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Nos Lecteurs ont la Parole

La dialectique du « parler »

Parler peut nous entraîner à vivre deux risques majeurs. Le premier, la déception (qui peut se transformer en blessure) de ne pas être entendu, le second, de se confronter à une immense désillusion, celle de découvrir l’incroyable fossé qu’il y a entre ce que je dis et ce qui est perçu par l’autre. J’ai plus de chance de pouvoir me sentir moi-même quand je parle si je suis reçu et entendu par celui à qui je m’adresse.

Peut-être que les enfants et les ex-enfants (que sont les adultes) s’expriment-ils aujourd’hui plus qu’autrefois, mais j’ai le sentiment qu’ils communiquent moins bien. Il me semble que s’est développée, depuis quelques décennies, une communication que j’appelle de consommation, confondue avec la circulation (voire la saturation) de l’information (nous croyons avoir communiqué quand nous avons transmis une information). Je défends plutôt l’idée d’une communication relationnelle qui nous relie, nous amplifie, nous prolonge bien au-delà de ce que nous témoignons.

Si communiquer veut dire mettre en commun, nous avons à nous interroger les uns et les autres sur les possibles et les limites de cette mise en commun. Il ne suffit pas de parler pour être entendu, il ne suffit pas de se dire pour être reçu, il ne suffit pas d’aller vers l’autre pour être accueilli.

Encore faut-il que le parlant et l’écoutant puissent se donner les moyens de créer les conditions d’un partage et d’un échange fondé sur la réciprocité, sur un aller et retour indispensable entre une inspiration et une aspiration, entre le dire et l’entendre, entre une écoute et une parole qui se met au monde.

Quand il m’arrive de demander autour de moi : connaissez-vous vos besoins ? Je découvre, avec stupéfaction, que la plupart des gens sont de véritables experts en la matière. Ils savent de façon précise, approfondie et compétente qu’il leur faut des vitamines (A, B, C, D et bien d’autres), du calcium, du potassium, des hormones, des oméga 3 et 6, et une foultitude d’autres compléments qui me sont inconnus. Mais quand je précise ma question : connaissez-vous vos besoins relationnels ? il y a soudain un grand silence. Certains s’en sortent en m’affirmant qu’ils ont besoin d’être aimés ! Comme si ce besoin (important certes) recouvrait tous les autres besoins relationnels. Je leur rappelle alors quelques grands besoins relationnels fondamentaux et les invite à entendre en eux si ces besoins ont été satisfaits ces derniers temps dans leur vie.

Besoin de se dire avec des mots à soi, pas des mots ou des expressions en conserve, empruntés autour de soi, dans l’air du temps ; besoin d’être entendus sur la longueur d’onde où nous émettons ; besoin d’être reconnus tels que nous nous percevons, que nous nous sentons et pas seulement au travers d’une image, d’une étiquette, d’un comportement ou d’un acte isolé que nous avons eu ; besoin d’être valorisés, d’avoir le sentiment que nous avons une valeur, un poids, une place appréciés ; besoin d’intimité, de respect d’un territoire matériel, affectif, qui échappe à l’intrusion de l’entourage proche ou moins proche ;

besoin d’exercer une influence sur notre environnement, de sentir que nous ne sommes pas réduits aux conditionnements qui pèsent sur nous.

Je donne à la communication relationnelle, celle qui alimente notre vie au quotidien, la mission de répondre à quelques-uns de nos besoins relationnels les plus vitaux. Je donne à la communication ouverte, libre, en réciprocité, la mission de favoriser l’épanouissement de nos potentialités. Je donne à la communication sans violence la mission de permettre à l’éclosion de notre créativité. Je donne à la communication en réciprocité la mission de nous maintenir en santé

Il y a en effet, nous l’oublions parfois, un lien très étroit entre la qualité des relations significatives de notre vie et l’état de notre bien-être, de notre santé. Quand il y a le silence des mots, se réveille trop souvent la violence des maux ; si nous acceptons d’entendre que les maladies (mal à dire) sont des langages métaphoriques et symboliques avec lesquels nous crions l’indicible, nous tentons de murmurer l’insupportable.

Chaque être humain est au cœur de ces grandes relations, qu’il se doit de nourrir, d’alimenter, de vivifier par des communications suffisamment harmonieuses et dynamiques pour rester connecté à l’univers qui l’entoure.

Réinventons des communications vivantes et des relations en santé, avec nous-mêmes et avec autrui, pour ne plus vivre sur la planète « Taire » !


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Parler peut nous entraîner à vivre deux risques majeurs. Le premier, la déception (qui peut se transformer en blessure) de ne pas être entendu, le second, de se confronter à une immense désillusion, celle de découvrir l’incroyable fossé qu’il y a entre ce que je dis et ce qui est perçu par l’autre. J’ai plus de chance de pouvoir me sentir moi-même quand je parle si je suis reçu...
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