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Idées - Palestine

L’illusion d’Oslo

L’illusion d’Oslo

Le président américain Bill Clinton, le chef de l’OLP Yasser Arafat et le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin lors d’une cérémonie en septembre 1993 à Washington, après la signature du premier accord d’Oslo. Photo d’archives AFP

Trente ans après la signature de l’accord d’Oslo I, l’espoir des Palestiniens de créer un État souverain indépendant et prospère semble plus éloigné que jamais de la réalité de la situation.

Malgré les changements institutionnels apportés par le processus d’Oslo, Israël a conservé le contrôle effectif des territoires occupés et de leur population, l’Autorité palestinienne (AP), née de ces accords, ne se voyant accorder qu’une souveraineté très limitée. Les accords d’Oslo – Oslo I puis Oslo II, signés en septembre 1995 – ont en outre permis à Israël de conserver le contrôle des principales ressources palestiniennes, notamment l’eau, l’électricité et l’énergie. L’État hébreu a également conservé l’entière domination sur les frontières extérieures et donc sur l’accès au marché international pour le commerce palestinien.

Les Israéliens ont également obtenu le contrôle total des recettes fiscales de l’AP, par le biais d’un système de compensation des recettes. Selon ce système, Israël perçoit, au nom de l’Autorité palestinienne, des taxes sur les importations destinées au marché palestinien, des impôts indirects sur les produits israéliens exportés vers les territoires occupés, ainsi que des impôts sur le revenu et des transferts sociaux provenant des Palestiniens employés en Israël ou dans les colonies israéliennes. Israël transfère ensuite ces taxes à l’AP, moyennant des frais administratifs de 3 %.

Par conséquent, même si l’armée israélienne s’est retirée de la gestion directe de l’économie des territoires occupés et a réduit sa présence militaire, elle a continué à agir en tant qu’autorité principale. Elle contrôlait tous les aspects de la vie palestinienne, y compris les finances, le commerce, l’accès au monde extérieur, ainsi que les ressources économiques et humaines palestiniennes. L’économie des territoires occupés est donc restée dépendante de l’économie israélienne dans la période post-Oslo, comme c’était le cas pendant la phase pré-Oslo.

Fragmentation spatiale et économique

En outre, la principale perspective de l’accord d’Oslo I – la reconnaissance de la bande de Gaza et de la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, en tant qu’entité territoriale unifiée – a été effectivement rendue caduque par la fragmentation de l’espace palestinien par Israël. Le régime de bouclage mis en place par Israël au début des années 1990, le système de restrictions de mouvement et d’accès, la division territoriale et administrative de la Cisjordanie en zones A, B et C, convenue dans l’accord d’Oslo II, l’expansion des colonies israéliennes illégales et la construction d’un mur de séparation ont tous conduit à la fragmentation géographique de la Cisjordanie, qui s’est également séparée de la bande de Gaza et de Jérusalem-Est.

Cette réalité géographique a été associée à la fragmentation économique des territoires occupés en différentes enclaves englobant la bande de Gaza, Jérusalem-Est, la zone C de la Cisjordanie, Ramallah dans le centre de la Cisjordanie, le nord de la Cisjordanie et le sud de la Cisjordanie. Cette réalité spatiale et économique, où la carte de la Cisjordanie ressemble à une tranche d’emmenthal, a rendu impossible la création d’un État palestinien souverain et indépendant.

Occupation bon marché

Dans ce contexte, quels sont les acquis réels des accords d’Oslo ? Et dans quelle mesure correspondent-ils à leurs objectifs ? Le processus d’Oslo était principalement un projet de réorganisation de l’autorité israélienne, par la création de l’AP en tant qu’institution de gouvernement indirect à laquelle Israël confiait ses responsabilités à l’égard de la population occupée, car le gouvernement direct sur les Palestiniens devenait financièrement et militairement très coûteux. Cela a été particulièrement vrai après le déclenchement de la première intifada en 1987.

Les intérêts stratégiques d’Israël dans Oslo ont été clairement exprimés par un ancien conseiller du Premier ministre Ariel Sharon, Dov Weisglass, qui a écrit ceci en 2012 : « Aujourd’hui, à la suite des accords d’Oslo, c’est l’Autorité palestinienne, et non Israël, qui est responsable de la vie quotidienne de quelque 3,5 millions de Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza... Un Palestinien m’a dit un jour que l’accord d’Oslo était « un brillant arrangement israélien ». « Comment cela ? » lui ai-je demandé. « Il a créé la seule prison au monde où les prisonniers doivent subvenir à leurs besoins, sans la participation de l’administration pénitentiaire. Israël a l’autorité du souverain dans les territoires, sans en avoir les obligations. Cette situation est le résultat direct des accords d’Oslo ». »

Un aspect essentiel de l’AP en tant qu’institution de gouvernement indirect est qu’elle a été enfermée dans le statut de sous-traitant en matière de sécurité. Elle a été chargée de répondre aux préoccupations politiques et sécuritaires d’Israël par le biais d’une coordination sécuritaire avec les Israéliens. L’AP est donc devenue le bras armé d’Israël dans la répression de la résistance palestinienne contre l’occupation.

Dans l’ensemble, les accords d’Oslo n’ont pas seulement institutionnalisé le déséquilibre des pouvoirs entre Palestiniens et Israéliens. Ils ont également donné à Israël les moyens de mener une occupation relativement bon marché, puisque l’AP et la communauté internationale des donateurs sont devenues des acteurs importants dans l’administration de la population palestinienne. Le processus d’Oslo a également été bénéfique pour Israël sur le plan économique, notamment parce qu’il a levé le boycott arabe des entreprises qui faisaient des affaires avec Israël. Cela a permis à Israël de s’intégrer pleinement dans l’économie mondiale. Il n’est donc pas surprenant que feu Edward Saïd ait qualifié les accords d’Oslo de « Versailles palestinien ».

Malgré les efforts persistants d’Israël pour diviser les Palestiniens et anéantir la question palestinienne – en particulier avec l’actuel gouvernement d’extrême droite –, sa faiblesse croissante et le manque de légitimité de l’AP qui reste attachée au processus d’Oslo, les Palestiniens n’abandonneront pas tant qu’ils n’auront pas obtenu la liberté, la dignité et la justice.

Chercheuse au Malcolm H. Kerr Carnegie Middle East Center

Trente ans après la signature de l’accord d’Oslo I, l’espoir des Palestiniens de créer un État souverain indépendant et prospère semble plus éloigné que jamais de la réalité de la situation.Malgré les changements institutionnels apportés par le processus d’Oslo, Israël a conservé le contrôle effectif des territoires occupés et de leur population, l’Autorité palestinienne...

commentaires (5)

@OLJ. Fait. Ce qui prouve que vous lisez bien les commentaires des lecteurs et que le filtrage/censure (appelez cela comme vous voulez) n'est pas encore délégué à l'IA. Finalement, c'est une bonne nouvelle !

Ca va mieux en le disant

01 h 08, le 18 septembre 2023

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Commentaires (5)

  • @OLJ. Fait. Ce qui prouve que vous lisez bien les commentaires des lecteurs et que le filtrage/censure (appelez cela comme vous voulez) n'est pas encore délégué à l'IA. Finalement, c'est une bonne nouvelle !

    Ca va mieux en le disant

    01 h 08, le 18 septembre 2023

  • @OLJ peut-être pourriez-vous relire trois fois votre titre et prendre quelques secondes pour le corriger... olso n'existe ni en europe, ni ailleurs. Vous devez confondre !

    Ca va mieux en le disant

    19 h 10, le 17 septembre 2023

    • Bonsoir, merci pour votre commentaire. L'erreur a été rectifiée.

      L'Orient-Le Jour

      19 h 25, le 17 septembre 2023

  • - METLEL SHE7AD MEDED EL EID, - OU HAYDEKE 3AM YETGHANNAJ.

    LA LIBRE EXPRESSION

    12 h 34, le 17 septembre 2023

  • ""Il n’est donc pas surprenant que feu Edward Saïd ait qualifié les accords d’Oslo de « Versailles palestinien »"". Ça, ça, ça fait partie du roman de sa pensée. "Grand amateur de frivolité" pour certains journalistes, "lectures superficielles" pour d’autres, "Versailles palestinien" n’est qu’un effet de manche. Il était, et ce n’est un secret pour personne, pour l'option la plus réaliste (et je suis perso favorable) pour un seul État où vivront en toute intelligence des Arabes et des Juifs, des peuples réconciliés… Arafat en bon nationaliste arabe signait un texte où même "État palestinien" n’est pas mentionné. Il comptait avoir des soutiens, et ils étaient nombreux, pour finalement ne compter que sur ses doigts…

    Nabil

    06 h 20, le 16 septembre 2023

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