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Culture - Festival

À Abou Dhabi, Puccini sans reproche et Franck sous oxygène

Alors que le festival d’Abou Dhabi bat son plein, « L’Orient-Le Jour » a assisté à deux soirées in situ. L’une dédiée à Puccini et l’autre animée par la star du violoncelle Pablo Ferrández.

À Abou Dhabi, Puccini sans reproche et Franck sous oxygène

La soprano Valeria Sepe et le maestro Jacopo Sipari di Pescasseroli. Photo DR

J’ai découvert Abou Dhabi et son festival. J’ai découvert une population affable, aimable et accueillante. J’ai découvert aussi un peuple avide de culture et j’ai découvert une ville où il n’y a pas un grain de poussière sur les routes.

Fondé en 2004 par Houda al-Khamis Kano - également directrice artistique du festival, une dame d’une grande distinction et élégance - avec pour patronne chaykha Chamsa bint Hamdane ben Mohammad al-Nahyan, et pour parrain honoraire fondateur e ministre des Affaires étrangères, cheikh Abdallah ben Zayed al-Nahyane, le festival bénéficie des conseils judicieux de son directeur exécutif adjoint, le révérend père Toufik Maatouk.

Célébrant le 100ᵉ anniversaire de la mort de Puccini, le concert du 31 janvier dans le palace des Émirats, en partenariat avec l'ambassade d'Italie et l'Institut culturel italien, comprenait des extraits d'opéras avec deux chanteurs, la soprano Valeria Sepe et le ténor Francesco Meli, et l'orchestre du festival Puccini sous la direction de Jacopo Sipari di Pescasseroli.

L'orchestre du festival Puccini sous la direction de Jacopo Sipari di Pescasseroli. Photo DR

Les deux solistes sont sans reproche et corrects. Beau timbre de la soprano avec un très bel aigu, un peu moins dans le médium. Monsieur le ténor possédait une sensibilité frémissante, un profond sens rythmique et un respect du texte. Sur le plan purement vocal, un timbre d'une beauté saisissante et là où ils étaient le mieux, c'était lorsque leurs voix s'unissaient dans La Bohème ou la Tosca.

L'accompagnement orchestral était parfait, ce qu'il fallait pour des extraits. Quant au lendemain, le récital violoncelle piano dans le hall bleu du Centre des arts, Monsieur Pablo Ferrández, violoncelle et Monsieur Luis Del Valle, piano, jouaient des œuvres de Manuel de Falla, Ludwig van Beethoven, Rachmaninov et César Franck, qu’ils abordaient avec une extraordinaire virginité, interprétation vibrante et ô combien humaine. Ils dosaient à leur juste mesure la part de la vélocité et celle de l'expression avec un beau timbre onctueux qui leur donnait une nouvelle vie.

Pablo Ferrandez, violoncelle et Luis Del Valle, piano. Photo DR

Les sept chansons populaires espagnoles de Manuel de Falla ont été créées en 1915 à Madrid. Sans être un cycle, ce recueil se veut être un voyage à travers les provinces ibériques. Dédiée à la voix de gitanes aux sonorités gutturales, la transcription pour violoncelle est des plus heureuses puisqu'on sait que la sonorité de cet instrument est celle qui se rapproche le plus de la voix humaine. Interprétation très arabisée, puisque l'origine est arabo-andalouse.

La troisième sonate pour violoncelle et piano de Beethoven est pour moi la plus belle des cinq. Les interprètes sont bouleversants et olympiens à la fois. Une rigueur admirable, rien ne bouge, tout était au-delà et au-dessus des notes. Un hymne, une prière, un bonheur indicible. Elle aussi transcrite pour violoncelle, La Vocalise de Rachmaninov était empreinte d'une chaleur douce, aussi bien d'un feu vif. Ils étaient tout simplement séduisants.

Chef-d'œuvre incontestable de la musique de chambre française du XIXᵉ siècle, la sonate pour violon et piano en la majeur de César Franck était dédiée au violoniste Eugène Ysaÿe. C’est une œuvre capitale dans l'évolution du genre. À l'époque, la musique de chambre française se résumait aux sonates de Lalo, Saint Saëns et Fauré qui n’ont jamais atteint la même intensité.

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Cette intensité, on va la retrouver chez Pablo et Luis qui vont lui insuffler un bénéfique oxygène. Ils vont l'innerver et lui restituer sa force, la concentration de la pensée franquiste et son lyrisme personnel. Ferrández et Del Valle commencent bien et finissent excellemment. Dès les premières mesures, si importantes, le pianiste se montre inquiet. Il ne trouve le rythme de son discours que lorsque son partenaire impose le sien.

L'allegro les montre beaucoup plus assurés dans la passion. Leur fougue est superbe. Le Recitativo-Fantasia est réfléchi, rêveur. Il est envisagé dans le prolongement du premier mouvement avec une grande liberté, et le finale est d'une belle envolée, vibrant sans grandiloquence. C'est à coup sûr une très grande version et un grand jour que ce récital.

Le Festival d’Abou Dhabi sera clôturé le 25 février par un récital du ténor américain Lawrence Brownlee. 

J’ai découvert Abou Dhabi et son festival. J’ai découvert une population affable, aimable et accueillante. J’ai découvert aussi un peuple avide de culture et j’ai découvert une ville où il n’y a pas un grain de poussière sur les routes.Fondé en 2004 par Houda al-Khamis Kano - également directrice artistique du festival, une dame d’une grande distinction et élégance - avec...
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Bravo pour Abou Dabi. Et malheur au Liban, ce Liban qui a tant donné de culture et d'expertise à un monde Arabe qui était (sauf l'Égypte), à des années lumières de ce qu'était le Liban dans les années 50, 60 et 70, sur tous les plans..

Raed Habib

12 h 56, le 07 février 2024

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Commentaires (1)

  • Bravo pour Abou Dabi. Et malheur au Liban, ce Liban qui a tant donné de culture et d'expertise à un monde Arabe qui était (sauf l'Égypte), à des années lumières de ce qu'était le Liban dans les années 50, 60 et 70, sur tous les plans..

    Raed Habib

    12 h 56, le 07 février 2024

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