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Politique - Liban-Sud

Mort de Issam Abdallah : le char israélien aurait aussi tiré à la mitrailleuse lourde sur les journalistes

Un rapport néerlandais révèle que l'audio capté par une caméra vidéo d'al-Jazeera sur les lieux montrait que les journalistes avaient essuyé des tirs de calibre 0,50, du type de ceux utilisés par les mitrailleuses Browning qui peuvent être montées sur les chars Merkava.

Mort de Issam Abdallah : le char israélien aurait aussi tiré à la mitrailleuse lourde sur les journalistes

Des débris observés à l'endroit où le journaliste de Reuters, Issam Abdallah, se trouvait lorsqu'il a été tué, le 13 octobre 2023 au Liban-Sud. REUTERS/Maya Gebeily/File Photo

L'équipage d'un char israélien a tué un journaliste de Reuters au Liban le 13 octobre 2023, en tirant deux obus sur un groupe de journalistes clairement identifié, puis a « probablement » ouvert le feu sur eux avec une mitrailleuse lourde dans une attaque qui a duré 1 minute et 45 secondes, selon un rapport sur l'incident publié jeudi.

Ce document a été rédigé par l'Organisation néerlandaise pour la recherche scientifique appliquée (TNO) - qui a été chargée par Reuters d'analyser les preuves de l'attaque qui a coûté la vie au vidéojournaliste libanais Issam Abdallah - et révèle qu'un char d'assaut situé à 1,34 km de là, en Israël, a tiré deux obus de 120 mm en direction des journalistes.

En décembre, une enquête de Reuters a couvert la conclusion préliminaire de TNO selon laquelle un char en Israël avait tiré sur les journalistes. Dans son rapport final de jeudi, l'institut a révélé que l'audio capté par une caméra vidéo d'al-Jazeera sur les lieux montrait que les journalistes avaient également essuyé des tirs de calibre 0,50, du type de ceux utilisés par les mitrailleuses Browning qui peuvent être montées sur les chars Merkava israéliens.

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« En état de choc »

« Il est probable qu'un char Merkava, après avoir tiré deux obus, ait également utilisé sa mitrailleuse contre l'endroit où se trouvaient les journalistes », indique le rapport de TNO. « Ce dernier point ne peut être conclu avec certitude car la direction et la distance exacte du tir (de la mitrailleuse) n'ont pas pu être établies.

Reuters n'a pas pu déterminer de manière indépendante si l'équipage du char israélien savait qu'il tirait sur les journalistes, ni s'il a également tiré sur eux avec une mitrailleuse et, dans l'affirmative, pourquoi.

Ni les deux reporters de Reuters qui ont survécu, ni un autre journaliste de l'AFP présent sur les lieux ne se souviennent des tirs de mitrailleuse. Tous ont déclaré avoir été en état de choc à ce moment-là.

L'armée israélienne n'a pas répondu aux demandes de commentaires sur les aspects de l'attaque contre les journalistes. Interrogée sur les conclusions préliminaires de TNO en décembre, l'armée israélienne a déclaré : « Nous ne ciblons pas les journalistes ». Un jour après la publication de l'enquête de Reuters, l'agence a déclaré que l'incident s'était produit dans une zone de combat active.

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Ciblage intentionnel ?

« Nous condamnons avec la plus grande fermeté l'attaque contre un groupe de journalistes clairement identifiables, travaillant en plein air. L'attaque a tué notre collègue Issam Abdallah et en a blessé plusieurs autres. Nous réitérons nos appels à Israël afin qu'il explique comment cela a pu se produire et pour qu'il demande des comptes aux responsables », a déclaré Alessandra Galloni, rédactrice en chef de Reuters.

Phil Chetwynd, directeur de l'AFP Global News, a réitéré son appel à une enquête approfondie et transparente de la part de l'armée israélienne. « Si les informations faisant état de tirs soutenus de mitrailleuses sont confirmées, cela renforcerait la thèse d'une attaque ciblée et délibérée », a-t-il déclaré.

Ihtisham Hibatullah, responsable de la communication internationale d'al-Jazeera, a exhorté le gouvernement israélien à divulguer les conclusions de sa propre enquête. « Cet incident indique clairement qu'il s'agit d'un ciblage intentionnel, comme l'ont confirmé les enquêtes, y compris celle de TNO », a-t-il déclaré.

Le ministre libanais de l'Information n'a pas répondu à une demande de commentaire.

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TNO a noté que les sept journalistes portaient des gilets pare-balles et des casques bleus, la plupart portant l'inscription « PRESS » en lettres blanches. Pendant près d'une heure avant l'attaque, ils avaient filmé à distance des tirs d'artillerie transfrontaliers dans un espace ouvert sur une colline près du village libanais d'Alma el-Chaab.

Des images vidéo des suites de l'attaque ont également montré une voiture noire appartenant à Reuters et portant l'inscription « TV » en grandes lettres jaunes faites de ruban adhésif sur le capot et le toit.

Des tirs probablement venus du même endroit

TNO a déclaré qu'il y avait une ligne de vue claire entre l'endroit où les obus de char ont été tirés et le lieu de l'attaque. Sur les images télévisées en direct précédant l'attaque, on peut entendre un ou plusieurs drones et un hélicoptère israélien est également visible dans le ciel sur certaines séquences.

L'institut a pu déterminer exactement d'où provenaient les deux obus de chars d'assaut parce qu'il disposait d'une vidéo du souffle et du vol du second obus, ainsi que de fichiers audio enregistrés sur les lieux de l'incident.

L'analyse des tirs de mitrailleuse effectuée par TNO a montré que la « seule correspondance raisonnable » était celle d'une arme de calibre 0,50 tirée à une distance de 1,34 km, soit la même distance que les tirs de char, mais les enregistrements audio n'étaient pas suffisants pour déterminer le point de tir.

Cependant, le fait que les rafales de balles soient arrivées si rapidement après les tirs de chars, associé à l'analyse, a conduit TNO à conclure qu'il était « probable » que les tirs provenaient tous du même endroit. L'institut indépendant n'a pas proposé d'autre scénario pour l'origine des tirs de mitrailleuse.

Environ 30 secondes après le deuxième tir de char, une rafale d'environ 25 tirs de mitrailleuse a retenti, suivie de rafales de 9 et 12 tirs. Un peu plus de 30 secondes plus tard, il y a eu trois coups de feu, puis un seul coup de feu et un bruit métallique, qui pourrait être celui d'une balle frappant un muret près de la caméra, a déclaré TNO.

Le photographe de Reuters, Thaier Al-Sudani, 47 ans, le caméraman Maher Nazeh, 53 ans, ainsi que deux journalistes d'al-Jazeera et un autre de l'AFP ont également été blessés dans l'attaque.

Crime de guerre ?

Plusieurs des experts qui ont examiné le rapport de la TNO à la demande de Reuters ont exprimé des avis divergents sur la question de savoir si l'équipage du char avait délibérément visé les journalistes.

« Le rapport de la TNO conclut qu'il est probable qu'en plus des deux tirs de chars, les tirs de mitrailleuses provenaient du même endroit, ce qui ajoute ou aggrave le caractère délibéré avec lequel ils semblent avoir été directement ciblés », a déclaré Jessica Dorsey, experte en droit humanitaire international à l'université d'Utrecht. « Je pense que, d'un point de vue juridique, si l'affaire était portée devant un tribunal, cela constituerait un argument encore plus convaincant pour affirmer qu'il s'agit bien d'un crime de guerre », a-t-elle ajouté.

Cependant, Nick Kaufman, un avocat israélo-britannique qui a servi dans le corps de l'avocat général des forces armées israéliennes et qui a défendu des clients célèbres contre des accusations de crimes de guerre devant des tribunaux pénaux internationaux, a déclaré que la raison pour laquelle le char avait tiré sur les reporters n'était toujours pas claire.

« Sur la base du seul rapport de TNO, il n'est pas possible de conclure qu'il s'agissait d'un ciblage intentionnel des journalistes, par opposition à la poursuite d'un objectif militaire légitime qui a mal tourné », a-t-il déclaré. « Il faudrait mener une enquête approfondie et comprendre les renseignements militaires qui ont sous-tendu le déploiement des deux projectiles », a-t-il ajouté.

Le lendemain de l'attaque, l'armée israélienne a déclaré qu'elle disposait d'images de l'incident et que celui-ci faisait l'objet d'une enquête. Aucun résultat de cette enquête n'a été rendu public par l'Etat hébreu.


*Cet article est une traduction d'une information de Reuters publiée en anglais

L'équipage d'un char israélien a tué un journaliste de Reuters au Liban le 13 octobre 2023, en tirant deux obus sur un groupe de journalistes clairement identifié, puis a « probablement » ouvert le feu sur eux avec une mitrailleuse lourde dans une attaque qui a duré 1 minute et 45 secondes, selon un rapport sur l'incident publié jeudi.Ce document a été rédigé par l'Organisation...
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