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Moyen-Orient - DANS LA PRESSE

L’Intelligence artificielle au service du clergé iranien

Dans le centre religieux de Qom, l’IA gagne du terrain, dans un effort de modernisation, rapporte le Financial Times.

L’Intelligence artificielle au service du clergé iranien

Photo AFP

L’Iran ne veut pas être à la traîne. Alors que les pétromonarchies du Golfe investissent massivement dans l’Intelligence artificielle (AI), le clergé de la République islamique s’intéresse aux applications de cette technologie, rapporte le quotidien britannique Financial Times. Dans la ville sainte de Qom, au sud de Téhéran, l’élite religieuse iranienne y voit un moyen d’accélérer l’apprentissage islamique comme la communication envers le public. Un moyen aussi de se moderniser tout en renforçant l'identité musulmane du pays, à la suite du vaste mouvement de protestation qui a suivi la mort de la jeune Mahsa Amini après trois jours de détention pour port « inapproprié » du hijab.

Selon le Financial Times, l'ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême iranien, a lui-même exhorté le clergé à accorder plus d'attention aux possibilités de l'IA, déclarant en juin qu'il souhaitait que le pays soit « au moins parmi les dix premiers pays du monde en termes d'intelligence artificielle ». La première conférence sur l’IA à Qom, qui a accueilli la moitié des 200 000 membres du clergé chiite iranien, remonte à 2020. Un début donc, avec juste une douzaine de projets pour promouvoir cette technologie à Qom même et ailleurs dans le pays. « Nous devons être impliqués pour utiliser des technologies modernes et progressives, ainsi que l’intelligence artificielle », a soutenu l’ayatollah Alireza Arafi, à la tête du plus grand séminaire chiite du monde, évoquant l’objectif de promouvoir la civilisation islamique. Le séminaire a ainsi créé le Noor Computer Centre for Islamic Sciences Research, à la pointe de l’IA dans la ville sainte, qui a accès à des parchemins centenaires et à d’autres données qui pourraient être intégrées dans des algorithmes.


Entre modernité et tradition 

Mohammed Ghotbi, qui dirige Eshragh Creativity and Innovation House, une organisation liée à l’Etat et basée à Qom pour encourager la croissance des entreprises technologiques, a déclaré au Financial Times que l'intelligence artificielle peut aider les religieux à traiter rapidement les problèmes de société. « Les robots ne peuvent pas remplacer des religieux accomplis, mais ils peuvent se révéler être de fiables assistants pour aider à émettre une fatwa en cinq heures plutôt qu’en 50 jours », a-t-il suggéré.

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Mohammed Ghotbi observe par ailleurs que les Iraniens sont de plus en plus désireux d'accompagner le progrès technologique réalisé dans le monde, un fait que le clergé ne devrait pas rejeter. Pourtant, un défi de l'intégration de l'IA dans les sociétés traditionnelles réside dans le risque inhérent d'érosion culturelle et morale, soulignent certains experts, alors que la technologie peut promouvoir une certaine vision du monde ou une perspective morale en désaccord avec les coutumes et les croyances locales. Mohammed Ghotbi insiste donc sur le fait que l’IA ne conduirait pas forcément l’Iran à s’aligner sur les positions laïques de l’Occident : « Nous nous efforçons d’adapter au contexte local l’utilisation de la technologie, en raison de nos différences en termes de valeurs culturelles. »

Toutefois, les détracteurs de l’utilisation de l’IA s'inquiètent du fait qu'elle affaiblit la position unique du clergé en tant qu'interprète de la loi islamique. Des craintes persistent aussi quant aux effets sur les méthodes d’enseignement conventionnelles de l’islam, le système actuel accordant une grande importance aux relations humaines entre les enseignants et les élèves. En outre, la compréhension du contexte historique, sociologique et théologique est tout aussi importante pour l’interprétation et l’application des textes religieux, ce qui fait craindre que l’outil censé aider ne déforme ou simplifie des doctrines religieuses complexes qui pourrait y perdre de leur sens. 

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