La violence des combats des derniers jours dans le camp de Aïn el-Héloué, un si petit territoire qui abrite un peu plus de 50 000 personnes, dont des partisans de différentes organisations qui, en principe, se connaissent et connaissent leurs forces respectives, a poussé les Libanais à se poser des questions graves : les affrontements sont-ils un avant-goût de ce qui pourrait arriver au Liban si tous les camps palestiniens s’embrasaient et si ceux abritant des réfugiés syriens – souvent proches, notamment à Beyrouth – décidaient de participer aux combats ? Veut-on réellement détruire les institutions militaires et sécuritaires du pays, les seules qui continuent encore à fonctionner, pour changer l’entité libanaise ? Jusque-là préservé des secousses sécuritaires, le Liban est-il appelé à connaître une nouvelle vague de violence au moment où la situation semble se compliquer en Syrie et dans l’ensemble de la région ?
Principale concernée par toutes ces questions, d’autant que certaines parties réclament son déploiement dans le camp de Aïn el-Heloué alors que d’autres crient au piège, l’armée libanaise conserve un grand calme. Des sources proches de l’institution militaire insistent sur le fait que rien n’indique jusqu’à présent l’existence d’un plan visant à embraser le Liban. D’ailleurs, en dépit de la violence des combats, aucun autre camp palestinien n’a connu de troubles sécuritaires ou même des mouvements populaires. Il est vrai que les différentes forces en charge de la sécurité des camps du Liban font preuve d’une grande vigilance pour empêcher toute extension des combats. De même, la coordination avec l’armée et les autres institutions militaires et sécuritaires libanaises s’est intensifiée.
Pour les sources précitées, il n’y a donc pas de plan pour rééditer le scénario de 1975, lors du déclenchement de « la guerre libanaise » suite à des frictions entre les partisans des partis chrétiens de l’époque et les combattants palestiniens. De même, il n’y a pas encore de volonté claire d’aller vers un changement des rapports de force au sein des camps palestiniens au Liban, ajoute-t-on.
Les sources proches de l’institution militaire précisent cependant que ce qui se passe à Aïn el-Héloué est étroitement lié à la situation interne palestinienne. La réunion qui a eu lieu récemment en Égypte entre des représentants des différentes factions palestiniennes dans le but d’unifier leur action, notamment dans les territoires palestiniens occupés, n’a visiblement pas porté ses fruits. La tentative a peut-être réussi en apparence, mais, expliquent les mêmes sources, les luttes interpalestiniennes n’ont pas pour autant cessé. Au contraire, les Égyptiens souhaitent renforcer l’Organisation de libération de Palestine, en particulier le Fateh, et pousser les organisations montantes, comme le Hamas ou encore le Jihad islamique, à coopérer avec eux sous le couvert de l’Autorité palestinienne, représentante officielle des Palestiniens. Mais l’Autorité et en particulier le Fateh sont aujourd’hui moins populaires que les autres organisations. Le Hamas et le Jihad, entre autres, les soupçonnent de coopérer avec l’occupant israélien en Cisjordanie et dans les autres territoires occupés. C’est ainsi qu’après avoir envahi le camp palestinien de Jénine et y avoir mené une opération militaire pendant quelques jours au début du mois de juillet, les Israéliens s’en sont retirés... pour le laisser sous le contrôle de l’Autorité palestinienne. Pour certaines factions, il n’est pas normal de confier le pouvoir à l’organisation, qui s’est affaiblie, alors que plusieurs autres formations ont pris de l’ampleur et se sont développées au sein de la population palestinienne, en particulier sur le plan de la résistance contre l’occupant.
La visite au Liban du chef des services de renseignements de l’OLP Majed Faraj a été perçue comme le signal d’une volonté de cette organisation de reprendre le contrôle des camps dans le pays après une longue période de déclin au profit du Hamas, du Jihad islamique et d’autres formations proches de la mouvance salafiste. D’ailleurs, les réunions tenues entre Faraj et les SR libanais ont été considérées comme un indice en ce sens, poussant les formations à réagir. Le chef des SR du Fateh au Liban Abou Achraf el-Armouchi a été ainsi assassiné avec trois de ses gardes du corps, mettant le feu aux poudres au camp de Aïn el-Héloué. Officiellement, les combats se déroulent entre les partisans du Fateh et ceux des formations proches de la mouvance salafiste, comme Jund el-Cham et le groupe de Bilal Badr, ce dernier étant soupçonné d’être derrière l’attentat contre Armouchi. Mais on ne sait plus vraiment qui prend part aux combats et qui se tient à l’écart.
Du côté de l’armée, il n’est pas question d’intervenir dans ces combats, car elle ne veut pas être accusée d’agir en faveur d’un camp contre l’autre. D’autant que les différents groupes qui se battent ont chacun un parrain arabe ou régional, expliquent les sources proches de l’institution militaire. Et s’il n’y a pas de consensus régional au sujet de la partie qui devrait contrôler les camps du Liban, une intervention de l’armée risquerait de mal tourner. De plus, dans ce climat de division interne aiguë, l’armée ne souhaite pas entrer dans des polémiques, ni risquer la vie des soldats pour des batailles sans horizon et qui n’aboutissent qu’à un surplus d’effondrement.
D’ailleurs, au bout de cinq jours de combats à intensité variable, il n’y a encore ni vainqueur ni vaincu. Le Fateh n’a pas pu venir à bout des groupes salafistes ni imposer son autorité sur le camp. Tout comme il n’a pas pu encore obtenir que les auteurs de l’assassinat de Armouchi et de ses compagnons soient livrés à la justice libanaise. C’est pourquoi la seule solution réside dans un compromis qui préserve la présence de toutes les formations dans une sorte de modus vivendi, puisqu’il n’y a apparemment pas de couverture régionale pour aller plus loin.
L’armée libanaise a donc choisi de renforcer sa présence sur les collines surplombant le camp de Aïn el-Héloué et a relevé le niveau de l’état d’alerte de ses troupes, considérant que sa mission se limite à empêcher tout débordement hors du camp et à obtenir que ceux qui sont recherchés par la justice libanaise lui soient livrés.




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C'est bien là le problème : le Liban n'a jamais fait respecter l'abrogation des accords du Caire, approuvée en 87 par Amine El Gemayel, Salim El Hoss, et le parlement...retirons leur les armes à feu, empêchons l'arrivée de nouvelles cargaisons, et s'ils souhaitent se massacrer à coups de machettes (pour libérer la Palestine), grand bien leur fasse...
15 h 13, le 03 août 2023