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Société - Éducation

La grève des enseignants du public entrave aussi la rentrée des petits réfugiés syriens

Parmi les revendications, une compensation financière mensuelle versée en dollars frais, la hausse des frais de transport et la révision du statut des contractuels.

La grève des enseignants du public entrave aussi la rentrée des petits réfugiés syriens

« Grève », est-il écrit sur un écriteau fixé à la grille d’un établissement public. Photo Mountasser Abdallah

C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase : cette compensation financière de 5 dollars par journée ouvrée, accordée aux enseignants du public en ce début de deuxième trimestre par le ministre de l’Éducation Abbas Halabi. Comme si leur travail ne valait que 5 dollars par jour. Leur colère a explosé en rangs dispersés, lundi, premier jour de classe, après les vacances de Noël et de fin d’année. Ils ont décrété la grève pour une semaine, et même davantage si leurs revendications ne sont pas satisfaites. Les enseignants du secteur public sont en grève depuis hier mardi et jusqu’à la fin de semaine. Ils protestent contre la dévalorisation de leurs salaires, sur fond d’effondrement record et continu de la livre libanaise depuis septembre 2019, mais aussi contre les promesses vaines des autorités. Ils réclament notamment une révision réaliste de leurs conditions salariales, assortie d’une aide mensuelle en devises étrangères versée en espèces pour leur permettre de tenir, le temps que la crise passe. Sans oublier une meilleure couverture des soins de santé, une hausse des indemnités de transport et la révision du statut des contractuels et intermittents.

Au Liban-Sud, des enseignants de l’école publique déterminés à poursuivre la grève. Photo Mountasser Abdallah

Entre six et onze millions de LL

Car si leurs salaires ont bien été réajustés depuis le début de la crise libanaise et qu’ils sont désormais multipliés par trois, ils continuent de souffrir de la dévaluation, face à la chute irrémédiable de la monnaie nationale. « Depuis les réajustements consentis, le salaire d’un enseignant du secondaire dans le secteur public varie entre six et onze millions de LL, précise à ce titre Moulouk Mehrez, présidente démissionnaire du syndicat des enseignants du secondaire de l’école publique. Avec un dollar à 46 000 LL et sans un complément en devises fraîches, c’est loin d’être suffisant pour vivre décemment. »

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La fronde des enseignants a poussé le ministre Halabi à rétropédaler et annuler l’aide journalière de 5 dollars, tout en se confondant en excuses de les avoir involontairement vexés. Il les a même conviés au dialogue, pour tenter de trouver une sortie de crise. Ce qui n’a fait qu’attiser leur colère, justifiée par les promesses parfois contradictoires du ministre. « En début d’année scolaire, il avait promis une compensation de 130 dollars par mois alors même que l’année dernière, il n’a pas réussi à tenir sa promesse de verser 90 dollars aux enseignants et plus particulièrement aux contractuels. Pire encore, en ce début de trimestre, il opère un net recul, proposant 5 dollars par jour de travail », gronde Nisrine Chahine, présidente du syndicat des enseignants contractuels et intermittents.

Nous n’avons pas réussi à joindre le ministre de l’Éducation. « Pour montrer aux enseignants sa bonne volonté et son souci de trouver une issue à leur difficile situation, Abbas Halabi les a invités à participer à une rencontre mardi avec le Premier ministre Nagib Mikati, initialement consacrée à écouter les revendications du président du syndicat des enseignants de l’école privé, Nehmé Mahfoud », révèle néanmoins une source informée sous le couvert de l’anonymat. Une invitation que les syndicalistes du public ont déclinée, tout en rappelant leurs revendications et leur ras-le-bol des promesses vaines. « Les syndicats éducatifs officiels s’excusent de ne pas assister à la rencontre avec le Premier ministre, après nombre de visites et de promesses vaines de sa part. Nous appelons donc M. Mikati à trouver des solutions rapides pour permettre aux enseignants de retourner à l’école », a ainsi publié le président du syndicat de l’enseignement primaire, Hussein Jawad, contacté par L’OLJ. Il appelle en revanche à un sit-in mercredi, à 11 heures, devant le ministère de l’Éducation.

Les dissensions au sein des syndicats

Le blocage est aujourd’hui total. Au-delà de ce dialogue difficile entre le ministre de l’Éducation et les enseignants du public, résident toute une série d’obstacles liés à la crise libanaise, à la déliquescence d’un État en faillite, aux promesses non tenues de la classe politique aux travailleurs, à la confiance érodée entre les autorités et la communauté internationale pour cause de mauvaise gouvernance, et enfin au malaise qui se dessine au sein même des syndicats traditionnels, poussant nombre d’enseignants syndiqués à se soulever contre leurs dirigeants. Ces derniers, souvent proches des partis politiques traditionnels, tentaient de ramener les grévistes à la raison et aux bancs de l’école. « J’ai démissionné de la présidence du syndicat, nous révèle Moulouk Mehrez. Non seulement j’ai été attaquée, mais insultée et humiliée. » Deux autres syndicats d’enseignants de l’école publique ont été également secoués par des démissions. « Les syndicats traditionnels sont proches de partis au pouvoir. Leurs représentants tentaient de convaincre les enseignants mécontents, par la menace parfois, de reprendre les cours normalement, sans même avoir lutté pour leurs droits, accuse Nisrine Chahine. Résultat, ces enseignants se sont rebellés contre les chefs de syndicat. Ils ont aussitôt rejoint les grévistes. Leurs chefs n’ont eu d’autre choix que de lancer un ordre de grève. »

Pour mémoire

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C’est dans ce cadre qu’est tombée la décision du ministre de l’Éducation d’interrompre les classes de l’après-midi réservées aux élèves réfugiés syriens, tant que les élèves libanais n’ont pas accès aux salles de classe. « Le ministre Halabi fait de son mieux, indique la source précitée. Car les caisses de l’État sont vides. Et la communauté internationale refuse de soutenir les autorités libanaises en l’absence des réformes attendues par le Fonds monétaire international. Cette mesure est le seul moyen d’encourager la communauté internationale à se mobiliser pour les élèves du secteur public qui n’ont jusque-là bénéficié que de deux mois d’enseignement. »

C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase : cette compensation financière de 5 dollars par journée ouvrée, accordée aux enseignants du public en ce début de deuxième trimestre par le ministre de l’Éducation Abbas Halabi. Comme si leur travail ne valait que 5 dollars par jour. Leur colère a explosé en rangs dispersés, lundi, premier jour de classe, après les vacances...
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