À force, ça en devient barbant ! Depuis Nasser, de son prénom Gamal Abdel, que ça dure ! Visiblement, les héros sont fatigués, mais ils sont surtout fatigants… Faisant de la cause palestinienne un fonds de commerce privilégié, les barbons arabes ne savent plus quoi inventer pour enfoncer davantage leurs populations menées à la trique dans un cycle infernal où les fanfaronnades alternent avec les dérouillées militaires, elles-mêmes suivies de jérémiades entrecoupées de récriminations.
Régulièrement à travers l’histoire contemporaine du Moyen-Orient, survient un ahuri régional qui s’acharne à vouloir libérer ses ouailles de quelque chose. Il débarque, casse tout sur son passage, se prend une rouste mémorable, et termine son épopée index levé en criant victoire. Certains poussent même le courage jusqu’à prendre la fuite déguisés en fatma, afin disent-ils de poursuivre le combat de l’extérieur.
Le pire, c’est qu’au Liban, le populo doit se taper en plus les lamentations d’un Premier ministre résiduel et d’un Haut-Perché sur pot de Chambre, qui ne se réveillent que pour geindre auprès de l’ONU quand les Hébreux nous abreuvent de bombes, sans oser se frotter à celui qui a déclenché le pataquès. Normal, plus on a la trouille, plus on est poli.
Qu’on s’en souvienne, le pays a déjà donné dans l’ordre : les meilleurs nassériens, les meilleurs arafatistes, les meilleurs sharoniens, les meilleurs assadiens, père et fils… Alors, on pense bien que pour deux vieux briscards de l’entourloupe comme Mikou et Istiz Nabeuh, rejoindre le Jurassic Park de l’école barbue persane est de la roupie de sansonnet.
L’autre vedette de cette sinistre séquence est le Bibi d’en face, talonné par les juges qui lui agitent les menottes sous le nez pour le cas où il partirait. Alors, évidemment, le forcené lave encore plus rouge parmi les Arabes du voisinage. La dernière poussée diplomatique franco-américaine lui a donné une quinte de toux et il a vu se fracasser son rêve d’enfance : une Palestine découpée en tranches fines autonomes entre lesquelles des indigènes à keffieh continueraient de jouer à saute-mouton ; une Jérusalem renvoyée à Mathusalem ; des bonbons au phosphore pour les enragés libanais.
Mais la palme de l’hubris mégalo revient incontestablement au Victorieux divin, qui ne se souvient même plus de la lumière du jour. Déroulant le catéchisme maison depuis près d’un an, il a réussi le tour de force de déclarer à la fois la guerre sainte aux voisins du Sud, promettre de jeter les Juifs à la mer, et mendier un cessez-le-feu dès qu’il a pris des coups. Résultat des courses : il est tout seul à la table de commandement, les caisses sont vides, et n’a plus beaucoup de temps pour détruire Israël. Il ne lui reste plus qu’à nous resservir sa phrase historique de 2006 : « Si j’avais su ! »
Pour le consoler, on dira que même si les résultats ne sont pas à la hauteur de ses espérances, il lui suffira de penser que le grand chêne aussi, un jour, a été un gland.
gabynasr@lorientlejour.com


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21 h 34, le 27 septembre 2024