Rechercher
Rechercher

Société - Saison estivale

Passer une journée à la plage, un luxe au Liban ?

Selon un syndicaliste, les prix d'entrée aux stations balnéaires ont augmenté d'environ 15 à 20 % en dollars par rapport à l'été dernier.


Vue aérienne sur une plage privée à Damour, au Liban-Sud. Photo Mohammad Yassine

Passer une journée dans une station balnéaire est-il devenu un luxe au Liban ? Si l'accès aux complexes est aujourd'hui à la portée des dollarisés, il s'avère de plus en plus difficile pour ceux qui touchent encore leurs salaires en livres. Allant de 3 à 40 dollars l'entrée, les tarifs creusent davantage encore l'inégalité d'accès au littoral, dont la majorité des plages sont privatisées. Nombre de Libanais se rabattent donc sur les quelques plages publiques encore épargnées par les investisseurs et autres occupants étatiques ou particuliers, et dont l'entretien n'est toujours pas à la hauteur des attentes.

Dans le Nord, qui compte une dizaine de plages publiques, les tarifs d'entrée aux plages privées varient entre 3 dollars, comme au Sealena Beach (à Héri, avant Chekka), et 35 dollars, notamment au Butlers Beach Club (Batroun).

Dans la capitale, les tarifs peuvent atteindre les 40 dollars, comme à l'hôtel 5 étoiles Kempinski. Le Sporting club propose un tarif plus abordable de 25 dollars en fin de semaine, mais qui pourrait être prochainement revu à la hausse, selon un employé. A l'Automobile et Touring Club du Liban (ATCL), à Kaslik dans le Kesrouan, l'entrée est de six dollars en cours de semaine et de 10 dollars le week-end.

Dans le Sud, où environ six plages sont libres d'accès, les prix commencent à 10 dollars dans les stations balnéaires privées et atteignent parfois les 20 dollars. Cette différence s'explique en fonction des équipements — bars, bungalows, jacuzzis — ou animations avec un DJ, proposés par les complexes à leur clientèle. 


Le président du syndicat des propriétaires de centres balnéaires et de plages, Jean Beyrouthi, indique à notre publication que les prix d'entrée aux plages ont augmenté "d'environ 15 à 20%" en dollars au taux du marché par rapport à l'été dernier. En cause : la dollarisation des salaires des employés, de la nourriture et des tarifs d'Électricité du Liban (EDL). Selon lui, il s'agit d'un "pas sur la bonne voie" pour dynamiser l'économie, d'autant plus que "le profit des établissements touristiques ne s'élève aujourd'hui qu'à près de 40% de celui d'avant 2018". 

Cette tendance semble également justifiée par les professionnels du secteur touristique et de la restauration, qui a été le premier à être autorisé à afficher ses prix en dollars, avant l'été 2022. Vendredi, le président du syndicat des restaurants, cafés, boîtes de nuit et pâtisseries du Liban, Tony Rami, a également défendu les prix pratiqués par la filière, estimant qu'ils ne sont pas devenus trop élevés comme le considère une partie du public.

"Inacceptable"
Sur le terrain, la hausse des tarifs ne fait pas l'unanimité. "Depuis le début de la crise économique, je ne peux plus me permettre d'aller régulièrement à la plage en famille. Cela me coûterait une fortune", reconnaît Karim, 42 ans. "Le week-end dernier, j'ai payé un peu plus de 100 dollars pour passer la journée et déjeuner avec ma femme et nos deux enfants dans une plage dans le Sud, soit le tiers de mon salaire. C'est inacceptable !" s'indigne le fonctionnaire, qui est toujours payé en livres libanaises. 

Lire aussi

Quelles sont les plages les plus sûres pour nager au Liban cet été ?

Ziad*, la trentaine, a opté pour une option plus abordable dans le Nord, mais conteste un autre problème. "J'ai payé 500 000 LL pour accéder à la plage Oasis à Kfar Abida, ou l'équivalent de cinq dollars environ. Comparé aux autres plages, le tarif reste abordable, et l'on peut utiliser les douches, les toilettes, un parasol et des chaises longues, et ramener de la nourriture sans être fouillés à l'entrée", explique-t-il. "Malgré tout, le complexe balnéaire n'a pas le droit, en théorie, de faire payer une entrée aux baigneurs, vu qu'ils accèdent à une plage publique...", regrette le jeune homme.

Tarifs préférentiels 
Par ailleurs, certains complexes appliquent également des tarifs préférentiels ciblant les femmes, que ce soit pour l’entrée ou le coût des abonnements. A titre d’exemple, à Janna-sur-Mer (Damour) , les vendredis, les femmes de moins de 35 ans bénéficient d'un tarif réduit à l’entrée : elles paient 8$ à la place de 14$. "Nous avons toujours mis en place cette offre", affirme un employé de l'établissement. L'hôtel 5 étoiles Riviera (Beyrouth) suit la même démarche. L'entrée avant 11h s'élève à 12 dollars pour les femmes durant le week-end, contre 25 dollars pour les hommes.

Lire aussi

La plage d’Abou Ali à Kfarabida, un paradis menacé

Le Saint-Georges, à Beyrouth, a pour sa part mis en place différents abonnements selon le genre et l'âge des baigneurs. "Le fait que les prix sont plus bas pour les femmes est une stratégie marketing basée sur la demande de notre clientèle. Et nous voulions également encourager les étudiants à s’abonner chez nous", explique Antoine Daher, directeur général.

"C’est un outil promotionnel, les offres sont généralement adaptées à la cible de l’établissement. Par exemple, lorsqu’une femme est cliente, elle vient généralement avec sa famille, ses enfants, ou son petit ami, cela permet de faire venir du monde ou de faire connaître un établissement qui vient d’ouvrir. Dans certains complexes, il y a une gratuité pour les enfants par exemple", indique Jean Beyrouthi.

*Le prénom a été changé à la demande de la personne.

Passer une journée dans une station balnéaire est-il devenu un luxe au Liban ? Si l'accès aux complexes est aujourd'hui à la portée des dollarisés, il s'avère de plus en plus difficile pour ceux qui touchent encore leurs salaires en livres. Allant de 3 à 40 dollars l'entrée, les tarifs creusent davantage encore l'inégalité d'accès au littoral, dont la majorité des plages sont...
commentaires (5)

Les plages de la Côte d'Azur sont, elles aussi, souvent privatisées moyennant redevance à la ville, bien sûr !!! Les propriétaires ont des tarifs exorbitants : Parasols, transats et entrée bien sûr. Glacières interdites!!! A Cannes on ne trouve que 2 plages totalement gratuites et d'autres en "régie communale". Le reste est privé et payant...

Lilou BOISSÉ

10 h 38, le 22 juin 2023

Tous les commentaires

Commentaires (5)

  • Les plages de la Côte d'Azur sont, elles aussi, souvent privatisées moyennant redevance à la ville, bien sûr !!! Les propriétaires ont des tarifs exorbitants : Parasols, transats et entrée bien sûr. Glacières interdites!!! A Cannes on ne trouve que 2 plages totalement gratuites et d'autres en "régie communale". Le reste est privé et payant...

    Lilou BOISSÉ

    10 h 38, le 22 juin 2023

  • il y a eu la mafia des banques maintenant il y la mafia des plages publiques la mer est à tout le monde sauf au Liban .je préfère aller me baigner ailleurs.

    barada youssef

    16 h 46, le 21 juin 2023

  • Je préfère la montagne au Liban

    Georges Olivier

    23 h 51, le 20 juin 2023

  • Partout mais surtout chez nous à cause des immenses, des monstrueuses inégalités, le luxe c'est de pouvoir ne pas être avec tout le monde et plus vous payez, plus vous vous offrez cette barrière à l'entrée de ceux avec qui vous ne voulez surtout pas être. C'est politiquement incorrect mais ça a le mérite d'expliquer le "business model" des plagistes

    M.E

    20 h 48, le 20 juin 2023

  • Soit être racketté par la mafia des plages, soit être pourchassé et lynché par les islamistes. Quel choix !

    Mago1

    16 h 07, le 20 juin 2023

Retour en haut