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Nos lecteurs ont la parole

L’honnête homme

Dans les années 80 du siècle dernier, nous nous réunissions dans mes bureaux parisiens, le R.P. Wakim Moubarak, le professeur Georges Corm, tous les deux liés par une amitié profonde et une vision commune de la politique, l’universitaire et homme politique Samir Frangié, les professeurs éminents Ghassan Salamé et Joseph Maïla, pour essayer de transcender nos différences, et Dieu sait qu’elles étaient importantes, pour tenter de peser pour l’arrêt de la guerre dévastatrice et réfléchir à l’après-guerre.

Nous avons retenu de cette période l’intransigeante droiture de Georges Corm, son poids intellectuel et son humanisme laïc sans concession.

De ma longue amitié et de mes partages avec le professeur, qui m’honorent, me vient à l’esprit le qualificatif de l’« honnête homme ».

En effet, dans la phraséologie du siècle des Lumières, ce terme réunissait à lui seul les qualités résumant l’idéal humain.

Georges Corm était la personnification même de l’honnête homme.

En homme de culture, le jeune étudiant a complété sa formation universitaire par un diplôme de l’Institut d’études politiques de Paris et une thèse sur la planification au sein du régime chéhabiste.

Cette formation a conduit l’homme de service à développer son action dans– ou pour – l’administration publique, où il a confirmé sa réputation d’expert écouté fiable et efficace, bien au-delà des frontières.

De même, sa culture universelle est révélée à travers ses essais politiques, économiques et même ses romans (La Mue étant le plus connu et le plus marquant), attestant de ses grandes qualités d’écrivain.

Naturellement, on retrouve aussi l’universitaire, avec cette soif de partage, et les étudiants des facultés de science politique gardent le souvenir de cet esprit universel soucieux de transmettre les connaissances mais aussi et surtout une vision humaniste de la vie.

Quant à l’homme politique, aspect le plus connu de sa riche carrière, il est arrivé dans ce monde comme un extraterrestre, sur lequel se heurtaient les incompétences, les corruptions et les traditions confessionnelles. Il avait gardé une profonde aversion pour les politiques coloniales et leurs dégâts qui se perpétuent. Faut-il rappeler qu’il s’était opposé aux politiques monétaires et économiques des 30 dernières années ?

Enfin pour nous tous, l’homme qu’on a côtoyé est ami fidèle, homme de conviction, patriote laïc convaincu, modeste de ses connaissances et de sa vaste culture, attentif aux autres. Le Liban, sans surprise, ne lui a pas reconnu sa juste valeur.

Georges Corm va nous manquer à nous, ses amis, mais aussi à ce pays qu’il a tant chéri et si bien servi.

Repose en paix parmi les grands, tes pairs.

Ibrahim EL-DAHER

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Dans les années 80 du siècle dernier, nous nous réunissions dans mes bureaux parisiens, le R.P. Wakim Moubarak, le professeur Georges Corm, tous les deux liés par une amitié profonde et une vision commune de la politique, l’universitaire et homme politique Samir Frangié, les professeurs éminents Ghassan Salamé et Joseph Maïla, pour essayer de transcender nos différences, et Dieu sait qu’elles étaient importantes, pour tenter de peser pour l’arrêt de la guerre dévastatrice et réfléchir à l’après-guerre. Nous avons retenu de cette période l’intransigeante droiture de Georges Corm, son poids intellectuel et son humanisme laïc sans concession.De ma longue amitié et de mes partages avec le professeur, qui m’honorent, me vient à l’esprit le qualificatif de l’« honnête homme ».En effet, dans la...
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