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Politique - Décryptage

Affaire Joseph Aoun : pourquoi Bassil se montre intransigeant


Il a beau paraître zen, le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, est inquiet pour la région, pour le Liban et pour les chrétiens. Il estime que la situation est difficile en elle-même, mais que la position internationale ne facilite pas les choses. Sa rencontre de six minutes avec l’émissaire français Jean-Yves Le Drian la semaine dernière, dont il a été longuement question dans les médias, en est un indice. Nul n’ignore en effet que cet entretien rapide s’est plutôt mal passé. L’émissaire français aurait entamé l’entretien en déclarant à son interlocuteur qu’il est en colère. Pourquoi ? Parce que le chef du CPL est le seul à s’opposer au maintien du commandant en chef de l’armée, le général Joseph Aoun, à son poste pour une période déterminée, alors que les parties internationales et même internes poussent dans ce sens ou, au moins, ne s’y opposent pas. Bassil aurait alors expliqué que contrairement à ce qui se dit, il s’agit pour son parti d’une question de principe, non d’une affaire personnelle. Selon lui, les mécanismes existent dans la loi et la Constitution pour désigner un remplaçant, car il n’y a rien qui s’appelle « vacance à la tête de l’armée » en matière juridique. En cherchant à maintenir l’actuel commandant en chef à son poste à tout prix, on pousse donc, aux yeux de M. Bassil, vers une violation de la Constitution. Le Drian aurait alors rétorqué que cette position n’est pas convaincante car l’heure est grave et la position du CPL constitue une atteinte à la sécurité nationale libanaise, à celle de la France et à celle de l’Europe. Bassil aurait à son tour répondu que puisque le CPL est totalement isolé sur ce sujet, les autres n’ont qu’à prendre la décision de reporter l’âge de la retraite du commandant en chef sans lui et à en assumer la responsabilité. Et d’ajouter qu’en ce qui le concerne, il est prêt à assumer la perte. À ce moment-là, Le Drian aurait estimé qu’il n’est plus nécessaire de poursuivre l’entretien et se serait retiré en lançant toutefois : « À bientôt. »

Quelques jours plus tard, c’est le chef des renseignements extérieurs français, ancien ambassadeur à Beyrouth et membre de la cellule de l’Élysée chargée du dossier présidentiel libanais, Bernard Émié, qui aurait à son tour effectué une visite éclair à Beyrouth pour transmettre un double message au sujet de la nécessité du maintien du général Aoun à son poste et de l’application effective de la résolution onusienne 1701, notamment en ce qui concerne le retrait des combattants du Hezbollah au-delà du Litani.

Les deux dossiers sont-ils réellement liés ? La question demeure posée, et elle prend une nouvelle dimension avec l’idée que le départ de Joseph Aoun à la retraite pourrait constituer une menace pour la sécurité nationale libanaise, française et européenne, notamment pour ce qui est du dossier des réfugiés syriens. Certes, des critiques ont été adressées, sur la scène interne, au commandant en chef au cours des derniers mois au sujet de l’afflux des réfugiés syriens vers le Liban, sous prétexte que l’armée n’aurait pas fait ce qu’il fallait pour les empêcher de venir ou pour fermer les voies de passage à la frontière libano-syrienne. Mais le commandement en chef de l’armée avait alors répondu qu’il avait besoin de 40 000 hommes pour contrôler réellement la frontière avec la Syrie, ce qui est impossible dans le contexte actuel où la troupe est sollicitée un peu partout sur le territoire libanais.

De même, la soudaine insistance internationale pour l’application de la résolution 1701, qui a mis un terme à la guerre de juillet 2006 et qui prévoit le contrôle exclusif de la région au sud du Litani par l’armée libanaise et la Finul, soulève de nombreuses interrogations. Elle pourrait, selon certains, cacher une volonté de susciter une discorde interne ou même de provoquer des frictions entre le Hezbollah et l’armée libanaise. Mais, en près de sept ans (Joseph Aoun a pris la tête de l’armée en 2017), il n’y a eu aucun indice concret qui permette de croire à un tel scénario. Plusieurs incidents ont eu lieu, mais ils ont toujours été circonscrits dans une volonté claire des deux camps de maintenir le calme et la stabilité. D’ailleurs, le Hezbollah a envoyé plusieurs messages ces derniers temps pour dire qu’il juge tout à fait acceptable l’attitude de la troupe au sud du Liban, et cette attitude serait dictée par des instructions en ce sens de la part du commandant en chef. Ce dernier aurait donc réussi au cours des dernières années à éviter les frictions au Sud et ailleurs, tout en préservant l’image de l’armée qui continue à être l’une des rares institutions de l’État encore crédible et efficace.

Dans ce cas, comment expliquer la position ferme et intransigeante du CPL au sujet d’une formule qui maintiendrait le général Joseph Aoun à son poste après l’âge de la retraite ? Selon ceux qui le connaissent, Bassil est convaincu de l’importance de camper sur des positions de principe, même si elles ne sont pas populaires. Ce ne serait d’ailleurs pas la première fois que le CPL se trouverait seul face à toutes les autres parties, et celles-ci ont généralement fini par reconnaître qu’il avait raison. En tout cas, le chef du CPL estime qu’il a eu le mérite de se battre jusqu’au bout pour ses convictions. Dans le cas précis de Joseph Aoun, il y a en plus un élément qui ne peut que susciter la méfiance, selon le CPL, c’est justement cette insistance générale à trouver un arrangement, même contraire à la loi, en faveur du maintien à son poste d’une seule personne. Même si, jusqu’à présent, le CPL avoue qu’il ne connaît pas les véritables dessous de la position internationale, celle-ci semble indiquer que la guerre de Gaza n’est pas près de finir, son impact sur la région et sur le Liban non plus.

Il a beau paraître zen, le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, est inquiet pour la région, pour le Liban et pour les chrétiens. Il estime que la situation est difficile en elle-même, mais que la position internationale ne facilite pas les choses. Sa rencontre de six minutes avec l’émissaire français Jean-Yves Le Drian la semaine dernière, dont il a été longuement...

commentaires (8)

Derrière Bassil il y a le Hezbollah…..

Eleni Caridopoulou

16 h 57, le 07 décembre 2023

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Commentaires (8)

  • Derrière Bassil il y a le Hezbollah…..

    Eleni Caridopoulou

    16 h 57, le 07 décembre 2023

  • Je chante comme d’habitude pour les articles riches en infos bien structurés et analysés

    Hitti arlette

    12 h 18, le 07 décembre 2023

  • Pourquoi Gebran Bassil se montre aussi intransigeant? Parce que Gebran Bassil copie son beau père en ne cherchant que son propre intérêt en s’en foutant totalement de tous les autres critères. La preuve, c’est que les autres des autres me donnent raison.

    Lecteur excédé par la censure

    12 h 09, le 07 décembre 2023

  • "et se serait retiré en lançant toutefois : « À bientôt. »" Ah Ouf, nous voila rassures...

    Ventre-saint-gris

    09 h 55, le 07 décembre 2023

  • j'ai arreté de vous lire à la premiere phrase de votre article.

    Kaldany Antoine

    09 h 17, le 07 décembre 2023

  • «les autres ont reconnu …  Qu’il aurai eu raison » ah bon ?!?!? Mais qui les autres ?!?! C’est ahurissant walla

    Bery tus

    06 h 06, le 07 décembre 2023

  • Avoir une journaliste qui a des liens avec le Hezbollah, basil et cie est un grand plus pour ce journal (alors même que la plupart des lecteurs semblent farouchement opposés à la politique de ces derniers) Une journaliste qui se respecte retransmet les nouvelles, les ragots, et peut meme transmettre des messages indirectement. Mais lorsqu’elle évite de balancer son opinion avec les lectures différentes des situations, et que de façon enonteee elle se fait l avocate du diable. Non merci. ( a mins de changer le titre de la rubrique d’éclairage à “à contrario” ou autre affublation.

    Zampano

    02 h 47, le 07 décembre 2023

  • Quatre raisons pour lesquelles il faudrait que Joseph Aoun parte: 1. Comme le dit si bien Mme Haddad, le renouvellement de son mandat est contraire à la constitution. 2. Les autres officiers n’ont pas eu leur mandat renouvelé; Abbas Ibrahim, Riad Salamé. Pourquoi donc faire exception pour Joseph Aoun? 3. Il ne faut pas que les puissances étrangères se sentent capables d’imposer leur volonté au libanais, comme si le Liban était toujours sous le mandat français! 4. Il y a plusieurs officiers compétents qui pourraient le Aoun.

    Sami NAJJAR

    01 h 00, le 07 décembre 2023

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