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Lifestyle - Archéologie

La plus grande mosaïque monobloc au monde gît au sous-sol d’un hôtel à Antakya

Presque intact, ce pavement de 1 050 mètres carrés mis au jour dans le centre d’Antioche remonte au IVe siècle.

La plus grande mosaïque monobloc au monde gît au sous-sol d’un hôtel à Antakya

Le Museum Hotel avec vue sur les magnifiques découvertes. Photo tirée du site officiel The Museum Hotel

Nichée dans la province du Hatay, une bande de terre coincée entre la Syrie et la Méditerranée, Antakya est une petite ville de Turquie qui pourrait paraître anodine aujourd’hui. Elle était toutefois à l’époque gréco-romaine une célèbre cité qui rivalisait avec la glorieuse Alexandrie.

En 2010, des ouvriers qui creusaient dans la ville les fondations d’un hôtel arrêtent net leurs pelleteuses : à leurs yeux se révèle un site archéologique. Les fouilles menées par les autorités dévoileront des ruines de la cité antique d’Antioche, sur laquelle la ville moderne est construite.

Le site archéologique découvert avant la construction de l’hôtel. Photo tirée du site officiel The Museum Hotel

Ainsi est mise au jour une partie des murs d’enceinte d’Antioche fondée en 300 avant Jésus-Christ par Séleucos Ier Nicator, un général d’Alexandre le Grand, des statues en marbre, des ruines de bains romains et des milliers d’artefacts, témoins des périodes hellénistique, romaine, byzantine médiévale et islamique. Deux mille ans d’histoire composent un parc archéologique exceptionnel, d’une surface totale de 17 132 m², répartis sur cinq niveaux.

Et là, gît depuis le IVe siècle la plus grande surface de mosaïque d’un seul tenant jamais découverte. Elle mesure 1 050 mètres carrés et elle est en grande majorité intacte, malgré quelques ondulations ou plissements formés par les mouvements du terrain, résultant des tremblements de terre qui ont secoué la ville en 526 et 528 de notre ère.

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Selon les archéologues, le pavement – aux motifs géométriques et figuratifs fabriqués à partir de milliers de petites tesselles de pierre – appartenait probablement à un bâtiment public de l’ancienne Antioche. Placé sous la gestion de l’État, le site constitue aujourd’hui le musée archéologique Necmi Asfuroğlu, du nom de l’homme d’affaires et propriétaire de l’hôtel qui a construit son établissement sur des pilotis en acier pour protéger la mosaïque au sol.

Un certain nombre de sites inscrits au patrimoine de l’Unesco ont été gravement endommagés par le tremblement de terre dévastateur du 6 février 2023. Mais le musée, qui a rouvert ses portes en juin dernier, a survécu à la catastrophe. Les vestiges sont restés indemnes malgré les fortes secousses.

La magnifique sculpture de Silène portant Dionysos dans ses bras. Photo Bigstock

« Soyez joyeux, profitez de la vie ! » un message toujours d’actualité

Pour rappel, à la fin de la Première Guerre mondiale, l’Empire ottoman vaincu est démantelé, le Hatay et Antioche, autrefois capitale de la Syrie romaine, passent sous protectorat français. En 1939, la ville est rattachée à la toute jeune République turque et devient ainsi « la province la plus syrienne de Turquie ».

Mais entre-temps, les expéditions archéologiques menées entre 1932 et 1939 par un consortium de cinq musées américains et français, sous la houlette de M. C. R. Morey de l’Université de Princeton, ont mis au jour un grand nombre de monnaies et céramiques, et surtout des mosaïques exceptionnelles, qui seront dispersées entre le musée d’archéologie du Hatay, les musées de Princeton et de Baltimore, mais aussi le Louvre, dont le département des antiquités grecques, étrusques et romaines abrite, à titre d’exemple, la Mosaïque des saisons (8 mètres, matériaux : marbre, calcaire, pâte de verre). Ou encore la Mosaïque du phénix, dans le département des arts de Byzance et des chrétientés en Orient.

Cependant, la plus ancienne mosaïque découverte à Antioche reste celle appelée Éducation de Dionysos, attribuée à la seconde moitié du premier siècle de notre ère. Ce fragment conservé au Louvre présente une magnifique figure d’Hermès portant l’enfant nimbé. La taille du personnage – près de deux mètres – se détachant à même le fond, sans décor, la stylisation du visage et des draperies, le rapetissement des pieds prouvent l’arrivée d’influences nouvelles et font déjà penser aux mosaïques byzantines, selon l’historien de l’art George Wicker Elderkin.

D’autre part, les mosaïques d’Antioche marquent l’arrivée dans le monde méditerranéen des influences orientales. À la fin du Ve siècle, de nombreuses mosaïques purement décoratives : des fleurs, des feuilles, des colombes, qui deviennent des motifs stylisés. Plus tard, on les retrouvera dans les mosaïques omeyyades. C’est peut-être à Antioche qu’ils apparaissent pour la première fois en pays hellénisé.

Par ailleurs, une mosaïque datée du IIIe siècle avant J.-C. se distingue par son thème « Carpe Diem » d’Antakya : découverte en 2012, elle représente le squelette de son commanditaire, en mode détente. Avec une coupe en argent, une amphore de vin et deux pains… ainsi qu’une inscription en grec ancien qui nous dit : « Soyez joyeux et profitez de la vie ! » Deux mille ans plus tard, le message reste d’actualité.

La mosaïque datant du IIIe siècle avant JC, qui se distingue par son thème « Carpe Diem » d’Antakya. Photo Creative Commons

Dans Le Monde de la Bible, l’archéologue française spécialiste du Proche-Orient biblique Estelle Villeneuve écrit à ce sujet que l’idée de la mort, perçue comme la condition assumée de la vie, s’invitait gaiement dans les conversations mondaines. « La légende grecque qualifie d’ailleurs de “joyeux” ce convive très à l’aise, accoudé sur son coussin, verre à la main. Même dans la mort, semble-t-il dire, la vie restera un plaisir ! »

À cette philosophie réjouissante, le tableau central ajoute une touche de caricature : un jeune homme se précipite à en perdre sa sandale, pointant du doigt un cadran solaire à l’heure du dîner. Son nom, Trechedipnos – littéralement « cours dîner » –, était le sobriquet, institué par la littérature comique grecque, du pique-assiette courant les dîners. Il est ici suivi par un barbu aux traits grotesques, l’Akairos – personnification du « contretemps » –, qui tente vainement de le retenir par le manteau. Du troisième tableau, à droite, ne reste que la tête d’un personnage à la peau noire, coiffé d’un chapeau et brandissant deux baguettes. « Par comparaison avec d’autres mosaïques, précise Estelle Villeneuve, H. Pamir et N. Sezgin subodorent qu’il s’agit d’un esclave affecté aux bains, dans une posture ithyphallique prêtant à rire. Ainsi, la mosaïque se lirait-elle de droite à gauche : “Hâtez-vous de finir vos toilettes et venez à table ! Le dîner est un plaisir ne souffrant aucun retard !” »

Nichée dans la province du Hatay, une bande de terre coincée entre la Syrie et la Méditerranée, Antakya est une petite ville de Turquie qui pourrait paraître anodine aujourd’hui. Elle était toutefois à l’époque gréco-romaine une célèbre cité qui rivalisait avec la glorieuse Alexandrie. En 2010, des ouvriers qui creusaient dans la ville les fondations d’un hôtel arrêtent net leurs pelleteuses : à leurs yeux se révèle un site archéologique. Les fouilles menées par les autorités dévoileront des ruines de la cité antique d’Antioche, sur laquelle la ville moderne est construite. Le site archéologique découvert avant la construction de l’hôtel. Photo tirée du site officiel The Museum HotelAinsi est mise au jour une partie des murs d’enceinte d’Antioche fondée en 300 avant Jésus-Christ par...
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