Le 14 octobre dernier, les militants écologistes du mouvement Just Stop Oil jetaient de la soupe à la tomate sur le tableau Les Tournesols de van Gogh, exposé à la National Gallery de Londres. Le 23 octobre, au musée Barberini de Potsdam, c’était au tour du tableau Les Meules de Claude Monet de se voir asperger de purée par des activistes. Dans les deux cas, le sens donné à ces actions est globalement identique. Il s’agit, selon les propos des militants, de dénoncer pêle-mêle l’inflation, la crise énergétique et le dérèglement climatique.
Ces problèmes sont réels et nécessitent des solutions rapides. Cependant, la protestation est confuse. Les militants de Just Stop Oil nous interpellent par cette formule pénétrante : « Qu’est-ce qui a le plus de valeur, l’art ou la vie ? » On déduira de leur questionnement qu’ils dissocient curieusement l’art et la vie, ce qui interroge sur leur conception du monde. Le ressort de leur action est compréhensible : provoquer un choc et une prise de conscience en s’attaquant à des œuvres majeures du patrimoine artistique mondial. Cependant, il semble extrêmement périlleux de vouloir voir dans l’art autre chose que l’élan vital le plus noble et le plus nécessaire. En dehors de cette définition, on en serait réduit à le qualifier d’objet politique de propagande, en général au service de régimes fort peu aimables, ou de simple objet de spéculation, ce qui est d’ailleurs le cas pour une assez large part de l’art contemporain. Ici, l’art est rabaissé au rang d’otage d’un discours militant. Sauvera-t-on la banquise à coup de sauce tomate ? Rien n’est moins sûr. Et si la cause environnementale, car il semblerait que cela soit tout de même la question centrale, assume la dégradation d’œuvres d’art, de qui cherche-t-on exactement l’adhésion ? L’avenir est une cause trop importante pour qu’elle soit prise en otage par des vandales, même si les œuvres sont protégées par des vitres et que la dégradation est surtout symbolique.
On sait depuis longtemps que l’enfer est pavé de bonnes intentions, mais l’on apprécierait que les musées ne se pavent pas de sauce au pesto. Au fond, l’écologie n’a aucun sens déconnectée d’une aspiration globale à un monde plus beau, car ce qui est juste se doit aussi d’être beau. Il existe une éthique de l’esthétique, ce qu’on nommait dans la Grèce antique « kalos kagathos ». L’harmonie légitimement réclamée des sociétés humaines avec la Terre qui les porte et les nourrit serait indigente sans une aspiration à la beauté dont l’art est le vecteur matériel évident. Opposer l’une à l’autre relève d’une dualité conceptuelle stérile. Se tromper de question est pire qu’une mauvaise réponse. L’art et la vie ne sont pas opposables. Ne parle-t-on pas de l’art de vivre ? Comment imaginer un art de vivre qui ne serait pas consubstantiel à l’amour de l’art ?
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Qui les payent ? Qui est derrière cette dégradation ?
17 h 12, le 08 novembre 2022