Rechercher
Rechercher

Société - Justice

Un collectionneur libanais d’art antique visé par Interpol

Le nom de Georges Lotfi s’ajoute à la liste des huit Libanais dont l’instance demande la localisation et l’arrestation temporaire en vue de son extradition.

Un collectionneur libanais d’art antique visé par Interpol

Photo D.R.

Après le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, le mois dernier, Interpol a émis une nouvelle « notice rouge » le 5 juin à l’encontre cette fois du collectionneur libanais d’art antique, Georges Lotfi. Un comble pour ce Tripolitain d’origine, pharmacien retraité âgé de 82 ans, et qui a longtemps collaboré avec la justice américaine en tant qu’informateur pour certaines des saisies d’antiquités les plus médiatisées de ces dernières années.

Désormais, son nom s’ajoute à la liste des huit Libanais dont l’instance demande la localisation et l’arrestation temporaire en vue de son extradition.

Une notice qui intervient après que les États-Unis ont publié un mandat d’arrêt, au chef de « vol d’antiquités », suivant celui de la cour criminelle de New York, uniquement applicable sur le sol américain, le 8 mars 2022. Ce mandat d’arrêt local était fondé sur des investigations lancées l’année précédente par le bureau du procureur de district du comté de New York. L’instance accuse Georges Lotfi d’avoir volé 24 pièces antiques, qu’il avait exportées aux États-Unis en 1988, soit 34 ans plus tôt.

Extradition impossible

Des accusations que le collectionneur, qui vit actuellement au Liban, réfute, affirmant à L’Orient-Le Jour avoir lui-même « déclaré (les œuvres en question) aux autorités américaines » en 2021, lorsqu’il a voulu les prêter au prestigieux Metropolitan Museum de New York (MET), afin qu’elles y soient exposées de manière temporaire. « C’est moi-même qui les ai déclarées aux autorités, et demandé au bureau du procureur de les inspecter dans mon local dans le New Jersey », dit-t-il à L’OLJ, précisant que c’est une procédure classique suivie aux États-Unis. Après avoir donné, en février 2021, les clés de l’entrepôt à l’autorité sollicitée, M. Lotfi est « surpris » de voir celle-ci saisir les pièces cinq mois plus tard. Selon lui, un des procureurs l’a menacé à plusieurs reprises de poursuites s’il ne cédait pas ces 24 œuvres au profit des autorités américaines. Le collectionneur a néanmoins refusé d’obtempérer. « J’avais acheté les pièces d’art auprès d’antiquaires libanais, détenteurs d’une licence de la Direction générale des antiquités au Liban », clame-t-il, ajoutant « les avoir exportées aux États-Unis pour les mettre à l’abri » de la guerre civile (1975-1990). « Elles y étaient entrées de manière légale, à travers un transitaire accrédité, qui avait collecté les documents nécessaires » pour leur passage à la douane américaine, détaille-t-il.

Lire aussi

Qui sont les 8 Libanais recherchés par Interpol ?

Un récit qui n’a pas convaincu les enquêteurs américains. Dans une déclaration sous serment – dont le contenu avait été partiellement rapporté par notre publication sœur, L’Orient Today –, l’un d’entre eux, Robert Mancene, avait estimé que le collectionneur savait que les objets avaient été volés, mais qu’il pensait avoir créé des pièces d’authentification suffisantes pour attester de leur légalité, Par ailleurs, et toujours selon les enquêteurs, M. Lotfi n’a pas demandé de permis pour exporter les 24 objets depuis le Liban, violant ainsi la loi libanaise qui l’impose pour tout objet manufacturé datant d’une période antérieure à l’an 1700 avant J.-C.

Il reste que la notice rouge d’Interpol a peu de chances de se traduire par une extradition. « Il ne peut être livré à la justice américaine, vu que l’État libanais n’extrade pas ses citoyens », affirme son avocate May Azoury. « S’il voyage, il risquerait toutefois d’être arrêté dans tout pays membre d’Interpol, mais ceci semble improbable car son passeport lui a été temporairement confisqué », ajoute-t-elle.

L’acte d’accusation américain, émis en mars 2022, avait été notifié en janvier 2023 au parquet de cassation libanais, qui s’est saisi de l’affaire avant que la notice rouge ne soit émise.

« Le dossier est maintenant du ressort de la justice libanaise », indique Me Azoury, selon laquelle la règlementation libanaise reconnaît le droit à la détention de pièces archéologiques. « La loi de 1933 et le décret de 2016, corroborés par une décision du ministre sortant de la Culture, Mohammad Mortada, en 2022, consacrent le droit des particuliers à la possession de pièces antiques, à condition qu’elles ne soient pas répertoriées et classées par la Direction générale des antiquités », indique-t-elle, affirmant que « les pièces en question ne sont pas classées ».

« En tout état de cause, les faits reprochés à Georges Lotfi sont prescrits, ce dernier ayant affirmé avoir fait ses acquisitions depuis plus de trente ans », poursuit-elle. Sauf que la loi américaine considère l’acte délictueux comme continu, et non ponctuel : la prescription commence quand la détention illégale cesse et non quand elle débute.

Restitution au Liban ?

Parallèlement à ce volet pénal, Georges Lotfi a porté un recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d’État en décembre 2021, demandant l’annulation d’une décision émise en octobre de la même année par le ministre de la Culture, Mohammad Mortada. Dans cette décision, le ministre décrète que les biens litigieux appartiennent à l’État libanais, et non à Georges Lotfi, et demande aux autorités compétentes américaines, via le ministère libanais des Affaires étrangères, de rapatrier les 24 pièces à cet effet.

Lire aussi

Nazem Ahmad, le sulfureux collectionneur d’art soupçonné de financer le Hezbollah

Pour l’avocate du collectionneur, cette décision est d’autant plus étonnante que « le ministre de la Culture contredit sa propre décision datée d’avril 2022, selon laquelle si des particuliers possèdent de manière non équivoque depuis plus de dix ans des biens antiques non classés, ils en sont les propriétaires, et sont de surcroît dispensés d’en prouver l’origine et le mode d’acquisition ». Contacté par L’OLJ, M. Mortada affirme que « la décision sur la détention des biens s’applique seulement dans les cas où il n’y aurait pas de soupçons sur leur origine.

Or nous avons des preuves que les mosaïques exportées par M. Lotfi ont été volées », accuse le ministre, sans plus de détails. « Nous avons fait savoir à la justice américaine que les biens en question sont la propriété du Liban et des Libanais, et que nous demandons leur restitution », ajoute-t-il.

Il reste que les autorités américaines n’ont pas encore satisfait la requête du ministre de la Culture. Une source judiciaire libanaise a affirmé à l’agence AP que les États-Unis soumettent le rapatriement des antiquités à la condition de voir le collectionneur arrêté par la justice libanaise. « Faux », rétorque le ministre de la Culture. La justice américaine nous a affirmé qu’elle veut conserver temporairement les biens requis parce qu’ils contribuent à la constitution de preuves dans le cadre de la procédure américaine. » Contactée par L’OLJ, l’ambassade des États-Unis à Beyrouth a déclaré qu’elle ne commente pas les investigations en cours.

Après le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, le mois dernier, Interpol a émis une nouvelle « notice rouge » le 5 juin à l’encontre cette fois du collectionneur libanais d’art antique, Georges Lotfi. Un comble pour ce Tripolitain d’origine, pharmacien retraité âgé de 82 ans, et qui a longtemps collaboré avec la justice américaine en tant qu’informateur pour...

commentaires (5)

Criminel inculte sans civisme

Robert Moumdjian

16 h 42, le 26 juin 2023

Tous les commentaires

Commentaires (5)

  • Criminel inculte sans civisme

    Robert Moumdjian

    16 h 42, le 26 juin 2023

  • Ils vont pouvoir organiser un tournoi de Tarnib !

    TrucMuche

    15 h 06, le 22 juin 2023

  • Et si les pieces étaient restituées au ministère, verront-elles le jour au Musee National de Beyrouth?

    CW

    13 h 37, le 22 juin 2023

  • Les libanais à l’étranger, à commencer par ce pharmacien et en passant par Carlos, doivent apprendre à se soumettre aux lois de leurs pays d’accueil. Cela rendra la vie plus facile a l’immense majorité de la diaspora qui est reconnaissante aux pays d’accueil et se conforme à leur lois!

    Mago1

    10 h 46, le 22 juin 2023

  • Y a t il un compatriote honnête au Liban ou outremers? Il semble que la corruption et la collusion font partie de notre ADN!!!!!

    Robert Moumdjian

    06 h 29, le 22 juin 2023

Retour en haut