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Nos lecteurs ont la parole

« Pinaceae » en danger ?

Les images de ce week-end sont affolantes. Nabatiyé, Tyr, Jezzine, Jbal

el-Botm, Naqoura, Bint Jbeil. Je n’ai plus de mots. La haine ravage cette partie du monde où j’ai grandi. L’injustice est au centre du conflit. Cette année, comme en 2006, les enfants du Sud ont dû grandir plus vite que prévu ; beaucoup sont devenus adultes à 6, 10 ou même 11 ans. L’innocence n’est qu’une illusion dans cette région du monde où l’être humain doit se battre pour survivre.

Depuis le 7 octobre, la planète entière est témoin d’un génocide à Gaza. La punition collective est au cœur de la politique israélienne. Son gouvernement intensifie cette stratégie à la frontière nord avec le Liban. Leurs missiles frappent des quartiers résidentiels, des vallées, des collines et des forêts. Pourtant, n’est-ce pas le Hezbollah qui est leur véritable adversaire dans cette guerre ?

Il y a deux jours, ma région d’origine, Jezzine, a été frappée par une vaste attaque aérienne. Parmi les vidéos et les photos, une image montre une forêt de pins en flammes. Ce n’est pas la première fois que des photos comme celle-là circulent sur les réseaux sociaux. Des centaines d’hectares de forêts et de terres agricoles ont brûlé depuis le début de la guerre. L’armée israélienne a même ciblé des fermes et des éleveurs, mettant en danger notre agriculture locale et nos systèmes de production.

Je m’arrête un moment sur cette photo et pense à tous ces agriculteurs qui, à la fin du mois d’octobre, devraient se préparer pour la récolte des pignons de pin, une source essentielle pour leur subsistance. Au Liban, il existe différentes variétés de pins, et certaines représentent un revenu essentiel pour de nombreuses familles, notamment au Sud, en particulier dans la région de Jezzine. Parmi ces variétés, nous retrouvons le pin parasol, connu en latin sous le nom de « Pinus pinea ».

Au-delà de l’aspect économique, il existe des habitudes et des traditions pour collecter les pignons de pin. Les « pignouliers » arrivent dans ces forêts avec une échelle en métal et un bâton en bois de 5 mètres, se terminant par une fourche métallique, qu’ils appellent le « faroot ». Pour atteindre la canopée des pins, appelée au Sud « malak », signifiant « le roi » en arabe, les « pignouliers » doivent grimper sur l’arbre. Ils accrochent ensuite le « faroot » à la branche la plus haute qu’ils peuvent atteindre et, en utilisant leurs bras, se tirent vers le haut à l’aide de ce « faroot », tout en enroulant leurs jambes autour du tronc pour se soutenir. Un acte qui dure environ 30 à 45 minutes par arbre et qui peut se faire sur des dizaines et des dizaines d’arbres par jour. Les jeunes des villages accompagnent souvent les plus âgés dans la récolte afin de transporter les sacs de pignons. Ces pignons sont ensuite étalés sur les toits des maisons jusqu’au mois d’avril, tout en étant exposés aux différentes conditions météorologiques. Dans les familles les plus pauvres, n’ayant pas accès à la technologie, la femme aide son mari. À deux, ils prennent le temps de décortiquer les pignons de pin afin d’en extraire les graines.

Deux autres variétés de pins au Liban, qui figurent sur la photo, sont le pin d’Alep, connu en latin sous le nom de « Pinus halepensis », et le pin brutien, connu sous le nom latin de « Pinus brutia ». Ce dernier est plus répandu dans le Sud du pays et est largement utilisé dans les campagnes de reboisement en raison de sa capacité de croissance rapide. Certains experts en biodiversité soulignent que cette variété peut avoir un comportement invasif. En effet, dans certaines montagnes libanaises, le pin brutien a totalement remplacé le cèdre (« Cedrus libani »). D’ailleurs, Israël a longtemps utilisé le pin brutien pour remplacer des villages palestiniens. Dans ce conflit territorial, cette stratégie a été employée pour créer des forêts monospécifiques et donner l’illusion que ces zones n’avaient jamais abrité de villages ni de biodiversité palestinienne.

La forêt et l’agriculture au Sud du Liban sont intrinsèquement liées, formant un écosystème vital pour la subsistance des communautés locales. La destruction des forêts de pins menace non seulement les récoltes, mais aussi le mode de vie de ces personnes attachées à leur sol.

Je me demande quel avenir nous attend. Les forêts, témoins silencieux de notre passé, sont désormais réduites en cendres, tout comme les espoirs de vie. Nos agriculteurs et nos traditions, qui ont façonné notre identité, sont menacés par un conflit sans fin. Qui sait ? Aujourd’hui les pins, demain les cèdres ?

Cezar KARAM

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Les images de ce week-end sont affolantes. Nabatiyé, Tyr, Jezzine, Jbal el-Botm, Naqoura, Bint Jbeil. Je n’ai plus de mots. La haine ravage cette partie du monde où j’ai grandi. L’injustice est au centre du conflit. Cette année, comme en 2006, les enfants du Sud ont dû grandir plus vite que prévu ; beaucoup sont devenus adultes à 6, 10 ou même 11 ans. L’innocence n’est qu’une illusion dans cette région du monde où l’être humain doit se battre pour survivre.Depuis le 7 octobre, la planète entière est témoin d’un génocide à Gaza. La punition collective est au cœur de la politique israélienne. Son gouvernement intensifie cette stratégie à la frontière nord avec le Liban. Leurs missiles frappent des quartiers résidentiels, des vallées, des collines et des forêts. Pourtant, n’est-ce pas le Hezbollah...
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Qui a commencé la guerre ?

Eleni Caridopoulou

05 h 04, le 24 septembre 2024

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Commentaires (1)

  • Qui a commencé la guerre ?

    Eleni Caridopoulou

    05 h 04, le 24 septembre 2024

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