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Nos Lecteurs ont la Parole

Les enfants s’en rappellent...

F.A., jeune papa d’une trentaine d’années, non libanais, sérieux et allure responsable, rentre dans mon cabinet ce matin du 20 mars 2024 amenant en consultation son petit garçon de 5 ans qui se plaint de fièvre et de mal de gorge qui, après examen, s’avère avoir une amygdalite purulente. Ce qui me pousse à vous raconter cette histoire est sûrement sans rapport avec le diagnostic et le traitement, tous les deux si évidents. C’est le fait d’avoir remarqué durant la consultation des traces rosées dessinant vraisemblablement des doigts sur la joue gauche de cet enfant.

La réaction du papa face à mon étonnement était spontanée ; il me dit aussitôt : « C’est moi, docteur, qui suis en cause, bien que je connaisse le retentissement psychologique sur mon fils de mon geste que je regrette fort. Je n’ai pas dormi de la nuit, ne retenant pas mes larmes, comme un gosse. Mon fils, et depuis un moment, revient de l’école sans ses cahiers ou ses crayons, pour ne pas dire volés par ses camarades qui le privent parfois de sa tartine, et il rentre à la maison en pleurant. C’est une chose que je n’ai pas admise. Je sais que j’aurais dû agir autrement et je me promets de ne plus le refaire. Je voulais qu’il change de caractère afin qu’il ne soit pas victime de harcèlement, l’exposant à des conséquences fâcheuses. » Je lui ai de suite insinué loin de l’attention de son fils que la façon dont il s’est comporté, giflant son fils ou quel que soit le geste physique de punition, peut me pousser à porter plainte devant les autorités de protection des droits de l’enfant.

En pédiatrie, ces situations ne sont pas si faciles, et me référant à Jean Cocteau dans Les enfants terribles, je me demande qui sont les terribles, les parents ou les enfants ? Personnellement, cela me rappelle mon fils à l’âge de 5 ans, à Paris où il devait subir une chirurgie complexe des yeux en 1988, quand, le baladant dans les rues du 19e arrondissement, je sors d’une boulangerie lui apportant des viennoiseries qu’il aimait pour le trouver en crise de pleurs. Sa maman me fait savoir en anglais afin qu’il ne comprenne pas : « Ne lui cède pas cette fois-ci. Il a vu dans la vitrine du magasin de jouets un train électrique et me demande de le lui acheter. » Mon gamin, toujours en colère, me dit avoir compris ce que sa maman venait de me dire. Notre fiston a plusieurs trains similaires au Liban et sa maman trouvait que ce n’était pas le moment de faire des dépenses inutiles, surtout que nos calculs pour nos achats quotidiens étaient très serrés car la livre libanaise était en pleine inflation. J’ai été à l’époque obligé de reprendre mon poste de chargé d’enseignement vacataire à la faculté de médecine de Tours, afin de pouvoir couvrir les frais de son hospitalisation.

Gêné par ses cris insupportables en pleine rue, je me vois, moi pédiatre, lui donner pas une fessée, mais tout simplement un petit coup avec mes deux doigts, l’index et le majeur, sur la face dorsale de son poignet. Je n’oublierai jamais de ma vie ce geste maladroit avec un grand remords. Eh bien mon fils, âgé actuellement de 40 ans, père de deux grandes filles, continue à me rappeler, quand il veut me taquiner, cet inoubliable geste, venant d’un pédiatre qui s’occupe du corps et de l’âme de l’enfant.

Ne donnons jamais ni gifle, ni fessée, ni même une petite tape avec deux doigts sur le dos du poignet à un enfant, quelle que soit la raison, car l’adulte, une fois énervé par l’enfant ou par toute autre cause, n’arrive pas toujours à contrôler la force du geste effectué qui peut marquer l’enfant et lui faire des souvenirs douloureux et inoubliables.

Discutons avec nos enfants. N’hésitons pas à demander une aide à un spécialiste (psychothérapeute) quand il le faut. Les enfants dévoilent leurs parents, tellement ils sont malins et intelligents.

Dr Joseph RACHKIDI

Ancien président de la SPLN

(Société libanaise de pédiatrie au Nord)

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F.A., jeune papa d’une trentaine d’années, non libanais, sérieux et allure responsable, rentre dans mon cabinet ce matin du 20 mars 2024 amenant en consultation son petit garçon de 5 ans qui se plaint de fièvre et de mal de gorge qui, après examen, s’avère avoir une amygdalite purulente. Ce qui me pousse à vous raconter cette histoire est sûrement sans rapport avec le diagnostic et...
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