Le président iranien aurait dû faire ce voyage en novembre, puis plus tôt ce mois-ci. A chaque fois, le déplacement d’Ebrahim Raïssi a été repoussé en raison des développements régionaux. Mercredi, il doit finalement rencontrer son homologue turc Recep Tayyip Erdogan à Ankara, pour parler principalement de la situation à Gaza et de ses répercussions au Moyen-Orient. Si leur relation bilatérale oscillait entre cordialité et tensions, la guerre à Gaza semble avoir rapproché les deux partenaires commerciaux et énergétiques, alors qu’elle pourrait redéfinir les dynamiques à l'œuvre au Moyen-Orient. D’autres sujets devraient également être abordés durant cette rencontre au sommet.
Guerre à Gaza et régionalisation du conflit
Cherchant à se positionner en leader de la communauté musulmane, Ankara a vivement critiqué Israël dès le début de la guerre à Gaza, annonçant même une rupture avec le gouvernement de Benjamin Netanyahu, le plus à droite de l’histoire d’Israël, sans pour autant rompre ses liens avec le pays. Ennemi juré d’Israël, la République islamique est quant à elle le principal soutien du Hamas, dont certains dirigeants sont exilés en Turquie depuis des années, le mouvement islamiste palestinien étant issu des Frères musulmans dont le président turc est proche. Le ministre des Affaires étrangères d’Ankara, Hakan Fidan, a ainsi reçu samedi le chef du bureau politique du Hamas, Ismaïl Haniyé, pour parler d’un cessez-le-feu à Gaza, de l’augmentation de l’aide humanitaire, de la libération des otages et de la solution à deux Etats.
Car la Turquie a cherché, en vain jusqu’à présent, à se positionner en médiateur dans le conflit, comme elle a pu le faire dans le dossier ukrainien. Un rapprochement avec l’Iran, qui mène « l’axe de la résistance » activant les fronts annexes à Gaza, lui permettrait a minima de s’assurer une protection face au risque d’une escalade des confrontations se jouant au niveau régional.
La situation dans le Nord syrien
Après avoir multiplié ces dernières semaines les frappes contre des cibles en Syrie et en Irak affiliées au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considéré comme terroriste par Ankara, Recep Tayyip Erdogan a de nouveau brandi la menace d’une opération terrestre dans le Nord syrien. Objectif : déloger de la frontière les Forces démocratiques syriennes (FDS), à majorité kurde, partenaires des Etats-Unis dans leur lutte contre le groupe Etat islamique. Mais Téhéran s’est toujours opposé - avec l’appui de la Russie, autre soutien de Damas - à toute opération turque en territoire syrien.
Lundi, le média Al-Monitor citait des sources affirmant qu’un plan américain était en discussion pour former une alliance entre les FDS et l’armée syrienne de Bachar el-Assad, ce qui laisserait présager d’un éventuel retrait des près de 900 soldats américains de Syrie, et ajoutait que la Turquie aurait été consultée. Le plan pourrait bénéficier à l’Iran, qui gagne continuellement du terrain dans le pays et souhaite voir Washington s’en retirer. Dans cette perspective, le président turc avait par ailleurs laissé entendre l’année dernière qu’il pouvait se rapprocher de son homologue syrien pour trouver une solution à la frontière. Sa rencontre avec Ebrahim Raïssi, alors que le 21e sommet d’Astana sur la Syrie s’ouvrira dans la capitale kazakhe, pourrait ouvrir la voie à des discussions entre les deux anciens ennemis, alors que Bachar el-Assad a résisté jusqu’à présent aux pressions russes visant à un rapprochement.
La compétition dans le Caucase
Outre les dossiers régionaux, les deux pays se disputaient encore récemment une influence dans le Caucase. L’Iran, qui soutient l’Arménie, s’inquiète des velléités expansionnistes de l’Azerbaïdjan, manifestées dernièrement lors de la prise du Haut-Karabakh en septembre 2023. Proche d’Ankara et de son projet panturquiste, Bakou se fournit en armes auprès d’Israël et il est accusé par son voisin iranien de permettre l’infiltration d’éléments ennemis. Un accord semble avoir été trouvé pour réduire jusqu’à présent les tensions entre l’Azerbaïdjan et l’Iran autour du projet de Bakou de construire le corridor du Zanguezour pour le relier à son exclave du Nakhitchevan en territoire arménien - ce qui aurait coupé une connexion vitale entre l’Iran et l’Arménie. Un apaisement que les présidents iranien et turc auront sans doute à cœur de réitérer. Et qui arrangerait en outre la Russie, dont les liens avec la République islamique se sont resserrés depuis la guerre en Ukraine et pour lequel la Turquie joue un rôle d’intermédiaire dans le conflit avec Kiev. Les Etats-Unis et les Européens y verront-ils un signal à interpréter ? Alors que Téhéran joue le chaud et le froid sur la région à travers ses supplétifs, le Parlement turc a néanmoins entamé mardi l'examen du protocole d'adhésion de la Suède à l'OTAN, qu’Ankara avait jusqu’à présent bloquée dans le but d’obtenir des Américains des avions de chasse F-16.
L,UN EST ENTURBANNE CORPORELLEMENT. L,AUTRE IL A LA BOITE ENTURBANNEE.
13 h 31, le 24 janvier 2024