La culpabilité est un sentiment étrange. Elle nous ronge, nous tourmente. Insidieusement, elle s’installe en nous, nous empêche de savourer pleinement notre quotidien. Parfois, elle nous pousse à trouver des moyens de nous en débarrasser, de nous justifier. Parfois, ces moyens s’avèrent aussi dangereux que le mal originel.
Ceux qui ont collaboré avec l’agresseur, par action ou par omission, ont peut-être été mus par la peur, un intérêt personnel, une certaine lâcheté, voire, dans certains cas, l’ignorance. Ils se sont peut-être dit qu’ils n’avaient pas le choix, qu’ils ne faisaient que suivre les ordres, qu’ils ne pouvaient pas changer le cours des choses. Ils peuvent se convaincre qu’ils n’étaient pas responsables, qu’ils n’avaient pas participé, qu’ils n’avaient pas vu.
En réalité, ils savaient. Ils savent qu’ils ont laissé faire, qu’ils ont fermé les yeux. Ils savent qu’ils ont contribué à la souffrance de la victime, qu’ils ont facilité la tâche de l’agresseur, qu’ils ont consolidé son pouvoir. Ils savent qu’à défaut d’être responsables, ils sont a minima complices et donc coupables.
En voulant se dédouaner de cette culpabilité ancienne – mais toujours vivace –, ils autorisent la victime à se transformer en agresseur, à se venger sur des tiers qui n’ont rien à voir avec l’injustice initiale dont ils ont souffert. De reproduire le schéma de la violence, non sans accroître la force de frappe et la performance, pour aller toujours plus loin dans l’horreur. Jusqu’à ce que la victime d’hier se soit transformée en bourreau d’aujourd’hui, un bourreau qui a le droit de ne se soumettre à aucune loi.
Après avoir laissé faire en 1939, voilà donc cette communauté internationale – comprendre, puissances occidentales et anciennes puissances colonisatrices – complice de crimes en 2023. Aujourd’hui, ces pays se rendent responsables de nouvelles souffrances, de nouvelles injustices.
Hélas ! La seule façon de se libérer de la culpabilité, la seule manière de panser les plaies du passé – et du présent –, c’est de mettre un terme à cette surenchère de l’horreur une bonne fois pour toutes. C’est accepter que les drames et les blessures du passé ne se refermeront pas tant que persistera cette rage aveugle et destructrice. Cela demande du courage, de l’honnêteté, de l’humilité. Cela demande de la compassion, de la solidarité, de l’humanité. Cela demande de la conscience, de la responsabilité, de la dignité.
Hélas !. Plus de trois mois après le 7 octobre, la communauté internationale peine toujours à s’unir pour contraindre Israël à stopper son offensive à Gaza. Pourtant, les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Australie, le Canada, les Pays-Bas et même le Bahreïn ont réussi à s’entendre pour bombarder le Yémen. Sans surprise, au vu des enjeux économiques et des menaces pour le commerce international posées par les attaques en mer rouge des houthis. Car si à Gaza, mosquées et églises (mais aussi écoles, hôpitaux et quartiers résidentiels) sont bombardées dans la plus grande indifférence, à l’autel du dieu capitalisme, il y a foule.
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