« Pour l’immense majorité des hommes et des femmes du temps, ce qui domine, c’est la fragilité de la vie. Les paysans représentent 95 % de la population et ils sont soumis à toutes sortes d’« accidents » contre lesquels ils ne peuvent rien. Ils connaissent la faim et même parfois la famine ; ils doivent faire face aux « pestes », c’est-à-dire aux épidémies ; ils ont aussi, pour certains, à affronter la guerre avec ses dévastations. Pour cette population, l’espace de l’existence correspond à une cinquantaine de kilomètres carrés autour de leur habitation. Ils entendent parfois parler d’une campagne militaire qui commence ou d’un traité de paix que l’on signe, mais pas davantage, et ils ne savent donc rien de Léonard de Vinci ou de Pic de La Mirandole. Pour eux, la Renaissance n’existe pas. » Extrait de : « Sur les traces d’une époque : la Renaissance a-t-elle existé ? » Entretien avec Didier Le Fur, historien, spécialiste de la Renaissance. Propos recueillis par Cyprien Mycinski. Le Monde, histoire et civilisations, le 06/03/2023.
Jacques est un spécialiste de l’impact de l’histoire sur les structures géopolitiques actuelles. Alors que la jeunesse d’esprit nous permet d’explorer l’élan évolutif, le présent semble correspondre d’abord à ce temps premier de l’exploration quand l’enfant se découvre en réagissant aux divers milieux. Épris du contact sensible, il le réactualise en images jusqu’à maintenir cette joie du passé qui ravive à l’âge adulte la mémoire perceptive. De même, quand l’adulte fait table rase sur ses préjugés et ses adhérences, ce qui l’attire refait surface. Le parcours créatif du jeune ressemble étrangement à l’allure novatrice de l’homme qui résiste par tous ses moyens aux injustices et à la misère de ses contextes. Jacques précise à ce sujet : « Beaucoup parmi nous ne croient plus au changement tant promis, mais au retour d’une époque moyenâgeuse qui réactualise les modes défensifs élémentaires des gens afin de survivre le plus décemment possible. D’ailleurs, une des choses qui me fascinent le plus, c’est la superbe pierre calcaire des sites de Gordes qui ont permis son autoconstruction par les paysans et les bergers. De même, les seniors que j’ai visités dans diverses régions se consacrent davantage à ne plus miser sur des attentes légitimes mais à cultiver de précieux moments avec les dispositions psychophysiologiques, la respiration du bel air et le franc langage des mots et des gestes. La joie de vivre représente la préservation des murs intérieurs, mais aussi les fenêtres du cœur. C’est bien là que le changement est possible lorsqu’on privilégie une renaissance humaine. »
« Rousseau posait déjà cette question : Pourquoi l’homme seul est-il sujet à devenir imbécile ? N’est-ce point qu’il retourne ainsi dans son état primitif et que tandis que la bête qui n’a rien acquis et qui n’a rien non plus à perdre, reste toujours avec son instinct, l’homme, reperdant par la vieillesse ou d’autres accidents tout ce que sa perfectibilité lui avait fait acquérir, retombe ainsi plus bas que la bête même. » Extrait de la préface de Luc Ferry du livre Guérir la vieillesse de Jean-Marc Lemaître, février 2024.
Joe ACOURY
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