Un quatrième, blouson noir couvert de sequins en plastique, effet aquatique, pantalon vaguement militaire. Entre deux vues de Nice, des boucles d’oreille logo. Et puis pull long blanc, mailles lâches, sur jupe courte. Un sac en forme d’étui à caméra. Un pull en mohair jaune, gris pale et blanc. Des jeans flair, évasés à l’ourlet, des impers, des marinières. Des lunettes à montures épaisses, pas trop grandes, cat eye ou ovales. Casquettes en tartan. Parkas camouflage.

Collection Celine printemps/été 2022. Photo DR

Détermination et invincibilité

Peu importe les détails, regardons la lune plutôt que le doigt : clairement, Hedi Slimane ne veut pas tant nous montrer des vêtements et des accessoires qu’une allure générale, une société à part, le style de vie privilégié de cette élite, naguère presque exclusivement parisienne, qui fut la première clientèle de la maison. L’aristocratie du 16e arrondissement, la grande bourgeoisie du boulevard Saint-Germain, foulards de soie tour d’ivoire, jupes culotte, mocassins à mors, manteaux de loden, codes rendus intemporels par des matières d’une qualité inoxydable, transmission de chevalières armoriées et de colliers de perles, de valeurs et de tabous. Voilà le passé de Celine, réinterprété en attitudes fermes et droites, détermination et sentiment d’invincibilité. De près, c’est du street-wear anobli, des blousons à capuches et des pantalons de jogging plongés dans des bains de paillettes qui brillent au soleil comme des armures de diamants. Bombers universitaires en satin. Des robes de bal délicates que les flashes et les stroboscopes vont transformer en cottes de maille. Dans les boudoirs, on s’apprête comme on prépare un assaut. L’aiguille touche le dernier sillon du disque. Fin. En 12 minutes, on aura traversé un film noir, un concert de Lou Reed, un chapitre hermétique de Robbe-Grillet, une scène d’Alain Resnais et la Parisienne avenue Victor-Hugo.



Le drone qui filme depuis le ciel la Baie des Anges exalte notre regard en lui offrant une impossible perspective. On survole la mer, l’arc concave le long duquel se déploie la promenade des Anglais et Nice par-delà les palmiers, l’une des plus belles vues du monde. Par moments, la caméra volante fait des incursions dans une atmosphère plus intimiste, gros plan sur une jeune femme de...

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