Le clin d'œil Humeur

Buffet avant/après

Buffet avant/après

D.R.

Il fut un temps où conviés à un dîner beyrouthin somptueux, avec buffet alignant toutes sortes de mets raffinés et de plats « créatifs » en provenance des diverses cultures du monde, les invités se faisaient longuement prier pour passer à table. Avec force manières et minauderies, ils se la jouaient grandiose ou alors « au régime perpétuel ». Et la pauvre maîtresse de maison de se tordre les mains d’angoisse : ça y est, le filet de bœuf serait trop cuit et son poulet à la basquaise trop froid. Et si sa célèbre mayonnaise-maison tournait à l’aigre ? Elle devait alors ruser, supplier, menacer de se fâcher pour que ces Messieurs-Dames consentent enfin à s’approcher, quelque peu méfiants et à petits pas, d’une table surchargée, dressée avec un grand luxe de détails.

Là, un maître d’hôtel stylé leur tendait avec componction une assiette dorée du beau « service » que toute maison libanaise honorable se devait de posséder. Avec la gravité affectée d’un officiant à une grand-messe solennelle, il leur murmurait alors les noms des divers plats, les encourageant d’un sourire suave à y goûter. Comme effarouchées, les invitées y consentaient parfois, assurant que « c’était seulement pour faire plaisir à la maîtresse de maison qui s’était tellement fatiguée à cuisiner » et qu’elles reprendraient leur régime le lendemain.

Cet heureux temps de bombance étant révolu, vous vous retrouvez, vous ne savez pas trop comment, dans une grande salle lugubre à un docte congrès scientifique portant sur le sujet abscons du « Rôle des transmetteurs neurologiques sur les neurones postsynaptiques en pédopsychiatrie ». Vous êtes de prime abord agréablement surprise par le nombre impressionnant de personnes qui assistent à ce noble événement. Vous êtes enchantée. Ah ! Ah ! vous dites-vous, la culture au Liban n’est pas morte et il y a encore, malgré tout, des gens qui s’intéressent à des thèmes sérieux.

Vous devez déchanter. Au fond, à gauche, il y a un buffet. Certes, bien moins riche qu’autrefois et contenant plus de pain que de caviar, mais un buffet quand même. Tout s’explique.

Hélas !

Il fut un temps où conviés à un dîner beyrouthin somptueux, avec buffet alignant toutes sortes de mets raffinés et de plats « créatifs » en provenance des diverses cultures du monde, les invités se faisaient longuement prier pour passer à table. Avec force manières et minauderies, ils se la jouaient grandiose ou alors « au régime perpétuel ». Et la pauvre maîtresse de...
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