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Culture - Musique

La 5e édition des Musicales du Liban : de New York à Beyrouth en passant par Paris

La 5e édition des Musicales du Liban : de New York à Beyrouth en passant par Paris

Mélodies en miroir a donné la parole à la soprano Caroline Solage, accompagnée au piano par Denis Dubois. Photo DR

C’est dans l’écrin de la cathédrale Notre-Dame du Liban à Paris que s’est déroulée le week-end dernier l’édition du printemps de la 5e édition des Musicales du Liban, festival qui s’est donné comme missions de diffuser et valoriser la musique savante libanaise. C’est en effet la condition posée par les organisateurs aux artistes invités : que la moitié du programme, au moins, soit consacrée aux compositeurs libanais.

Deux concerts, l’un instrumental et l’autre vocal, ont montré la richesse et la diversité du patrimoine musical libanais qui reste encore à découvrir. Tout d’abord, De New York à Beyrouth a fait dialoguer des compositeurs libanais et américains avec Dona Nouné au violon, se produisant pour la première fois en France, et Georges Daccache au piano. Puis Mélodies en miroir a donné la parole à la soprano Caroline Solage, accompagnée au piano par Denis Dubois.

Homogénéité poésie et complicité ont été les maîtres mots du récital de violon et piano. Il s’est ouvert avec la Sonate brève de Boghos Gelalian (1927-2011), une œuvre en trois mouvements dont la joie associée à la mélancolie rappelle que la source majeure d’inspiration du compositeur était le folklore arménien et révèle les multiples visages d’un créateur encore hélas trop méconnu.

Dona Nouné au violon, se produisant pour la première fois en France, et Georges Daccache au piano. Photo DR

Puis a été interprétée la Sonate pour violon et piano d’Aaron Copland (1900-1990) en trois mouvements dont les deux derniers s’enchaînent et qui caractérisent bien l’œuvre de Copland de façon générale, empreinte de calme et d’élévation, mais aussi de fermeté pour ne pas dire, dans certains passages, de dureté. Ici, la virtuosité et la tension étaient à leur extrême. Le public a retenu son souffle.

A suivi le Nocturne pour violon et piano opus 1 de Sevag Derghougassian (né en 1977), compositeur dont la double culture libanaise et arménienne est présente dans le processus de création. Son Nocturne fait partie de ces œuvres qui saisissent d’emblée l’auditeur, l’ouvrent à l’écoute et l’invitent à la surprise entre lyrisme et émotion.

Le récital s’est poursuivi avec Miguel Del Aguila (né en 1957) et sa Seduccion pour violon et piano opus 96, œuvre puissamment colorée et rythmiquement virtuose, dont le compositeur dit qu’elle « exprime son humanité ».

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Le concert s’est terminé avec une œuvre majeure d’Iyad Kanaan (né en 1971). Ce compositeur issu d’une prestigieuse lignée musicale (son grand-père Émile Irani était un violoniste virtuose, célèbre pour ses improvisations) a un langage musical qui vient du cœur et qui parle au cœur. Son Duo pour violon et piano en trois mouvements a fait véritablement sensation, clôturant avec brio ce moment musical totalement original offert par l’archet de Dona Nouné, ensoleillé, joyeux et sensible et le piano de Georges Daccache en pleine possession de ses moyens. Ce dernier est d’ailleurs aujourd’hui le pianiste qui est allé le plus loin et le plus profondément aux sources de la musique libanaise pour piano et dont le répertoire recèle des dizaines d’heures de musique de chambre pour voix et instruments, sans compter les œuvres pour piano solo dont la plupart ne sont même pas encore éditées.

Mélodies en miroir a donné la parole à la soprano Caroline Solage, accompagnée au piano par Denis Dubois. Photo DR

Le second concert était donné par la soprano Caroline Solage et le pianiste (chef de chant à l’opéra national de Paris) Denis Dubois. Ils avaient choisi une approche très originale. Procéder par thèmes, en prenant chaque fois un compositeur occidental et un compositeur libanais. Ainsi, en ouverture de la musique sacrée autour du thème de Marie. Un Ave Maria de William Gomez (1939-2000), belle œuvre méditative, suivi de Assalamu Aaleyki du père Joseph Waked (1940-2020) et d’un Schlomlekh Maryam de Violaine Prince (née en 1958), œuvre intense et bouleversante en araméen, court exemple d’une ample et riche œuvre sacrée qui est la « marque de fabrique » de la compositrice.

Puis ils ont interprété deux mélodies arméniennes Yes Atchk de Garo Avessian (né en 1979) chef d’orchestre et compositeur au langage musical émouvant, et Oror de Parsegh Ganatchian (1885-1967), compositeur de l’hymne national arménien.

Ont suivi deux extraits d’opéra d’Élia Koussa (né en 1978) dont le langage musical novateur se pose sur un texte du poète Adonis, Histoire qui se déchire sur le corps d’une femme, écrit spécialement pour la voix de Caroline Solage.

Le concert s’est poursuivi avec une mélodie de Francis Poulenc (1899-1963), extraite de La voix humaine, et un lied de Gustav Mahler (1860-1911), extrait des Kindertotenlieder, et avant de se clôturer avec deux pièces majeures de musique de film, la Berceuse extraite du Talentueux Mr Ripley par Gabriel Yared (né en 1949), œuvre fine et bouleversante qui s’égrène comme de petites gouttes d’eau et enfin le célébrissime Parla piu piano de Nino Rota (1911-1979), extrait du film Le parrain.

Puissante dans sa voix et claire dans son expression, Caroline Solage a donné à ce programme très éclectique une cohérence et un fil conducteur. Elle a déjoué avec aisance les pièges de partitions dont l’écriture est parfois escarpée et en a restitué l’émotion et la poésie. Extraordinaire « conteur » au piano, Denis Dubois a parfaitement compris et intériorisé la singularité de cette musique parfois « en devenir ». Avec fluidité et lyrisme, il s’est montré présent aux côtés de la chanteuse sans jamais être envahissant. Beau duo en vérité !

Les prochains rendez-vous des Musicales du Liban à Paris se tiendront au mois de novembre.

C’est dans l’écrin de la cathédrale Notre-Dame du Liban à Paris que s’est déroulée le week-end dernier l’édition du printemps de la 5e édition des Musicales du Liban, festival qui s’est donné comme missions de diffuser et valoriser la musique savante libanaise. C’est en effet la condition posée par les organisateurs aux artistes invités : que la moitié du programme, au...
commentaires (1)

Ce qui me frappe dans ces manifestations culturelles á l'étranger est l'absence totale de l'Etat Libanais mis à part l'ambassadeur ou le consul qui viennent pour la photo. Ce sont essentiellement la société civile libanaise á l'étranger, les amis du Liban, et les pays hotes qui organisent, sponsorisent et communiquent. Le ministre de la culture hezballah ou amal et ses services sont dans la plupart des cas absents ainsi que le gouvernement. Ceci n'est pas étonnant , dans la médiocrité de l'action gouvernementale, la Culture de notre pays n'est pas perçue comme une valeur. La valeur est celle tirée des combines des marchés publics ou en mendiant l'aide des Organisations Internationales.

Moi

11 h 00, le 14 juin 2023

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Commentaires (1)

  • Ce qui me frappe dans ces manifestations culturelles á l'étranger est l'absence totale de l'Etat Libanais mis à part l'ambassadeur ou le consul qui viennent pour la photo. Ce sont essentiellement la société civile libanaise á l'étranger, les amis du Liban, et les pays hotes qui organisent, sponsorisent et communiquent. Le ministre de la culture hezballah ou amal et ses services sont dans la plupart des cas absents ainsi que le gouvernement. Ceci n'est pas étonnant , dans la médiocrité de l'action gouvernementale, la Culture de notre pays n'est pas perçue comme une valeur. La valeur est celle tirée des combines des marchés publics ou en mendiant l'aide des Organisations Internationales.

    Moi

    11 h 00, le 14 juin 2023

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