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Nos lecteurs ont la parole

Entre les vivants et les morts

La guerre est venue frapper à ma porte, mais moi je suis paralysé, caché, comme disparu dans un coin de ma maison intérieure, dans mon Kesrouan intérieur, comme ma psychanalyste aime bien l’appeler… Je laisse transparaître une impression vague de froideur, de déni, ou peut-être d’indifférence. Pourtant, ce n’est ni l’un ni l’autre. Je me suis figé, incapable de réagir, comme si le poids des souvenirs m’empêchait de bouger, m’enfermant dans une bulle où je me protège.

Dans ce monde de ténèbres et de lumière, je me suis toujours senti comme une ombre errante, flottant entre deux mondes. Comme dans les récits de Murakami, où les vivants et les morts se côtoient… Suis-je vraiment un vivant ou juste un reflet, une silhouette du passé égarée parmi eux, tentant en vain de reconstruire ce qui a été brisé ?

Comme dans les ruelles de Beyrouth, les cicatrices de la guerre demeurent invisibles pour beaucoup, mais sont bien réelles pour l’âme de la ville, bien réelles pour moi. Je lis sur chaque mur, sous le fracas des bombes et les cris de la peur, des cris silencieux qui ne gênent que celui qui les émet…

Enfant de la guerre, on apprend à vivre avec cette douleur sourde, cette angoisse toujours prête à ressurgir à chaque claquement de porte, à chaque explosion lointaine, à chaque nouvelle de conflit. Enfant de la guerre, on érige des forteresses autour de notre cœur, des murs de silence et de résilience, pour se protéger des souvenirs présents qui menacent de tout submerger. Chaque jour est une bataille pour ne pas sombrer, pour ne pas laisser les ténèbres nous engloutir. Il est difficile parfois de distinguer les vivants des ombres qui les entourent, les dangers du passé et les dangers d’aujourd’hui, de cet instant.

La guerre est venue frapper à ma porte, mais en ouvrant cette porte, elle se serait retrouvée face à un miroir. Car la guerre n’a plus vraiment d’emprise sur moi. Ses coups résonnent encore, « knock knock », mais ils se perdent dans le silence, car il n’y avait jamais vraiment de porte. Juste un passage ouvert, un reflet de ce que j’étais et de ce que je suis devenu.

Walid ABOU HAMAD

Un enfant de la guerre

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

La guerre est venue frapper à ma porte, mais moi je suis paralysé, caché, comme disparu dans un coin de ma maison intérieure, dans mon Kesrouan intérieur, comme ma psychanalyste aime bien l’appeler… Je laisse transparaître une impression vague de froideur, de déni, ou peut-être d’indifférence. Pourtant, ce n’est ni l’un ni l’autre. Je me suis figé, incapable de réagir, comme si le poids des souvenirs m’empêchait de bouger, m’enfermant dans une bulle où je me protège.Dans ce monde de ténèbres et de lumière, je me suis toujours senti comme une ombre errante, flottant entre deux mondes. Comme dans les récits de Murakami, où les vivants et les morts se côtoient… Suis-je vraiment un vivant ou juste un reflet, une silhouette du passé égarée parmi eux, tentant en vain de reconstruire ce qui a été...
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