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Société - Tensions

À Aïn el-Remmané, un raté de la « solidarité nationale »

Un incident a éclaté lorsque des habitants du quartier ont objecté à l’arrivée d’une famille de déplacés chiites comprenant un cadre du Hezbollah, ce qui a nécessité l’intervention de l’armée. 

À Aïn el-Remmané, un raté de la « solidarité nationale »

Capture d’écran de la vidéo tournée lundi soir à Aïn el-Remmané

Dans le quartier dit de « Sannine » à Aïn el-Remmané, banlieue sud-est chrétienne de Beyrouth, les passants se font rares en ce mardi matin. Comme partout ailleurs, les frappes israéliennes contre le Liban, qui se sont nettement intensifiées depuis la veille, atteignant un niveau sans précédent depuis le début du conflit avec le Hezbollah en octobre 2023, pèsent sur les esprits. Mais il n’y a pas que cela.

Depuis lundi soir, une courte vidéo circulant sur les réseaux montre un incident supposé qui se serait déroulé dans le quartier, où l’on voit des soldats rétablissant le calme à la suite de ce qui semble être un refus des habitants d’accueillir des déplacés venus de la banlieue sud chiite, fief du Hezbollah ciblé ces jours-ci par l’aviation israélienne qui y a effectué des raids meurtriers vendredi, lundi et mardi.

Mardi dans la matinée, les habitants du quartier se murent dans le silence quand on les interroge sur cet incident, avec un soupçon de défiance. Il faut dire que les commentaires sur la vidéo reflètent la polarisation politique ambiante : d’une part, beaucoup d’internautes estiment que les habitants de Aïn el-Remmané, connus pour être majoritairement proches des Forces libanaises (FL), ont manqué de solidarité à l’endroit de déplacés fuyant les bombardements. D’autres, au contraire, y voient un nouvelle manifestation des rapports détestables qui persistent depuis la guerre civile (1975-1990) entre les deux quartiers.

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« Où avez-vous entendu ces rumeurs autour d’un incident ? J’habite ici et je n’ai rien vu », lance un habitant qui, comme tous les autres, préfère rester anonyme. Il nous réfère à un jeune homme assis devant une boutique. « Tu as entendu quelque chose à propos d’un incident, toi ? » lui lance-t-il.

Le jeune homme en question se montre dubitatif. « J’ai bien vu la vidéo, mais qui peut dire qu’elle a été tournée à Aïn el-Remmané ? se demande-t-il. Il y a tout et n’importe quoi sur les réseaux sociaux. »

Un autre jeune homme, debout devant son kiosque qui vend toutes sortes de marchandises, est du même avis. « Tout le monde sait que la région est sensible ici, d’où le fait qu’elle est souvent le théâtre idéal pour créer des dissensions, mais rien de tout cela n’est vrai », assure-t-il.

Ce n’est que plus loin, hors de la rue en question, qu’un groupe de dames sexagénaires, habitantes de longue date de Aïn el-Remmané, confirment enfin l’incident, se basant toutefois sur des ouï-dire. « Selon ce qu’on nous a raconté, un homme de Aïn el-Remmané, marié à une femme chiite, a voulu louer un appartement pour la famille de sa femme, dont fait partie un cadre du Hezbollah », disent-elles. Ce seraient donc les habitants de l’immeuble en question qui auraient objecté à l’emménagement de cette famille, par crainte de voir leur immeuble ciblé. Pour elles, il s’agirait donc d’un cas individuel et isolé.

Une source de l’armée libanaise confirme à L’Orient-Le Jour la version des habitantes, soulignant qu’il s’agissait d’une dispute entre les habitants de l’immeuble qui ont refusé l’installation d’une famille de la banlieue sud parmi eux. Cette source souligne que « l’incident était sans gravité » et que la famille en question a quitté les lieux, démentant qu’un haut responsable du Hezbollah ait été impliqué. Nous avons également interrogé des sources du Hezbollah sur la présence présumée d’un de ses responsables au sein de cette famille, mais n’avons pas reçu de réponse. 

Interrogé sur cet incident qui s’inscrit dans le cadre d’une escalade israélienne sans précédent, Charles Jabbour, porte-parole des FL, qui précise qu’il s’exprime en tant que journaliste et analyste et non en tant que responsable de la communication du parti, affirme qu’il n’a pas de détails sur ce qui s’est passé, mais souligne qu’il peut bien comprendre l’attitude des habitants. « La dispute qui a eu lieu n’est ni le reflet d’un refus de porter secours à des déplacés ni une dissension partisane et confessionnelle entre des partisans des FL et du Hezbollah. L’explication est beaucoup plus simple : les gens ont peur de la présence d’éventuels cadres du Hezbollah pouvant être des cibles pour l’aviation israélienne, ils craignent de perdre leurs biens depuis qu’ils ont vu le résultat des frappes passées », estime-t-il.

Une tente démantelée à Zouk

Des rumeurs ont également fait état d’un incident à Zouk, dans le Kesrouan, impliquant une tente dressée par des individus pour aider des déplacés, qui a causé une dispute avec d’autres personnes qui s’y opposaient. L’incident a été confirmé à L’OLJ par Juan Hobeiche, président du conseil municipal de Jounieh et de la fédération des municipalités du Kesrouan. Selon lui, l’incident est individuel et a été réglé grâce à une intervention de l’armée, qui a séparé les deux parties. La source de l’armée précitée n’a cependant pas été en mesure de nous confirmer l’intervention de la troupe dans cette affaire. 

Pour M. Hobeiche, l’incident reste isolé et ne traduit pas l’état d’esprit des habitants. Il souligne que peu de déplacés sont arrivés vers le littoral du Kesrouan, sachant que trois écoles ont été préparées pour les accueillir dans le périmètre de Jounieh. Quelque 12 familles déplacées auraient par ailleurs loué des appartements dans cette région, selon lui. 

Dans le quartier dit de « Sannine » à Aïn el-Remmané, banlieue sud-est chrétienne de Beyrouth, les passants se font rares en ce mardi matin. Comme partout ailleurs, les frappes israéliennes contre le Liban, qui se sont nettement intensifiées depuis la veille, atteignant un niveau sans précédent depuis le début du conflit avec le Hezbollah en octobre 2023, pèsent sur les esprits. Mais il n’y a pas que cela.Depuis lundi soir, une courte vidéo circulant sur les réseaux montre un incident supposé qui se serait déroulé dans le quartier, où l’on voit des soldats rétablissant le calme à la suite de ce qui semble être un refus des habitants d’accueillir des déplacés venus de la banlieue sud chiite, fief du Hezbollah ciblé ces jours-ci par l’aviation israélienne qui y a effectué des raids meurtriers vendredi,...
commentaires (6)

C’est une réaction normale et justifiée après les maintes provocations des 30 dernières années donc normal que certains quartiers chrétiens se protègent.

Wow

13 h 51, le 25 septembre 2024

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Commentaires (6)

  • C’est une réaction normale et justifiée après les maintes provocations des 30 dernières années donc normal que certains quartiers chrétiens se protègent.

    Wow

    13 h 51, le 25 septembre 2024

  • Que les médias arrêtent de parler de solidarité et de raté. Aucune région ne veut se sacrifier pour que leurs bourreaux de toujours soient sauvés. Qu’on se le dise.

    Sissi zayyat

    13 h 10, le 25 septembre 2024

  • Quel courage que de venir se cacher dans nos jupons.

    Sissi zayyat

    13 h 04, le 25 septembre 2024

  • Mon commentaire était trop réel,relatant les assassinats,le port,l'invasion de Ain el remmanneh par la Dahiyé et les tirs contre les immeubles de Ain el remmanneh( TAYYOUNEH) .Mon commentaire affiché puis censuré par qq1 de l'OLJ : La vérité blesse.Mais il faut la dire si nous supposons que l'hypocrisie n'est pas notre ADN. Puis certains passent à la TV et déclarent vouloir mourir pour que Nasrallah vive..Eh bien s'ils voudraient mourir qu'ils aillent ailleurs parce que les habitants de Ain el Remmanneh n'ont pas vraiment envie de mourir pour ce personnage. SOLIDARITE A SENS UNIQUE ???

    LE FRANCOPHONE

    11 h 07, le 25 septembre 2024

  • Après avoir tenté d'envahir le quartier, tué leurs représentants, les avoir insulté sur les réseaux sociaux ils ont encore l'arrogance de réclamer de leur part de la compassion alors qu'ils ne leurs ont rien demandé. C'est dur et difficile d'accepter de se transformer en cible pour l'un de ses bourreau. Désolé mais la solidarité nationale se doit d’être dans les deux sens. Avec les assassinats, les rackets, les insultes et les trafiques le parti Chiite a décidé que se sera a sens unique. Qu’ils ne se plaignent pas de telles réactions aujourd'hui. Sens unique ce sera. Bi amrak Hassouna.

    Pierre Christo Hadjigeorgiou

    09 h 29, le 25 septembre 2024

  • Merci d'apporter une éclaircie bienvenue à cet incident, mais est-ce que c'est la famille chiite qui a démenti qu'un cadre du Hezbollah était impliqué ou la source militaire?

    Naccache Georges

    23 h 06, le 24 septembre 2024

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