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Moyen-Orient - EGYPTE

Qui est Patrick Zaki, l’activiste grâcié par Sissi ?

Le chercheur avait été condamné mardi dernier à trois ans de prison pour avoir écrit de « fausses informations » sur les conditions de vie des coptes en Égypte. Relâché jeudi aux côtés d'un autre détenu d’opinion, l’avocat Mohammad el-Baqer, leur libération intervient suite à une campagne de pression internationale.


Qui est Patrick Zaki, l’activiste grâcié par Sissi ?

Patrick Zaki, grâcié cette semaine par le président égyptien, avait été arrêté à son retour au Caire en février 2020. Photo Facebook

Patrick George Zaki, âgé d’une trentaine d’années, suivait un master en études de genre à l’Université de Bologne, en Italie. En parallèle, il était aussi responsable de plaidoyer pour l’Initiative égyptienne pour les droits de la personne (EIPR), l’une des dernières grandes organisations de lutte pour le respect des libertés fondamentales en Égypte.

D’origine copte, il s’intéresse alors à cette minorité chrétienne – la plus importante du pays – qui représente entre 10 et 15 % de la population égyptienne. Ses recherches l’amènent à publier en 2019 un article sur le site panarabe d’information en ligne Daraj. Le début pour lui de tous les problèmes... À la manière d’un journal intime, il y détaille les conditions de vie quotidiennes des coptes, dénonçant les discriminations et les violences subies par les membres de cette communauté.

Arrestation et détention

Mais le 7 février 2020, de retour au Caire depuis Bologne pour une visite familiale, sa vie bascule. Alors qu’il vient d’atterrir, Patrick Zaki est arrêté pour « terrorisme ». Après 17 heures d’interrogatoire, il est électrocuté et battu, selon les affirmations de son avocat. À l’époque, son arrestation suscite beaucoup d’émoi en Europe, mais surtout en Italie. Une cinquantaine de municipalités lui accordent une citoyenneté honorifique, des dizaines de manifestations sont organisées à travers le pays et le Sénat demande au président de lui octroyer la nationalité italienne.

Pendant 22 mois, le chercheur est détenu dans la prison de Tora, au sud du Caire, connue pour être l’une des pires du pays et où les opposants politiques sont généralement incarcérés. Selon ses défenseurs, Patrick Zaki est frappé et torturé à l’électricité. Il est finalement remis en libéré conditionnelle en décembre 2021. Dans l’attente de son procès, il est alors contraint de rester en Égypte sans jamais voyager à l’étranger.

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Mardi 18 juillet, la décision du tribunal d’exception de la Sûreté de l’État à Mansoura – une cour judiciaire spéciale à travers laquelle il n’est pas possible de faire appel – tombe comme un couperet : l’activiste est condamné à trois mois de prison pour diffusion de « fausses informations », en référence à son article paru dans Daraj. Il est à nouveau immédiatement incarcéré, à la prison de Mansoura cette-fois, dans le nord du pays.

Pression internationale et grâce présidentielle

Son sort aurait pu être scellé ce jour-là si une campagne de pression internationale n’avait pas autant resserré l’étau autour du président égyptien Abdel Fattah el-Sissi. Les condamnations pleuvent dans le monde, à l’instar de celle du département d’État américain, qui demandait mercredi sur son compte Twitter « sa libération immédiate ainsi que celle d’autres prisonniers détenus arbitrairement ». Plus de 40 ONG égyptiennes et internationales, parmi lesquelles Amnesty International et Human Rights Watch, dénoncent également « un procès entaché de violations des droits de la défense ».

En Égypte aussi, l’incarcération de Patrick Zaki fait des remous. Plusieurs membres du « dialogue national », officiellement lancé par les autorités en vue de rétablir le lien avec l’opposition réprimée pendant 10 ans – en amont de l’élection présidentielle de 2024 –, annoncent leur décision de quitter le panel de discussion.

Désireux de lisser son image à l’international, le président égyptien se voit contraint de revenir sur la décision. Mercredi, le raïs accorde une grâce présidentielle à six détenus, dont Patrick Zaki, effectivement relâché le lendemain. L’avocat Mohammad el-Baqer est lui aussi gracié après des années de pressions de la part d’organisations internationales pour les droits de l’homme. Ce dernier avait été arrêté au Caire en septembre 2019 alors qu’il avait rendez-vous en tant qu’avocat avec son client et ami, le célèbre activiste égyptien Alaa Abdel Fattah, qui croupit toujours dans les geôles du pays. Au début de l’année, l’administration Biden avait notamment pressé le régime Sissi de libérer plusieurs opposants politiques en nommant précisément le cas de Mohammad el-Baqer dans une campagne de communication.

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Après l’annonce des grâces présidentielles, la Première ministre italienne Giorgia Meloni a assuré que M. Zaki serait « de retour en Italie », prônant une victoire diplomatique de taille. Sa libération a en effet permis de resserrer les liens entre Rome et Le Caire, partenaires commerciaux importants. À ce stade, rien ne garantit pourtant que Patrick Zaki pourra quitter le territoire égyptien où les autorités ont l’habitude de maintenir des restrictions de déplacement à l’encontre d’anciens détenus.

Au cours des derniers mois, le gouvernement égyptien a gracié des dizaines de prisonniers après que son bilan en matière de droits de l’homme a été soulevé lors du Sommet des Nations unies sur le changement climatique en novembre dernier, à Charm el-Cheikh. Mais une fois l’attention retombée, le sort des 60 000 prisonniers d’opinion incarcérés arbitrairement dans les geôles égyptiennes reste toujours en suspens...

Patrick George Zaki, âgé d’une trentaine d’années, suivait un master en études de genre à l’Université de Bologne, en Italie. En parallèle, il était aussi responsable de plaidoyer pour l’Initiative égyptienne pour les droits de la personne (EIPR), l’une des dernières grandes organisations de lutte pour le respect des libertés fondamentales en Égypte.D’origine copte, il...
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Il ne faut pas oublier il y a quelques années un étudiant italien de Cambridge qu’il a été en Égypte pour faire un master car il parlait très bien l’arabe, intelligent, il a été massacre par les services secrets égyptiens parce que il cherchait à savoir beaucoup de choses sur l’administration égyptienne, et voilà.

Eleni Caridopoulou

01 h 13, le 22 juillet 2023

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Commentaires (1)

  • Il ne faut pas oublier il y a quelques années un étudiant italien de Cambridge qu’il a été en Égypte pour faire un master car il parlait très bien l’arabe, intelligent, il a été massacre par les services secrets égyptiens parce que il cherchait à savoir beaucoup de choses sur l’administration égyptienne, et voilà.

    Eleni Caridopoulou

    01 h 13, le 22 juillet 2023

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