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Nos lecteurs ont la parole

Le pays de l’amour ou la « mahabbé »

L’arabe est la langue des émotions tout en nuances. Un seul mot décrivant une émotion en anglais ou en français se traduit généralement en une multitude d’expressions dans des contrées arabophones comme le Liban.

Par exemple, le mot français amour peut se traduire par hobb (l’amour avec un grand A qui englobe l’amour charnel) mais également mahabbé (l’amour comme lien sans conditions, pur et spirituel), une valeur essentielle dans notre culture orientale.

En ces moments où notre petit Liban, si faible et divisé, se retrouve face à l’Armageddon israélien, alors que nos villages sont rasés, nos enfants tués et mutilés, on voit resurgir des petits bourgeons de cette mahabbé libanaise, une fraternité et une solidarité qu’on croyait perdues dans notre pays.

La tentation de condamner le Hezbollah et ses sympathisants pour cette nouvelle aventure irresponsable est pourtant compréhensible. Elle est souvent dopée par les peurs et méfiances sectaires si fortes dans notre pays. Néanmoins, j’ai surtout vu des ONG résolument hostiles au Hezbollah proposer des logements pour abriter des familles réfugiées. J’ai admiré ce comédien ex-phalangiste s’attirer les foudres de son audience en appelant à l’amour du prochain et au pardon. J’ai entendu des médecins de toutes confessions, dont l’obédience anti-Hezbollah ne fait aucun doute, passer leurs nuits à enlever des éclats de bipeurs et pleurer à cause du nombre d’yeux mutilés qu’ils ont vus.

Peut-être nous faut-il remercier ce monstre corrompu et assoiffé de violence qui gouverne Israël d’avoir involontairement excavé de nos profondeurs les restes fragiles mais encore vivants de cet amour fraternel. Cette mahabbé qui fait partie de notre ADN levantin a été trop longtemps négligée alors qu’elle aurait dû être érigée comme valeur nationale qui nous rassemble.

Enfin, quand les portes de cet enfer se refermeront, on espère que ceux qui ont choisi la guerre et l’Iran contre la vie et l’État tendront la main à leurs opposants au lieu de les mépriser. Que les peurs sectaires qui nous dévorent depuis trop longtemps puissent enfin reculer. Lorsque nous nous retrouverons face à face dans notre Liban terrassé, espérons que cette mahabbé demeure et qu’elle nous sauve enfin de nos divisions létales.

Alexandre CHOUEIRI

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

L’arabe est la langue des émotions tout en nuances. Un seul mot décrivant une émotion en anglais ou en français se traduit généralement en une multitude d’expressions dans des contrées arabophones comme le Liban.Par exemple, le mot français amour peut se traduire par hobb (l’amour avec un grand A qui englobe l’amour charnel) mais également mahabbé (l’amour comme lien sans conditions, pur et spirituel), une valeur essentielle dans notre culture orientale.En ces moments où notre petit Liban, si faible et divisé, se retrouve face à l’Armageddon israélien, alors que nos villages sont rasés, nos enfants tués et mutilés, on voit resurgir des petits bourgeons de cette mahabbé libanaise, une fraternité et une solidarité qu’on croyait perdues dans notre pays.La tentation de condamner le Hezbollah et ses...
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