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Lifestyle - Innovation

Une entreprise de vélos électriques révolutionne les transports urbains au Liban

La start-up s'est engagée à introduire le vélo électrique en veillant à ce que ses normes soient parfaitement adaptées aux conditions de conduite locales particulièrement trépidantes.

Une entreprise de vélos électriques révolutionne les transports urbains au Liban

Wave Bike, un vélo électrique adapté à l'état des routes et les habitudes locales. Photo João Sousa

Dans une ville aussi animée que la nôtre, où les embouteillages constituent depuis longtemps un problème, un entrepreneur néerlandais résidant à Beyrouth a saisi l'occasion pour introduire une solution révolutionnaire : le vélo électrique.

Le concept qu'il a proposé a d’abord été accueilli avec scepticisme, le vélo n'étant pas un moyen de transport très répandu au Liban. Beaucoup doutaient également de sa faisabilité dans le contexte local. Néanmoins, animé par la conviction qu'il pouvait faire gagner un temps précieux et améliorer les trajets quotidiens, l'entrepreneur a persisté. « Je me suis dit que le gain de temps offert par l'e-bike était si important qu'il devait séduire les gens. Il suffisait de le mettre à leur disposition », explique le Néerlandais Jan Willem de Coo.

C'est ainsi que Wave Bike, une start-up spécialisée dans les vélos électriques, a vu le jour au Liban en 2021.

« Dans des villes européennes comme Barcelone, Paris ou même Londres, c’est lorsque la municipalité ou d'autres entreprises ont rendu le vélo largement disponible et accessible, que les gens ont commencé à l'utiliser », souligne-t-il à L'Orient Today.

Le projet de Wave Bike a débuté en 2018. Willem de Coo, qui a une formation en édition et en développement durable, résidait au Liban depuis sept ans. Après avoir lancé l'idée, « le gouvernement néerlandais a financé un projet pilote, ce qui a permis à Wave Bike d'apporter quelques bicyclettes pour les tester avant l'été 2019 », dit-il.

Les vélos ont reçu un bon accueil de la part du public, ce qui a renforcé la détermination du fondateur à poursuivre la création de la start-up. En cours de route, il a dû surmonter des obstacles politiques et logistiques : la crainte et l'hésitation des investisseurs, le soulèvement libanais en 2019 et la double explosion au port de Beyrouth en 2020. Willem de Coo a réussi à lever 250 000 dollars de fonds propres, dont 125 000 dollars provenant d’investisseurs privés libanais et 125 000 dollars d’investisseurs privés néerlandais. C’est ainsi qu’un lot de 75 Wave Bikes est arrivé à Beyrouth au printemps 2021, permettant à l’entreprise de lancer enfin ses activités.

Wave Bike, le vélo électrique né au Liban en 2021. Photo João Sousa

Un vélo adapté au Liban

« Nous ne voulions pas copier un concept hollandais ou européen et l'appliquer ici au Liban, car nous savions que ce modèle ne fonctionnerait pas », confie Willem de Coo.

Si lui-même est Néerlandais, le reste de l'équipe de Wave Bike, comprenant huit personnes, sont Libanais. Le conseil consultatif est composé de professionnels des deux pays, ce qui permet d'apporter des points de vue différents. « L'équipe fonctionne comme une entité locale, gérant l'ensemble des opérations dans le pays », a-t-il précisé. La bicyclette est principalement fabriquée à Taïwan, mais les pièces sont assemblées au Liban.

Avant son lancement, la start-up a collaboré avec un ingénieur libanais qui a étudié l'état des routes, la dynamique du trafic et les défis géographiques du pays. Il a analysé les facteurs existants, tels que les nids-de-poule, les pentes et les particularités du flux de trafic avant de concevoir le vélo.

Contrairement à d'autres vélos électriques couramment utilisés en Europe, le Wave Bike est équipé de pneus plus larges avec une bande de roulement distincte adaptée aux différentes conditions routières. Ses concepteurs y ont incorporé un guidon plus étroit pour faciliter les manœuvres dans les rues étroites et le passage des véhicules, ainsi qu'une double béquille pour un stationnement stable sur les surfaces inclinées. Le moteur du vélo électrique aide à monter les côtes. Les feux avant et arrière sont également plus puissants, couplés à des réflecteurs pour assurer une visibilité optimale dans les zones dépourvues d'éclairage public fonctionnel, un problème dont souffre la majeure partie de la ville.

Alexandre Rausis, un Suisse de 26 ans, qui utilise le Wave Bike en ville depuis un an pour se rendre au travail, avoue que pour lui, la bicyclette a « changé la donne ». Lorsqu’il est arrivé au Liban il y a un an et demi, il utilisait le service de moto Bolt, une société de covoiturage, avant de découvrir la bicyclette Wave. « Cela m'a vraiment enthousiasmé, s'est-il exclamé. C'est mieux que de traiter avec des chauffeurs de taxi et puis cela me donne beaucoup d'indépendance : je ne vais pas seulement d'un point A à un point B, mais je peux aussi faire des arrêts en cours de route. De plus, je ne suis plus coincé dans les embouteillages, ce qui me rendait fou. » Un trajet typique pour Rausis – de Jeitaoui à Jisr el-Bacha, et de là à Horch Beirut – ne lui prend « qu'une quinzaine de minutes ».

Des casques et des instructions précises sont livrés avec le vélo. Photo João Sousa

Veiller à la sécurité des clients

Parmi les autres mesures prises par Wave Bike pour assurer la sécurité des cyclistes figurent les « consignes de sécurité, que nous offrons aux nouveaux abonnés », explique Willem de Coo. « Nous leur conseillons de rester attentifs à certains obstacles sur les routes, comme le stationnement en double file. Nous fournissons également des vidéos d'instruction et offrons un casque avec le vélo », a-t-il ajouté.

Rausis a déclaré qu'au départ, l'utilisation du service de motos Bolt l'a aidé à comprendre le fonctionnement de la circulation dans la ville, « de sorte que je n'étais pas si intimidé au début de me mêler à la circulation tout seul, en conduisant la bicyclette électrique ». Il confie toutefois qu'il a frôlé quelques véhicules en roulant à Beyrouth et qu'il est tombé deux fois de son vélo électrique, « mais rien de grave et aucune blessure ».

« Mais c'est comme la conduite au Liban : on pense que ce sera la pire expérience qui soit, dangereuse et tellement traumatisante. Mais en fin de compte, on trouve plus ou moins son chemin, ajoute Rausis. De plus, les automobilistes sont généralement très attentifs aux motos et ils font de même avec le Wave Bike. » Il souligne cependant que « ce n'est pas nécessairement le meilleur vélo électrique qui existe, mais il remplit son rôle. Il est suffisamment rapide, il fonctionne bien sur la route et l'éclairage est parfait, à l'avant comme à l'arrière ».

Faciliter l'expérience du client

Les vélos n’étant pas aussi disponibles au Liban qu'aux Pays-Bas ou dans d'autres pays européens, les fondateurs ont développé une application qui conseille aux cyclistes de Beyrouth les chemins les plus sûrs et les plus conviviaux à vélo.

De temps en temps, Wave Bike organise aussi des promenades en groupe pour aider les nouveaux cyclistes à se familiariser avec les schémas de circulation de Beyrouth, ce qui leur permet de prendre confiance et de s'intégrer plus facilement dans la culture cycliste de la ville, a indiqué Willem de Coo. Il ajoute que son équipe se tient à la disposition des clients qui ont des problèmes avec leur vélo, « comme une crevaison ou une panne ». « Nous nous rendons chez le client ou le client vient à notre centre, situé à Jeitaoui, et nous lui donnons immédiatement un autre vélo en état de marche ou nous réparons celui qu'il a », ce qui lui permet de poursuivre son trajet sans avoir à l’interrompre. Pour sa part, Rausis a salué l'assistance offerte par Wave Bike en confiant : « Je peux y aller à tout moment si j'ai un problème avec mon vélo et, dans les cinq minutes qui suivent, ils me donnent un autre vélo et effectuent la réparation. »

Willem de Coo a souligné que « c’est l'un des moyens de transport les plus abordables. Il est même moins cher qu'un taxi ». Pour louer un vélo électrique, Rausis paie environ 49 dollars par mois, dans le cadre d'une formule d'abonnement pour quatre mois. « C'est beaucoup moins cher que ce que je dépensais en taxis et services de motos. J'utilise aussi le vélo pour des sorties de loisir et je n'ai pas besoin de payer l'essence, je recharge simplement ma batterie tous les deux jours. » La durée minimale de location d'un vélo électrique est d'un mois, au prix de 80 dollars. Dans toutes les formules d'abonnement, le forfait comprend le vélo, la batterie, le chargeur, le casque, l'entretien et l'assurance contre le vol.

La location d'un Wave Bike peut se faire pour 80 $ par mois. Photo João Sousa

Une entreprise en pleine croissance

Avec plus de 150 vélos actuellement en circulation, le nombre d'utilisateurs continue de croître chaque mois, a déclaré le fondateur de l'entreprise. « Le nombre de clients augmente de 10 % par mois. Nous sommes actuellement sur un niveau de revenu annuel récurrent d'environ 100 000 euros, ce qui est environ trois fois le niveau de l'année dernière. »

La société collabore avec des lieux de travail et des entreprises sur la base d'une participation aux bénéfices ou d'une location, et offre des réductions à leurs employés.

« Nous avons, par exemple, des tarifs spéciaux pour les étudiants universitaires et une réduction communautaire pour les personnes travaillant au BDD (Beirut Digital District), un centre communautaire numérique et créatif », a expliqué Willem de Coo.

Ghadi était à la recherche d’un moyen de transport pour se rendre à son travail lorsque la fondation pour laquelle il travaille, « The Other Forest », lui a indiqué Wave Bike. Son entreprise prend en charge une part de l'abonnement.

Il utilise désormais ce vélo électrique pour se déplacer au quotidien entre son domicile et son lieu de travail à Beyrouth. Le samedi, il se rend à Jbeil, à près de 40 kilomètres au nord de la capitale, avant de revenir le dimanche. Il a également convaincu deux de ses collègues ainsi que sa sœur de faire de même…

Wave Bike explore les possibilités d'expansion au-delà de Beyrouth. Sur la base d'un modèle de partage des revenus ou d'un accord de sous-location, des partenariats ont déjà été conclus dans le nord du Liban, notamment à Tripoli, avec un magasin de vélos, Buycycle, et à Batroun, avec Hangloos, un centre communautaire. Dans la plus grande ville de la Békaa, Zahlé, un autre partenariat a vu le jour entre Wave Bike et l'espace de cotravail Salty Street Food.

L’entreprise prévoit également de s'étendre à d'autres pays de la région, où les conditions et les défis sont similaires à ceux des villes libanaises. La Turquie est l'un des pays où la marque devrait commencer à offrir ses services en 2024. Interrogé sur l'origine du nom – Wave Bike – Willem de Coo a expliqué : « Nous étions en train de faire un brainstorming et nous avons eu l'idée de Wave parce qu'on peut naviguer à travers la circulation, n'est-ce pas ? Et parce qu'on peut ainsi faire un signe d’adieu au trafic. »

Dans une ville aussi animée que la nôtre, où les embouteillages constituent depuis longtemps un problème, un entrepreneur néerlandais résidant à Beyrouth a saisi l'occasion pour introduire une solution révolutionnaire : le vélo électrique.Le concept qu'il a proposé a d’abord été accueilli avec scepticisme, le vélo n'étant pas un moyen de transport très répandu au Liban....
commentaires (6)

Quelle beau projet ! Cela me rappelle mon enfance alors que je parcourais les petites rues intérieures d’achrafieh qui ont un charme incroyable et sont souvent vides de toute circulation. Une bonne solution de transport selon moi.

K1000

19 h 34, le 08 septembre 2023

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Commentaires (6)

  • Quelle beau projet ! Cela me rappelle mon enfance alors que je parcourais les petites rues intérieures d’achrafieh qui ont un charme incroyable et sont souvent vides de toute circulation. Une bonne solution de transport selon moi.

    K1000

    19 h 34, le 08 septembre 2023

  • C'est comme la mobylette, mais moins rapide. Pourquoi pas!

    Eddy

    16 h 24, le 08 septembre 2023

  • Bravo à cette initiative. Les sens uniques et les feux rouges n'ayant qu'une existence purement théorique au Liban, on ne pourra pas dire que les vélos font n'importe quoi ! Souhaitons bonne chance à ces heureux cyclistes, en espèrant qu'ils porteront leur carte de donneur d'organe bien visible à chaque carrefour.

    Ca va mieux en le disant

    15 h 59, le 08 septembre 2023

  • Le problème majeur pour les cyclistes, surtout dans la partie Ouest de Beyrouth tient au m'enfoutisme des scooteristes trompe-la-mort, la plupart du temps sous captagon et qui se fichent pas mal du code de la route dont de toute façon ils n'ont aucune idée..

    Remy Martin

    15 h 42, le 08 septembre 2023

  • Très belle affaire et organisation ! Il faut étre vigilant partout. Basic.

    Marie Claude

    15 h 41, le 08 septembre 2023

  • En hollande, les routes sont adaptées aux vélos. Même plus que celles des voitures. En france, le vélo est encouragé mais étant donné la configuration des routes, tous les jours, plusieurs accidents sont déclarés. Blessures graves et moins graves sans parler des accidents mortels…Il vaut mieux ne pas envisager la situation au liban !!! Imaginez un vélo descendant de Mansourieh vers Beyrouth en passant par tous les risques dangereux de la route , mkalles inclus… ou des vélos à des carrefours à Beyrouth sachant que les automobilistes ne respectent pas tous les feux rouges… bref… je suis sceptique. Non pas que l’idée est géniale cependant l’application ? Sans oublier qu’une partie des vélos en france était perdue dans la nature , introuvable, mais retrouvée dans certains pays du maghreb ou ailleurs…Espérons que la réalité me donnera tort et que le civisme des libanais soit plus fort que celui des français !!!

    LE FRANCOPHONE

    15 h 02, le 08 septembre 2023

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