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Politique - Législation de nécessité

Face à Bassil, Berry perd une manche

Le courant aouniste aurait fait acte de présence si le texte de loi visant à assurer une couverture légale au gouverneur de facto de la BDL avait été inscrit à l'ordre du jour. 

Face à Bassil, Berry perd une manche

Quelques députés (relevant majoritairement du tandem chiite) à l’hémicycle, le 17 août 2023. Ali Fawaz/Parlement libanais

Nabih Berry a perdu son pari. Pour pouvoir tenir une troisième séance parlementaire plénière depuis le début de la vacance présidentielle (en octobre dernier), le président de la Chambre n’a pas pu compter sur le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, comme ce fut le cas pour les séances précédentes. M. Berry avait pourtant pensé avoir fait un coup de maître en incluant à l’ordre du jour les sujets les plus alléchants pour le parti aouniste : la loi sur le contrôle des capitaux et un texte sur la régularisation de la présence des réfugiés syriens sur le territoire libanais. Mais aussi et surtout une proposition de loi visant à instaurer le fonds souverain relatif aux recettes du secteur pétrolier, un des chevaux de bataille d’Ibrahim Kanaan, député aouniste et président de la commission parlementaire des Finances et du Budget. Mais rien n’y fait. Pour justifier sa décision, le courant aouniste affirme que le texte le plus important ne figure pas à l’ordre du jour, en référence à une proposition qui assurerait la couverture légale demandée par le gouverneur de facto de la Banque du Liban, Wassim Mansouri, pourtant gravitant dans l’orbite de Aïn el-Tiné et présenté comme un « protégé » du président de la Chambre. Mais M. Berry ne l’entend pas de cette oreille : pour lui, il revient au gouvernement d’élaborer ce texte. 

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Alors que tout prêtait à croire que les aounistes assureront la couverture chrétienne à la réunion, boudée par le reste des partis chrétiens, notamment les Forces libanaises et les Kataëb, le groupe du Liban fort a sciemment maintenu le suspense jusqu’à mercredi soir. « Le bloc a décidé de ne pas participer à la session législative parce que le caractère d’urgence extrême ne s’applique pas à son ordre du jour », a annoncé le groupe à l’issue de sa réunion. « C’est un principe qu’a adopté le CPL pour participer aux séances législatives en l’absence d’un président de la République », rappelle le communiqué, qui souligne toutefois l’importance des projets de loi inclus à l’agenda de la séance. Cette position a douché les espoirs de Nabih Berry qui voulait tenir la réunion « pour prouver que la Chambre a le droit de légiférer (en l’absence d’un président de la République) », pour reprendre les termes d’un proche de Aïn el-Tiné contacté par L’Orient-Le Jour. Au final, seuls 53 députés sur 128 ont répondu présent jeudi à l’appel du chef du législatif, alors que le quorum requis s’élève à 65 députés (la moitié plus un du nombre des élus), ce qui a contraint M. Berry à lever la séance sine die.

Selon les informations de L’OLJ, le CPL a pris sa décision finale à l’issue de tractations ardues. « Nous étions conscients que la séance intervient dans un contexte politique et économique tendu, et nous voulions rester fidèles au principe de la législation de nécessité », confie un ancien député aouniste. Et pourtant, tout donnait à penser que Gebran Bassil allait faire un pas en direction de Nabih Berry, d’autant qu’il est actuellement engagé, après des mois de froid, dans un dialogue avec le Hezbollah qui, pour les beaux yeux de son allié chrétien, avait empêché le Premier ministre sortant, Nagib Mikati, de procéder à la nomination d’un nouveau gouverneur de la BDL. La décision du CPL aura-t-elle donc des retombées négatives sur les tractations en cours avec le parti chiite ? Non, assurent les aounistes. « Notre décision ne porte aucun message au Hezbollah », affirme Alain Aoun, député de Baabda. Il est rejoint par un ancien parlementaire CPL : « À travers notre position, nous avons prouvé que nous ne sommes affiliés à aucun camp, et que nous ne sommes tenus à aucun engagement. » Il reconnaît, par ailleurs, que le bloc du Liban fort aurait fait acte de présence si le texte de loi demandé par Wassim Mansouri était à l’ordre du jour de la séance. « Nous ne sommes pas là pour répondre aux demandes des uns et des autres », rétorque le proche de M. Berry précité.

Mauvais timing
En outre, le CPL estime que l’heure n’est pas à la création du fonds souverain. « Ce n’est pas le bon moment pour une telle démarche », souligne dans ce cadre Alain Aoun, sans plus de précision. Le parti aouniste ne veut visiblement pas pousser dans ce sens avant l’élection du futur président de la République. D’autant qu’il boycotte les Conseils des ministres convoqués pendant le vide présidentiel. C’est d’ailleurs sous l’angle du bras de fer opposant Gebran Bassil au duo Nabih Berry-Nagib Mikati (qui se sont entretenus peu avant la réunion pour discuter de certains textes de loi à caractère financier) qu’il faudrait analyser cette position. « Le Liban ne pourra profiter des recettes du pétrole avant cinq ans. Pourquoi alors le voter à la hâte et permettre au chef du Parlement et à un Premier ministre sortant de contrôler cette instance en y nommant des gens qui leur sont proches ? » s’interroge l’ex-député aouniste. « Nous pouvons le mettre en place après l’élection du président et la formation d’un nouveau gouvernement », ajoute-t-il. 

Pour mémoire

Le subtil jeu d’équilibriste de Gebran Bassil

Un point sur lequel les députés aounistes convergent avec plusieurs de leurs collègues, dont Jamil Sayed (proche du Hezbollah) et le bloc de la Modération nationale (sunnite). Ceux-ci avaient demandé à M. Berry de retirer le fonds souverain de l’ordre du jour.

Notons qu’en dépit du mot d’ordre de boycott émis par l’opposition et les députés de la contestation, certains parlementaires issus de ce camp se sont rendus à la place de l’Étoile sans pour autant entrer à l’hémicycle. Objectif  ? Insister sur l’élection d’un président qui devrait être la priorité de la Chambre. « Je suis venu dans l’espoir de voir la réunion transformée en une séance électorale », a déclaré à la presse Salim Sayegh, député Kataëb, alors que son collègue du Kesrouan, Neemat Frem, a souligné que « la seule nécessité dont le pays a besoin est un président doté d’une vision économique ».

Nabih Berry a perdu son pari. Pour pouvoir tenir une troisième séance parlementaire plénière depuis le début de la vacance présidentielle (en octobre dernier), le président de la Chambre n’a pas pu compter sur le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, comme ce fut le cas pour les séances précédentes. M. Berry avait pourtant pensé avoir fait un coup de maître en...

commentaires (11)

Il conviendrait de réserver le verbe "perdre" au peuple libanais. Tour à tour les politiciens se chamaillent, se fâchent, combinent, se réconcilient, s'allient, se séparent, complotent, se parlent, mais ils ne perdent jamais.

Céleste

09 h 00, le 20 août 2023

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Commentaires (11)

  • Il conviendrait de réserver le verbe "perdre" au peuple libanais. Tour à tour les politiciens se chamaillent, se fâchent, combinent, se réconcilient, s'allient, se séparent, complotent, se parlent, mais ils ne perdent jamais.

    Céleste

    09 h 00, le 20 août 2023

  • LE FLIRT DES REVANCHARDS.

    LA LIBRE EXPRESSION

    14 h 25, le 18 août 2023

  • Ils se revoient l’ascenseur en faisant croire au peuple qu’ils sont utiles pour leur nation. Il y en a qui les croient encore.

    Sissi zayyat

    10 h 30, le 18 août 2023

  • Pour une fois que Bassil sert à quelque chose...mais c´est bien malgré lui !

    Ziad CHOUEIRI

    08 h 50, le 18 août 2023

  • En somme, nos "présidents de...ministres et députés" ne touchent leur salaire et portent leur titre que pour mener leurs batailles personnelles pour leurs propres intérêts...et s'enfoutent complètement des conséquences pour nous, le petit peuple ! - Irène Saïd

    Irene Said

    08 h 38, le 18 août 2023

  • Parlons plutôt de l’élection présidentielle avant de parler d’autres choses.

    Mohamed Melhem

    07 h 23, le 18 août 2023

  • Il s‘est reveillé le temps d‘une séance ?

    Staub Grace

    22 h 31, le 17 août 2023

  • Berry aurai perdu face a Bassil, mais le Liban est perdant dans tous les cas avec des gens pareils au pouvoir.

    hrychsted

    20 h 46, le 17 août 2023

  • Les milices doivent reconnaître leur impuissance à dominer les Libanais. Seule la démocratie doit régner. En attendant, leurs méfaits feront autant du tort à leur camp qu'à celui de leurs adversaires.

    Esber

    20 h 25, le 17 août 2023

  • ILS CHAUFFENT, TOUS, AVEC LEURS DERRIERES PENSANTS LES BANCS DE SIMSOM L,ETOILEE. QUAND ILS OUVRENT L,AUTRE BOUT IL N,EN SORT QUE DES CONNERIES.

    LA LIBRE EXPRESSION

    20 h 00, le 17 août 2023

  • Bassil n’est capable de rien si ce n’est de siphonner l’argent d’EDL.

    TrucMuche

    19 h 52, le 17 août 2023

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