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Idées - Commentaire

La reconnaissance de la Nakba permet de repenser la Palestine à l’échelle planétaire

La reconnaissance de la Nakba permet de repenser la Palestine à l’échelle planétaire

Photo d'illustration : des Palestiniens sont expulsés de leur domicile à Haïfa par des miliciens juifs, quelques semaines avant la déclaration d’indépendance israélienne, en avril 1948. Archives AFP

Le 15 mai courant, l’Organisation des Nations unies a commémoré, pour la première fois, le 75e anniversaire de la Nakba qui a marqué l’expulsion de plus de 700 000 Palestiniens de leurs terres. Cela représente un moment décisif pour la perception publique de la question palestinienne à l’échelle planétaire

Paradigme unifié

La Nakba est l’événement fondateur des identités palestiniennes et de notre mémoire. Longtemps tabou, notamment en Israël où il demeure controversé, le mot va à l’encontre d’un récit national qui présente la création de l’État hébreu comme l’accomplissement de la volonté nationale juive sur une terre « sans peuple ». Il souligne que deux réalités distinctes émergent à la même date : lorsque Israël célèbre son indépendance, les Palestiniens commémorent leur dépossession. C’est là que réside l’importance de nos mots : ils mettent en évidence deux rapports à un moment singulier.

La reconnaissance progressive d’un certain vocabulaire, comme « Nakba » et « apartheid », est le fruit du travail des historiens, sociologues, juristes, penseurs et chercheurs palestiniens et d’autres pays. Ainsi, à partir des années 1980, les « nouveaux historiens » israéliens ayant eu accès aux archives militaires ont démontré que l’exode de la moitié de la population palestinienne était le résultat de violences, de guerre psychologique et de transferts forcés par les milices juives puis l’armée israélienne dès la fin de 1947. Certains, comme Ilan Pappé, vont jusqu’à évoquer Le nettoyage ethnique de la Palestine (Fayard, 2008). Les chercheurs palestiniens à leur tour poursuivent ces recherches malgré les restrictions imposées dans certaines universités, notamment aux États-Unis et en Allemagne.

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La commémoration à l’ONU survient dans un contexte nouveau. Il y a deux ans, le terme « apartheid » au sujet des politiques israéliennes faisait son entrée fracassante dans le langage international. Forgé et utilisé de longue date dans les milieux militants, mais également dans le monde de la recherche, il entre véritablement dans le débat public à partir de 2020. L’année suivante, l’ONG israélienne B’Tselem puis Human Rights Watch (HRW) adoptent le mot, et les d’autres organisations internationales suivent rapidement. Dans un rapport de plus de 250 pages publié en 2022, Amnesty International estime pour sa part que « l’apartheid d’Israël contre la population palestinienne est un système cruel de domination et un crime contre l’humanité ».

Le terme « apartheid » est souvent mal compris, parfois même par certains militants qui le trouvent trop faible dans la mesure où il réduirait la question palestinienne à la seule dimension de la ségrégation. Or son champ est en réalité bien plus large, et permet de décrire et de conceptualiser toutes les réalités administratives, juridiques et géographiques des politiques israéliennes à l’égard de l’ensemble des Palestiniens, qu’ils vivent en Israël, dans les territoires palestiniens occupés ou en tant que réfugiés.

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Encore plus étonnant est la déconcertante facilité avec laquelle de nombreux intervenants lors de la commémoration utilisent le terme de « Nakba continue ». Forgée et utilisée par des penseurs palestiniens, à commencer par Hanan Ashrawi dès 2001, la locution complexifie l’idée de la Nakba comme évènement ponctuel et révolu. La dépossession des Palestiniens de leurs terres, de leurs droits et souvent de leur humanité est un processus long qui se déploie sur le long terme et avec une intensité variable : c’est ce que met en lumière la notion de Nakba continue.

L’utilisation de ces trois termes fait émerger une image complexe et détaillée de l’actualité palestinienne : « apartheid » décrit un système politique de domination contemporain ; « Nakba » désigne l’évènement de 1948 et ses effets ; et « continue » permet d’appréhender sur le long terme les politiques de l’État d’Israël. Ce n’est pas une victoire pour la cause politique seulement, mais aussi pour la pensée : utiliser ces mots, c’est rendre compte avec précision d’une réalité historique et contemporaine. Les trois éléments pris ensemble permettent de comprendre, d’interpréter et de dire la Palestine à la lumière d’un paradigme unifié.

Renouveler l’espoir

Paradoxalement, cette avancée décisive intervient alors même que l’avenir palestinien, comme celui de nombreuses luttes progressistes, semble plutôt morose. Israël continue d’ignorer les résolutions de l’ONU et poursuit ses politiques coloniales avec le soutien tacite de l’ensemble des puissances. La recrudescence des violences commises dans les Territoires et la propagation d’un discours de haine à tous les niveaux de la société israélienne sont frappantes – on pense ainsi au ministre des Finances Bezalel Smotrich, chef du parti d’extrême droite HaTzionout HaDatit et chargé des affaires civiles en Cisjordanie, qui a appelé récemment à la destruction de la ville de Huwara.

Alors que les extrémismes connaissent une croissance fulgurante avec leurs idéologies articulées autour du repli sur soi, les attaques répétées contre l’expression de l’histoire et des aspirations palestiniennes vont également bon train à travers le monde : en Allemagne, par exemple, où, pour la seconde année consécutive, la police de Berlin a préventivement interdit toute manifestation de commémorations de la Nakba. En même temps, des États et groupuscules autoritaires de tous bords s’allient dans des partenariats invraisemblables – comme les accords d’Abraham qui officialisent les coopérations économique, sécuritaire et culturelle entre des États arabes autoritaires et Israël. Dans ce contexte, l’existence d’une alliance des nations comme l’ONU s’avère, à mon sens, plus que jamais indispensable car elle permet d’imaginer des futurs pluriels.

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Les mots ne sont pas de simples vœux pieux : même s’ils ne changent pas le monde, ils nous aident à le comprendre davantage, à le penser et à susciter des acteurs qui le transforment pour le mieux. Nous, Palestiniens, avons pris l’habitude d’écrire, de développer nos théories, de fournir des arguments, d’être prudents et précis : pourtant, nous sommes rarement écoutés, et lorsque cela se produit, nos propos sont déformés, mal compris ou ignorés. C’est là notre défi et notre frustration.

Même en étant désillusionnés quant à l’impact des structures internationales, nous ne pouvons sous-estimer l’effet que ce genre d’événement peut avoir : non seulement sur les pays et les communautés, mais aussi sur nous, les Palestiniens. Une telle reconnaissance peut inaugurer une confiance renouvelée dans les instances qui nous ont déçus ; et surtout, elle nous rappelle qu’écrire, parler, échanger, approfondir nos réflexions est utile et trouve écho et résonance. Quand on a l’habitude de crier dans le vide, la moindre reconnaissance peut faire l’effet d’un séisme et chaque écho renouvelle notre espoir.

Écrivain et docteur en littérature comparée. Son premier roman, « Le palais des deux collines » (Elyzad), a reçu le Prix des cinq continents de la francophonie en 2021.

Le 15 mai courant, l’Organisation des Nations unies a commémoré, pour la première fois, le 75e anniversaire de la Nakba qui a marqué l’expulsion de plus de 700 000 Palestiniens de leurs terres. Cela représente un moment décisif pour la perception publique de la question palestinienne à l’échelle planétaireParadigme unifiéLa Nakba est l’événement fondateur des identités...
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On nous rebat les oreilles avec la naqba palestinienne, comme si le Liban n'a pas sa propre naqba qui continue depuis la guerre civile de 1975-1990, une guerre et une naqba provoquées en grande partie par ces hôtes palestiniens qui ont poussé  les Libanais à s'entretuer avec leurs provocations incessantes, et profité des divisions confessionnelles libanaises pour vouloir s'emparer du pays et en faire le bouc émissaire des frustrations et fanfaronnades arabes. Après des centaines de milliers de morts et des destructions massives, sans compter les multitudes de Libanais qui ont dû quitter le pays, le Liban et sa population continuent de subir les séquelles de cette guerre funeste, alors que pour les fedayyin palestiniens la route de Tel-Aviv passait par Beyrouth, encouragés hélas par des Libanais naifs qui ont fini par comprendre que ces Palestiniens les consideraient comme leurs sous-fifres et leurs paillassons, qu'ils s'en fichaient carrément de provoquer la totale destruction du Liban et de combattre l'ennemi jusqu'au dernier Libanais, et que les rodomontades arabes qui berçaient les illussions de ces Libanais pro-Palestiniens restaient lettre morte dès qu'il s'agissait d'en découdre avec l'ennemi sioniste...  Enfin, comme on dit chez les Amerloques et les Angliches: "With friends like these, who needs enemies" ou "Pas besoin d'avoir des ennemis avec des amis pareils..."

Jacques Saleh, PhD

22 h 14, le 20 mai 2023

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Commentaires (3)

  • On nous rebat les oreilles avec la naqba palestinienne, comme si le Liban n'a pas sa propre naqba qui continue depuis la guerre civile de 1975-1990, une guerre et une naqba provoquées en grande partie par ces hôtes palestiniens qui ont poussé  les Libanais à s'entretuer avec leurs provocations incessantes, et profité des divisions confessionnelles libanaises pour vouloir s'emparer du pays et en faire le bouc émissaire des frustrations et fanfaronnades arabes. Après des centaines de milliers de morts et des destructions massives, sans compter les multitudes de Libanais qui ont dû quitter le pays, le Liban et sa population continuent de subir les séquelles de cette guerre funeste, alors que pour les fedayyin palestiniens la route de Tel-Aviv passait par Beyrouth, encouragés hélas par des Libanais naifs qui ont fini par comprendre que ces Palestiniens les consideraient comme leurs sous-fifres et leurs paillassons, qu'ils s'en fichaient carrément de provoquer la totale destruction du Liban et de combattre l'ennemi jusqu'au dernier Libanais, et que les rodomontades arabes qui berçaient les illussions de ces Libanais pro-Palestiniens restaient lettre morte dès qu'il s'agissait d'en découdre avec l'ennemi sioniste...  Enfin, comme on dit chez les Amerloques et les Angliches: "With friends like these, who needs enemies" ou "Pas besoin d'avoir des ennemis avec des amis pareils..."

    Jacques Saleh, PhD

    22 h 14, le 20 mai 2023

  • Quand l'ONU reconnaîtra-t-elle la Nakba des Grecs d'Anatolie massacrés et chassés par les Ottomans dont c'est le centième anniversaire .Ils étaient là depuis 2500 ans

    Yves Gautron

    20 h 55, le 20 mai 2023

  • Les seuls pays qui peuvent faire pression sur Israël sont les pays arabes qui ont reconnu Israël

    Eleni Caridopoulou

    13 h 16, le 20 mai 2023

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