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Politique - Diplomatie

Qu’ont fait Nagib Mikati et Joseph Aoun à l’Élysée ?

Le Premier ministre sortant et le chef de l’armée ont été reçus vendredi conjointement par Emmanuel Macron. 

Qu’ont fait Nagib Mikati et Joseph Aoun à l’Élysée ?

Le Premier ministre sortant Nagib Mikati reçu par le président français Emmanuel Macron à l’Élysée, le 19 avril 2024. Ludovic Marin/AFP

Nagib Mikati et Joseph Aoun ensemble à l’Élysée pour un déjeuner avec Emmanuel Macron. C’est probablement la première fois que le président français reçoit conjointement le Premier ministre sortant, presque seul aux commandes en période de vacance présidentielle, et le chef de l’armée, plus haut responsable sécuritaire du pays. Le message français en direction de Beyrouth est on ne peut plus clair : la France suit de près la situation sur le double plan politique et sécuritaire. Mais à l’heure où la guerre bat son plein à Gaza et où le spectre d’un conflit généralisé plane sur le Liban, Paris semble avoir redéfini ses priorités : l’heure est à l’aide et au renforcement d’une institution militaire appelée à accomplir une mission difficile au Liban-Sud.

« Nous nous focalisons aujourd’hui sur l’armée », confirme une source proche de l’Élysée citée par notre correspondant à Paris Élie Masboungi. C’est d’ailleurs autour de ce point que se sont articulées les discussions entre MM. Macron, Mikati et Aoun. Étaient également présents la conseillère d’Emmanuel Macron pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord Anne-Claire Legendre, la directrice du département Afrique du Nord et Moyen-Orient au ministère des Affaires étrangères Anne Grillo, l’ambassadeur de France à Beyrouth Hervé Magro, l’émissaire spécial de l’Élysée pour le Liban Jean-Yves Le Drian et le conseiller de M. Mikati pour les affaires diplomatiques Boutros Assaker. Il y avait aussi le chef d’état-major des armées françaises Thierry Burkhard.

Une source proche de Yarzé confie à L’Orient-Le Jour que lors de la réunion (tenue à l’issue d’un tête-à-tête Macron-Mikati), Joseph Aoun a exposé la situation au Liban-Sud, érigé par le Hezbollah en front de soutien au Hamas palestinien, ainsi que celle de l’institution militaire qui fait face à la crise économique et sociale et à la guerre en cours. Il a également dressé un bilan des besoins « immédiats » de la troupe. Un point auquel Emmanuel Macron a réagi en affirmant que Paris continuera de soutenir l’armée libanaise « par tous les moyens » afin de lui permettre d’accomplir sa mission sur l’ensemble du territoire libanais, notamment au Sud. Selon un communiqué publié vendredi après-midi par le bureau de presse de M. Mikati, le locataire de l’Élysée a insisté sur l’importance (de préserver) la stabilité du Liban et de le garder à l’abri de la guerre en cours à Gaza. Il a également réitéré son attachement au plan français (présenté en février dernier aux autorités libanaises pour un retour au calme au Sud), évoquant « certaines modifications qui prendraient en compte les développements (sur le terrain) ». Selon notre correspondant à Paris, la réponse aux demandes d’aide à l’armée libanaise sera coordonnée par l’Italie qui avait, à cette fin, organisé en février dernier une réunion entre Joseph Aoun et ses homologues européens à Rome. Mais si aucune nouvelle conférence n’est prévue dans un avenir proche, la concrétisation de cet engagement prendra du temps, dans la mesure où il s’agit d’un long processus dont les étapes devraient encore être définies.

Pour mémoire

Paris affiche son harmonie avec Doha sur le dossier libanais

Avant de se joindre à la réunion Macron-Mikati, Joseph Aoun s’était entretenu avec son homologue français Thierry Burkhard. De source au courant de la teneur des discussions, on apprend que l’entretien s’est déroulé dans une atmosphère « positive ». Le général Aoun s’est également réuni à Paris avec le chef de l’armée italienne Giuseppe Cavo Dragone. Dans les milieux proches de Yarzé, on indique que là aussi, Joseph Aoun a détaillé les besoins de la troupe et répondu à certaines questions. Il a été convenu que soit formé un comité dont la mission serait d’examiner les moyens d’assurer le financement nécessaire pour répondre aux besoins de l’armée libanaise. Dans un communiqué, la direction d’orientation de l’armée a, quant à elle, souligné que les participants à la réunion ont mis l’accent sur l’importance du rôle de la Force des Nations unies pour le Liban et de sa coordination avec la troupe dans le cadre de la résolution 1701 (2006) du Conseil de sécurité afin de « préserver la stabilité du Liban dans les circonstances exceptionnelles actuelles ». 

Présidentielle et migrants aussi
La question du soutien à l’armée n’était pas la seule à l’ordre du jour de la réunion à l’Élysée. Il y avait aussi la question de la présidentielle confiée par M. Macron à Jean-Yves Le Drian. À ce sujet, l’un des diplomates français aurait clairement indiqué que la tenue de la présidentielle dans les plus brefs délais est un élément important pour le redressement du pays. Les participants ont affirmé que Paris et Washington ont une vision commune de la solution à cette crise, une semaine après un entretien à Washington entre M. Le Drian et le haut conseiller américain pour les Affaires de l’énergie Amos Hochstein, désigné émissaire au Liban. Ils ont également souligné que la France appuiera toute entente interlibanaise et n’a pas de candidat à la magistrature suprême. De quoi barrer la voie à d’éventuelles interprétations politiques du déplacement de Joseph Aoun, un sérieux présidentiable perçu comme une figure incarnant la troisième voie prônée par la communauté internationale. « Ce n’est pas en sa qualité de candidat à la présidence de la République, mais de commandant en chef de l’armée que le général Aoun a été reçu vendredi à Paris », tranche un diplomate français basé à Beyrouth.

Pour mémoire

Au Liban, Paris et Washington ne sont plus sur la même longueur d'onde

Sans rentrer dans ces détails, Nagib Mikati s’est contenté, à sa sortie de l’Élysée, de dire qu’il a insisté sur « la priorité qui devrait être accordée à l’élection d’un président afin de relancer les institutions et enclencher le processus de réformes » exigé par la communauté internationale. Le chef du gouvernement sortant a également indiqué que la question des migrants syriens était, elle aussi, au menu de l’entretien. « J’ai expliqué les dangers qui guettent le Liban à cause du nombre de Syriens présents dans ce pays », a déclaré M. Mikati, ajoutant avoir exhorté la communauté internationale à s’acquitter de ses responsabilités pour régler ce problème. Faute de quoi, les conséquences se feraient sentir, notamment en Europe. « J’ai demandé à M. Macron de proposer à l’Union européenne de définir des zones sûres en Syrie en vue de faciliter le retour chez eux des migrants qui pourraient bénéficier des aides internationales en Syrie et non au Liban », a encore dit le Premier ministre démissionnaire.

Nagib Mikati et Joseph Aoun ensemble à l’Élysée pour un déjeuner avec Emmanuel Macron. C’est probablement la première fois que le président français reçoit conjointement le Premier ministre sortant, presque seul aux commandes en période de vacance présidentielle, et le chef de l’armée, plus haut responsable sécuritaire du pays. Le message français en direction de Beyrouth...
commentaires (9)

Et bien merci l orient le jour, ici Paris et aux JT ... on ne nous parle pas de tout ça...(culturellement le Français moyen s informe le soir à 20h lors de repas devant le JT = france1 ou France 2) Je vous invite à le regarder... vous verrez alors comment tout est censuré

laravine@yahoo.fr

22 h 02, le 03 mai 2024

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Commentaires (9)

  • Et bien merci l orient le jour, ici Paris et aux JT ... on ne nous parle pas de tout ça...(culturellement le Français moyen s informe le soir à 20h lors de repas devant le JT = france1 ou France 2) Je vous invite à le regarder... vous verrez alors comment tout est censuré

    laravine@yahoo.fr

    22 h 02, le 03 mai 2024

  • " Les participants ont affirmé que Paris et Washington ont une vision commune de la solution à cette crise "(de la présidentielle ).Mais quelle est cette vision? M.Z

    ZEDANE Mounir

    12 h 48, le 20 avril 2024

  • Ne vaut-il pas mieux s'occuper de l'urgent problème des réfugiés syriens plutôt que de voyager bras dessus bras dessous et revenir bredouille aux frais du contribuable ?

    Hitti arlette

    12 h 08, le 20 avril 2024

  • Il y a pas que le sud a protéger Pas de contrôles de troupes FSI ou l’armée, comme avant dans les rues de beyrouth et le reste du liban à la merci des vols et des crimes , réunion a paris comme d’habitude des paroles et du bon temps, 40 ans les memes paroles pauvre Liban pauvre France décadences totales

    Haraoui Jean-Paul

    11 h 13, le 20 avril 2024

  • Tout est dit concernant la situation des migrants syriens : que l'occident s'exhorte à réparer le désordre qu'ils ont provoqué en Syrie. Cette communauté internationale agit toujours de la même façon partout où ils mettent leur nez. Ils compensent par des moyens financiers, des "aides". Ils préfèrent le nommer ainsi. Pareil, en Palestine, ils laissent leur allié israélien transgresser les règles internationales et ils envoient des "aides" en dédommagement.Encore, une négociation de mise sous tutelle : nous finançons votre armée et vous assurez nos intérêts c'est-à-dire ceux du voisin-occupant

    peacepeiche@gmail.com

    11 h 09, le 20 avril 2024

  • Tout sourire ; Ils dégustent du bon vin et trinquent le champagne qui coule à flot à L’Elysée. Madame , vient de faire une GRASSE commande de ces RELAXANTS.

    aliosha

    09 h 48, le 20 avril 2024

  • Une voisine syrienne, très gentille, cool à l’extrême dit ne jamais accepter de retourner en Syrie, qu’elle veut rester au Liban ou elle perçoit une aide financière de l’ONU.

    Mohamed Melhem

    05 h 41, le 20 avril 2024

  • Que font Nagib Mikati et Joseph Aoun a l’Elysée.

    Mohamed Melhem

    05 h 33, le 20 avril 2024

  • Pour construire un pays digne de ce nom, il faut que son armée soit LA force imposant la loi et assurant exclusivement la sécurité. Concernant la présidence de la république ? Oui un président serait un élément principal pour commencer à sauver le pays. MAIS pas n’importe lequel !! Si c’est un pion obéissant aux milices du Hezbollah ? Le problème empirera. Si c’est un président mou beni oui oui qui ne fera que « gérer » les crises sans initiative… juste un décor? Les crises ne pourront que perdurer… Il faudra un président patriote qui agira sur tous les dossiers dont le retour des SYRIENS.

    LE FRANCOPHONE

    02 h 53, le 20 avril 2024

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