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Les lacs collinaires : une solution stratégique et hydropolitique

Les lacs collinaires : une solution stratégique et hydropolitique

Photo Ahmad el-Hajj

Au milieu de la crise économique dont souffre le Liban et suite à la demande exponentielle en eau, l’agriculteur s’est retrouvé confronté au coût élevé de production, puisque tout est lié au dollar, soit qu’il s’agit du diesel pour pomper l’eau d’irrigation, du coût d’insecticides, des semences, des engrais ou de la main-d’œuvre. L’étude suivante montre l’importance économique de l’exécution des lacs collinaires en compensation des forages (45 000 dollars pour forer et équiper un forage de 300 mètres de profondeur), sans tenir compte du coût de l’énergie provenant du carburant durant le processus de pompage (0,33 dollar/m3).

Schéma réalisé par Ahmad el-Hajj.

Se basant sur le code de l’eau (192/2020), le Conseil des ministres a inclus l’investissement des forages privés (légaux ou illégaux) dans le budget public de l’an 2023, de sorte que le propriétaire du forage paiera une valeur de 0,2 dollar/m3/an pour les forages domestiques et 0,03 dollar/m3/an pour l’utilisation agricole. Actuellement, il existe un débat et une jurisprudence qui allouent 60 % des redevances attendues des forages pour les comptes des Instituts de l’eau (conformément à la loi 221/2000) et 40 % aux finances publiques. Mais, ce n’est qu’une étape manquante dans la décision gouvernementale, puisque le ministère de l’Énergie et de l’Eau n’a pas finalisé le règlement juridique pour les forages privés aléatoires. Ce qui nous amène à dire que la création des lacs collinaires reste une nécessité pour soutenir les exploitations agricoles et le développement rural.

En 1963, le colonel et le député Fouad Lahoud a exécuté le premier lac collinaire au Liban dans la région située entre Falougha et Kfarselouan. C’est à la même année que le Plan vert (PV – administration publique dotée de pouvoirs administratifs et financiers particuliers, placée sous l’autorité du ministère de l’Agriculture) a été créé par le décret n° 13335 du 10/07/1963 et a été chargé des travaux de boisement, de pavage des routes forestières et de construction des lacs collinaires. Depuis son existence, le PV a fait un programme national pour la construction des lacs dans tout le Liban. Sauf que 40 % des lacs n’ont pas été exécutés pour des raisons logistiques, de reliefs et aussi administratives. Des années 65 jusqu’à l’an 2020, le PV et les ONG ont exécuté des centaines de lacs dont la capacité totale est arrivée à plus que 6 millions de m3. En moyenne, les lacs ont des capacités de stockage de l’ordre de 5 000 m3 et 10 000 m3.

Une retenue (lac) collinaire est donc un ouvrage artificiel qui permet de substituer des volumes prélevés à l’étiage par des volumes stockés en période de pluie. Elle s’intègre dans le paysage d’une façon naturelle en ne créant pas de nuisance particulière et elle est apte à réguler les flux hydriques afin de maintenir les populations en place en leur assurant de réelles possibilités de développement. Sa construction vise les objectifs suivants : 1) protection contre les crues ; 2) mise à disposition d’une ressource en eau d’une manière disséminée dans la nature ; 3) captage du ruissellement pour l’utiliser en irrigation. Le stockage se fait par le moyen de trois méthodes : réservoirs enterrés naturels ou enrobés par des matières imperméables ou bétonnés. Mais, pour ne pas entrer dans des conditions spécifiques de structures et géotechniques, on présente ici une étude technique et de faisabilité d’un lac collinaire (naturel) et un autre artificiel (enrobé par une géomembrane).

Les conditions naturelles pour la construction des lacs collinaires sont : 1) la pente du relief ne dépasse pas 30 % ; 2) la texture du sol doit dépasser 40 % en teneur d’argile ; 3) le terrain ne dépasse pas 20 % en roches. Cependant, l’efficacité et la durabilité de tels ouvrages demeurent fonction du choix du site, du volume utile, des apports hydriques, du rapport longueur/profondeur du lac, du coût d’exécution, de la durée de vie et même de l’entretien.

Généralement, les études hydrologiques appliquées et les modèles scientifiques projetés sur les régions libanaises, situées entre 900 et 1 600 mètres d’altitude, ont prouvé que l’eau de pluie contribue à 10 % du volume d’eau stockée dans un lac et que l’équivalent neigeux à 5 %, tandis que l’évaporation constitue 15 % de la perte d’eau du volume. Cela signifie qu’il serait impossible de remplir les lacs uniquement par la pluie et la neige, mais plutôt avec les eaux de ruissellement qui constituent 85 % du volume total d’emmagasinement.

Également, l’utilisation des équations rationnelles pour calculer le volume de stockage dépend du diamètre, de la hauteur du lac, de la surface plane d’eau et de la superficie interne du lac, qu’il soit naturel ou artificiel. Autrement dit, si les conditions naturelles sont réunies, tout investisseur qui prévoit exécuter un lac collinaire peut compter sur ces équations pour donner les prédimensionnements du lac en fonction de la quantité d’eau dont il a besoin.

Pratiquement, l’exécution des lacs commence après les premières pluies d’octobre et non au printemps, pour éviter le glissement des pelles hydrauliques, des bouteurs et des rouleaux dameurs de sorte que l’excavation débute par le centre du lac vers ses bords jusqu’à atteindre la profondeur appropriée et le diamètre idéal. D’après le calcul du nombre et du coût des heures de travail des machines (60-75$/h), le coût du stockage s’élève à 0,2 $/m3 mais diminue à 0,011 $/m3 s’il est réparti sur la durée de vie du lac naturel (20 ans). Sans oublier les frais (400 dollars) d’entretien nécessaire tous les quatre ans.

Cependant, en l’absence de conditions naturelles, et pour assurer l’étanchéité, on procède à enrober le lac avec une géomembrane isolante tout en utilisant la même procédure d’exécution que pour les lacs naturels, en calculant la superficie interne du lac et la surface totale de matière plastique isolante requise. Au Liban, il existe trois épaisseurs de géomembrane PE-HD (polyéthylène haute densité) : 1, 1,5 et 2 mm. Les prix d’un mètre carré installé et prêt à l’emploi sont respectivement de 5, 6,5 et 7,5 $/m2. Il est à noter que les géomembranes sont commercialisées sous forme de tapis roulés, soudées thermiquement et reposées sur une épaisseur de 20 cm de gravier fin au fond du lac et 20 cm de sable fin tout autour des parois. L’épaisseur du PE-HD la plus utilisée est de 1,5 mm (durée de vie 15 ans) et le coût de stockage calculé est 1,19 dollars/m3. Mais, à long terme, en comparant les coûts de stockage entre les trois épaisseurs, il est remarquable que l’exécution avec une géomembrane de 2 mm coûte le moins cher (0,067 $/m3).

Devant ces techniques durables, n’est-il pas temps d’assurer la sécurité alimentaire aux prix les plus bas ? Comme hydrogéologue, j’ai fait le premier pas et il reste au gouvernement à l’inscrire dans un plan stratégique et national.

Conseiller hydrogéologue de l’ancienne commission parlementaire des Travaux publics, de l’Énergie et de l’Eau

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Au milieu de la crise économique dont souffre le Liban et suite à la demande exponentielle en eau, l’agriculteur s’est retrouvé confronté au coût élevé de production, puisque tout est lié au dollar, soit qu’il s’agit du diesel pour pomper l’eau d’irrigation, du coût d’insecticides, des semences, des engrais ou de la main-d’œuvre. L’étude suivante montre l’importance économique de l’exécution des lacs collinaires en compensation des forages (45 000 dollars pour forer et équiper un forage de 300 mètres de profondeur), sans tenir compte du coût de l’énergie provenant du carburant durant le processus de pompage (0,33 dollar/m3).Schéma réalisé par Ahmad el-Hajj.Se basant sur le code de l’eau (192/2020), le Conseil des ministres a inclus l’investissement des forages privés (légaux ou...
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