De gauche à droite, Albert Karam, Luca Rizk et Sherif Raphael. Photo Gérard el-Bitar
Plateforme événementielle à vocation artistique, Le Salon de Liza est né à l’initiative de trois amis d’enfance qui ont souhaité contribuer au développement de la scène artistique libanaise à leur façon, mais surtout redonner le goût de l'art aux jeunes de leur génération. Il s’agit d’Albert Karam, étudiant en architecture et Sherif Raphael, étudiant en illustration, les deux à l’ALBA, ainsi que de Luca Rizk, diplômé du Global BBA de l’Emlyon Business School à Paris, travaillant actuellement dans l’événementiel, en Arabie saoudite. Aujourd’hui âgés entre 22 et 23 ans, ils ont déjà à leur actif différents événements dont la musique constitue l’axe principal.
Tout en élargissant leur champ d’action, l’exposition d’œuvres artistiques qu’ils organisent à Liza Beirut s’inscrit dans la continuité de leur parcours. Elle réunira des plasticiens, des designers produits, des stylistes ou encore des DJs qui rythmeront les deux journées avec leurs sets, à volume soigneusement ajusté, favorisant les échanges. « On a toujours ce problème au Liban. Les gens, notamment les jeunes, sont découragés, ils ne s’intéressent pas vraiment à la vie culturelle, ils ne comprennent pas tout ce qui est proposé. Donc on a envie de donner une touche différente, d’offrir une expérience, celle de visiter l’exposition, de découvrir les œuvres des artistes et en même temps passer un moment agréable et écouter de la musique », souligne Albert Karam.
Et l’expérience n’en finit pas là. Les jeunes organisateurs misent sur l’interactivité et ont pensé la scénographie en conséquence. Ainsi, dans la salle principale de l’événement, les visiteurs évolueront autour d’une table centrale, conçue par un designer produit, où seront installés les sets de DJ. Ils pourront également s’y poser, participer à des jeux de société et engager la conversation. « On remarque que dans les boîtes de nuit au Liban, la musique est trop forte. Les gens ne peuvent pas parler. On n'a pas d'endroit qui favorise les rencontres », note Albert Karam. « Inclure dans cet espace social différentes catégories d'art et d'activités va encourager les communautés à se rencontrer, ce qui n’existe pas dans notre pays, malheureusement ».
Une expérience singulière, à la croisée de l’art, du festif et du social
Par ailleurs, travaillant de pair avec les curatrices d’art Tara Rahmeh et Maria Mokbel, Le Salon a choisi le processus comme thématique de l’exposition. Ainsi les 17 artistes multidisciplinaires exposés, qu’ils soient confirmés ou émergents, présenteront leurs croquis, leurs essais, leurs outils et expliqueront les étapes de leur travail. Pour Albert Karam, le but est que le visiteur apprécie la valeur d’une œuvre et du cheminement qui a mené à sa réalisation, la présence des artistes favorisant une meilleure compréhension de leur travail. « Ce que l'on souhaite, c'est apprendre avec les gens qui viennent à nos événements. Nous sommes encore jeunes et c'est un milieu qui nous intéresse. En même temps, on se dit que combiner un événement et une soirée pourrait attirer les jeunes. Ce sera une occasion de s'amuser en apprenant », affirme Luca Rizk.
Pour Le Salon, l’objectif ultime est d’ailleurs « d’apprendre et d’aider », comme l’affirme Albert Karam. Aider les artistes émergents à atteindre une plus grande visibilité et encourager les jeunes à découvrir d’autres univers. « Au final c'est de la culture, un moyen d'apprendre comme toute autre chose », note-t-il. Quant à Luca Rizk, décrivant la routine des étudiants libanais, entre les soirées le weekend et l’université en milieu de semaine, il présente les événements organisés par Le Salon comme une alternative. « Comme il n’existe pas de grande diversité d’activités au Liban, nous souhaitons offrir un juste milieu. Celui de permettre de découvrir un événement et en même temps de profiter d’une soirée où le volume n'est pas trop élevé, où l’on peut quand même avoir de belles conversations, rencontrer des gens et apprendre davantage sur l'art. Nous pensons que c'est un cadre idéal pour satisfaire ces jeunes et répondre à leurs attentes, tout en leur proposant une expérience différente qui va leur ouvrir les yeux sur d’autres horizons », explique Luca Rizk. Pour Albert Karam, il ne s’agit pas tant de la quantité ou de l’ampleur des événements proposés sur la scène libanaise que d’expériences qui sortent du commun. « C’est un peu comme quelqu’un qui pense qu’un chocolat est le meilleur qu’il ait goûté, jusqu’au jour où il en découvre un autre. C’est cette idée que nous voulons transmettre. Beaucoup pensent vivre quelque chose d’exceptionnel simplement parce qu’ils n’ont pas eu l’occasion de découvrir autre chose. Nous voulons donc encourager les jeunes à explorer des pistes qui leur sont inconnues, à oser de nouvelles expériences », assure Albert Karam.
Pour les jeunes initiateurs du Salon, mélanger ces deux univers, culturel et festif, représentait un pari, et ce dès le départ. Un pari qu’ils affirment avoir jusqu’à présent réussi. Leur ambition, persévérer dans la création d’expériences alternatives et, à l’avenir, acquérir suffisamment de crédibilité pour aider les jeunes artistes à se lancer, leur redonner espoir et les soutenir dans la production de leurs œuvres grâce à des partenariats ou des investissements, dans un contexte où ce type d’accompagnement reste assez limité au Liban.


Merci a vous trois!!
07 h 46, le 29 mai 2026