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Campus - TÉMOIGNAGES

Lorsque la cherté des prix du carburant prive certains étudiants de vivre leur vie comme ils l’entendent

Depuis plus d’un an, les jeunes Libanais subissent la crise économique sans se douter qu’un jour elle atteindrait un stade où elle leur ôterait l’essentiel : leur liberté et l’insouciance de leur jeunesse.

Lorsque la cherté des prix du carburant prive certains étudiants de vivre leur vie comme ils l’entendent

Laurein Hanna, étudiante en psychologie à l’Université libanaise. Photos DR

7 h du matin. Peter Akoury, les yeux bouffis par une nuit sans sommeil, enfourche sa mobylette, se dirige vers sa maison pour se doucher et rejoindre l’Université Antonine où il poursuit sa 1re année en éducation physique. L’étudiant travaille de 23h à 7h du matin comme gardien de nuit. Il a tout juste 18 ans et le regard fatigué des personnes que la vie n’a pas gâtées. À l’instar d’une grande majorité de jeunes du pays, il subit la violence d’une crise économique qui l’a privé de l’essentiel : sa soif de vivre et son envie de bâtir un avenir. « Petit, je rêvais du jour où j’aurai ma voiture pour vivre comme tous les jeunes de mon âge », raconte-t-il amèrement. « Au lieu de cela, je travaille tous les soirs pour un salaire de 5 millions de LL par mois qui me permettent tout juste de recharger mon portable pour étudier la nuit et aider mes parents à payer l’université. Je ne peux même pas m’offrir une petite sortie, tout est devenu tellement cher. »

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Comme Peter, Charbel Antoun jongle lui aussi entre ses études en science de l’informatique à l’Université arabe ouverte (AOU) et son travail de vendeur dans un centre commercial. Charbel a dû renoncer à un poste dans le domaine des technologies de l’information (IT) qui le passionnait, à cause du coût élevé des transports. « La moitié de mon salaire y passait », relève-t-il amèrement. « Lorsque j’ai voulu prendre les transports publics, cela a été une vraie catastrophe. Je n’arrivais jamais à l’heure, et je me faisais souvent rabrouer par mon patron. J’ai dû accepter un travail tout près de mon domicile pour économiser le prix de l’essence. »Tous deux jugent cette année encore plus dure que l’an dernier, avouant que s’ils parvenaient il y a encore un an à se payer beaucoup de sorties, cette année, ils en sont complètement privés. « L’essence est devenue aussi chère que les factures des restaurants », déplore également Habib Razak, en 2e année d’audiovisuel à l’Université al-Kafaat. « Beaucoup de mes amis n’utilisent plus leur voiture pour se rendre à l’université, la plupart font du covoiturage en se partageant le prix du carburant. Du jamais-vu au Liban », ajoute-t-il rageusement.

Peter Akoury, étudiant en éducation physique à l’Université Antonine.

Des tensions avec les parents

Outre les privations des sorties, cette crise économique a engendré de nouveaux problèmes liés à l’anxiété des parents et à leur angoisse de ne plus pouvoir subvenir aux besoins de leur famille. « L’ambiance de la maison a beaucoup changé », déplore Habib Razak. « Ma mère, qui était femme de ménage, ne travaille plus. Mon père trime et fait plusieurs petits boulots pour subvenir à nos besoins. Lorsque je le vois rentrer si fatigué le soir, j’ai honte de lui demander quoi que ce soit », poursuit-il. « D’ailleurs, il est tout le temps anxieux et énervé. Il reste des heures cloîtré dans un silence terrible. Tout cela nous rend terriblement nerveux ! » Laurein Hanna écoute silencieusement son ami d’enfance. Il y a beaucoup d’amertume dans sa voix, lorsqu’elle parle de la condition des jeunes aujourd’hui. « Nous vivons des lendemains incertains, avec des tensions qui minent notre quotidien, au sein même de nos familles, avoue l’étudiante en 2e année de psychologie à l’Université libanaise (UL). J’aurai voulu travailler pour me faire un peu d’argent de poche et payer mes sorties et mes caprices. Malheureusement, mes horaires à l’UL m’empêchent de le faire. » Alors Laurein se prive des moindres petits plaisirs, n’arrive plus à s’acheter des vêtements, reste les week-ends à la maison ou sort chez les voisins dans le quartier, « histoire de décompresser ». L’an dernier, ses cours en ligne la dispensaient de payer le prix de l’essence. Cette année, il lui faut trois millions par mois pour ses transports à l’université. « Plus chère que la scolarité elle-même », dit-elle, en colère. « Même les foyers en ville sont devenus hors de prix. Tout est affiché en dollars. »

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Comment explique-t-elle les restaurants bondés, alors que la crise économique mine le pays ? « Aucune idée », répond la jeune femme sans hésiter. « C’est la question que l’on se pose tous, sans pouvoir y répondre. » Charbel Antoun est convaincu que tous ces jeunes qui sortent et se retrouvent dans les restaurants sont ceux qui travaillent et touchent une partie de leur salaire en dollars frais. « La plupart dépensent leur salaire sur les sorties. C’est leur seul moyen de décompresser et d’oublier l’angoisse dans laquelle ils vivent. Ils savent qu’ils ne peuvent même plus envisager aujourd’hui de fonder un foyer. Et c’est cela qui est le plus terrible pour eux. »

Certains abandonnent leurs études, faute de pouvoir les payer

Outre les sorties, les études aussi font les frais de cette crise économique, les parents n’arrivant plus à assurer les frais d’inscription, désormais en dollars. Karim Hani a dû renoncer à poursuivre sa seconde année de master en gestion pour que ses parents puissent payer l’université de sa sœur qui entamait sa 1re année en sociologie à l’Université La Sagesse. « C’était ou elle ou moi », avoue-t-il doucement. Alors Karim a abandonné ses études, et travaille dans une entreprise libanaise qui paie ses employés en dollars frais. « Au moins je peux aider mes parents, en attendant des jours meilleurs », ajoute-t-il tristement. Fervent révolutionnaire qui critiquait les jeunes qui émigraient il y a encore un an, Karim ne rêve aujourd’hui que d’une chose : terminer son master, pour trouver du travail à l’extérieur et retrouver l’insouciance des jeunes de son âge.

7 h du matin. Peter Akoury, les yeux bouffis par une nuit sans sommeil, enfourche sa mobylette, se dirige vers sa maison pour se doucher et rejoindre l’Université Antonine où il poursuit sa 1re année en éducation physique. L’étudiant travaille de 23h à 7h du matin comme gardien de nuit. Il a tout juste 18 ans et le regard fatigué des personnes que la vie n’a pas gâtées. À...
commentaires (3)

Comment puis-je être solidaire ?

Eddy

11 h 29, le 14 avril 2023

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Commentaires (3)

  • Comment puis-je être solidaire ?

    Eddy

    11 h 29, le 14 avril 2023

  • NOUS AVONS DE NOTRE TEMPS TRAVAILLE AUSSI POUR ETUDIER. RIEN DE NOUVEAU. UN PEU PLUS DIFFICILE AUJOURD,HUI. MAIS, QU,IL FAUT DU CARBURANT POUR ETUDIER, CA... J,EN PASSE.

    LA LIBRE EXPRESSION

    13 h 54, le 13 avril 2023

  • ouf.....

    Marie Claude

    08 h 54, le 13 avril 2023

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