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Nos lecteurs ont la parole

Le narratif est tombé

Le puissant narratif occidental et israélien sur le conflit en Palestine vit ses derniers jours. Ce mur de justifications favorables à l’État d’Israël, oblitérant la cause palestinienne, s’était déjà fissuré ces dernières années. Il est désormais tombé.

Pourtant, ce narratif était d’une puissance sidérante. Pendant des décennies, même ceux qui sympathisaient avec les Palestiniens et leur destin tragique s’étaient laissé convaincre que tout cela était un peu la faute des dirigeants palestiniens et arabes. Qu’ils avaient fait tous les mauvais choix, qu’il auraient dû accepter le partage de leur terre en 1948, que la majorité des Palestiniens étaient partis de leur propre gré et que les Arabes étaient violents, mauvais perdants, ou que les accords d’Oslo avaient échoué à cause du terrorisme. On nous disait non sans condescendance : « Les Palestiniens n’ont jamais raté une opportunité de rater une opportunité. » Et beaucoup y ont cru.

Les médias et les dirigeants occidentaux avaient ainsi mis sous le tapis l’aspect colonial et raciste d’un projet dont l’objectif pourtant ouvert était de déposséder le plus faible pour installer le plus fort avec des justifications d’ordre messianique ou pratique, comme celle de laver les horreurs de l’Holocauste en offrant un État au peuple juif.

Certes, tout le monde n’y avait pas cru. Par exemple, le chanteur Renaud chantait seul dans les années 80 : « Où est la Palestine ? Sous quelle botte étoilée, derrière quel barbelé, sous quel champ de ruines ? (…) Combien de victimes ? Combien de milliers d’enfants dans les décombres des camps deviendront combattants ? »

Ses paroles, pourtant si clairvoyantes, étaient inaudibles devant le vacarme du narratif pro-israélien constamment alimenté de biais occidentaux et antiarabes ou, depuis le 11 septembre 2001, d’islamophobie galopante.

En 2024, huit mois après le début de la guerre à Gaza, il ne reste plus grand-chose de cette histoire écrite par des gagnants pour justifier l’injustifiable. Déjà, le refus de la solution à deux États affiché par la droite israélienne depuis les années 90 contrastait avec le mythe du sioniste pacifique constamment menacé par des hordes d’Arabes assoiffées de sang. Pire encore, la colonisation effrénée des terres palestiniennes occupées a transformé la Cisjordanie en une ribambelle de bantoustans encerclés par des colonies. Le fait que ces implantations illégales soient ouvertes aux juifs du monde entier mais totalement interdites aux indigènes non-juifs est pour le moins embarrassante pour ceux qui ont toujours dépeint Israël comme une démocratie éclairée. Ce régime d’apartheid est ainsi devenu un véritable cancer pour Israël, si virulent qu’il ne peut plus s’en défaire. Les images de jeunes colons arrogants, souvent nés en Occident, et venus déposséder les Palestiniens du peu qui leur reste ont choqué le monde entier.

Aujourd’hui, si le Hamas est bien le mouvement obscurantiste qui n’hésite pas à recourir à des crimes de guerre et attaquer les civils, le monde entier a aussi enfin découvert que Netanyahu lui-même avait ouvertement renforcé cet ennemi pour empêcher toute émergence d’un État palestinien. Ensuite, une armée israélienne vengeresse a massacré des dizaines de milliers de civils sous des tonnes de bombes dans un génocide couvert par tous les médias, les ONG israéliennes et les réseaux sociaux. Tsahal qui s’autoproclamait l’armée la plus morale du monde a entassé les déplacés dans des camps et affamé leurs enfants, dans l’espoir ouvertement affiché par plusieurs ministres israéliens de se débarrasser une fois pour toutes des Palestiniens de Gaza. On a brûlé des hôpitaux, tué des volontaires occidentaux, dynamité des universités et détruit les écoles et les mosquées. Le régime qui prétendait être une démocratie est devenu un paria tout aussi féroce mais autrement plus puissant que le Hamas.

Quand même de l’intérieur d’Israël, médias et ONG dénoncent ces crimes de guerre, quand des juifs du monde entier manifestent contre cette vengeance en scandant « Not in my name », quand les dirigeants occidentaux se font huer à chaque discours, on comprend que le puissant narratif occidental pro-israélien est définitivement tombé. Preuve en est, des campements dans les meilleures universités américaines ont vu les élites de demain adopter la cause palestinienne étouffée si longtemps. La Cour internationale de justice a suivi le mouvement en émettant des mandats d’arrêt contre les dirigeants israéliens et ceux du Hamas, renvoyés dos à dos pour les horreurs qu’ils commettent.

En conclusion, et au-delà de ce rééquilibrage médiatique, que faire de cet éternel Armageddon du Proche-Orient ? Il n’y a jamais vraiment d’autre issue pérenne que les solutions basées sur la justice et les droits de l’homme. Le droit des Palestiniens à vivre chez eux sans barrages, spoliations et occupation. Le droit des juifs israéliens à vivre en sécurité sans être supérieurs aux non-juifs. Pourquoi ces droits seraient-ils si profondément inconciliables ?


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Le puissant narratif occidental et israélien sur le conflit en Palestine vit ses derniers jours. Ce mur de justifications favorables à l’État d’Israël, oblitérant la cause palestinienne, s’était déjà fissuré ces dernières années. Il est désormais tombé. Pourtant, ce narratif était d’une puissance sidérante. Pendant des décennies, même ceux qui sympathisaient avec les Palestiniens et leur destin tragique s’étaient laissé convaincre que tout cela était un peu la faute des dirigeants palestiniens et arabes. Qu’ils avaient fait tous les mauvais choix, qu’il auraient dû accepter le partage de leur terre en 1948, que la majorité des Palestiniens étaient partis de leur propre gré et que les Arabes étaient violents, mauvais perdants, ou que les accords d’Oslo avaient échoué à cause du terrorisme. On...
commentaires (1)

Je me souviens en 1958 quand le président Chamoun a dit aux palestiniens d’accepter 2 états ils l’ont traité de traitre et c’était une petite guerre civile les américains sont arrivés etc.

Eleni Caridopoulou

19 h 00, le 03 juin 2024

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Commentaires (1)

  • Je me souviens en 1958 quand le président Chamoun a dit aux palestiniens d’accepter 2 états ils l’ont traité de traitre et c’était une petite guerre civile les américains sont arrivés etc.

    Eleni Caridopoulou

    19 h 00, le 03 juin 2024

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