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Idées - Changement climatique

Une COP27 pour les pays en développement ?

Une COP27 pour les pays en développement ?

Photo d’illustration : une centrale électrique au Caire alimentée au gaz. Archives AFP

Cette année, la conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP27), qui débutera dimanche en Égypte, va se tenir dans un contexte où le réchauffement de la planète progresse à un rythme beaucoup plus rapide que prévu, avec les conséquences cataclysmiques ptentielles qui en découlent.

Cette édition est notamment présentée comme une COP africaine en raison de sa localisation, et de l’espoir qu’elle donnera aux pays africains et à leur agenda une chance d’occuper le devant de la scène. Pour autant, les bouleversements actuellement en œuvre sur la scène mondiale – des effets de la pandémie de Covid-19 aux bouleversements géopolitiques en cours, en passant par la flambée des prix des denrées alimentaires à la crise énergétique – complètent cette toile de fond. Dans ce contexte, les décideurs politiques s’efforcent de comprendre l’interconnexion entre le changement climatique, la sécurité énergétique et la géopolitique afin de forger une stratégie mondiale commune en matière climatique.

La COP27 est d’une importance capitale car le monde est toujours à la traîne pour ce qui est de limiter l’augmentation de la température globale à des niveaux qui permettraient d’éviter des points de bascule climatiques en cascade. Par exemple, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a prévenu que les émissions mondiales de gaz à effet de serre devaient commencer à diminuer immédiatement dans tous ses scénarios. Il a également lancé un avertissement sévère : sans une réduction « immédiate et importante » des émissions dans tous les secteurs, il sera pratiquement impossible de limiter l’augmentation moyenne de la température mondiale à 1,5° C au-dessus des niveaux préindustriels – alors que la somme des contributions nationales actuelles devrait conduire à une hausse de la température moyenne mondiale comprise entre 2,4 et 2,7C d’ici à la fin du siècle.

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Malgré cette évaluation pessimiste, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a prévu que les émissions mondiales de carbone provenant de l’énergie atteindraient probablement un pic en 2025. Car le bellicisme de la Russie et les bouleversements qui en résultent ont accéléré la transition énergétique. Les États commencent ainsi à envisager la décarbonation de leurs économies comme un levier pour promouvoir l’indépendance énergétique et réduire l’instrumentalisation géopolitique des hydrocarbures par certains pays producteurs. Si la dimension sécuritaire ne sera probablement pas un thème majeur des négociations, elle sera donc sans aucun doute présente à l’esprit de nombreux délégués présents.

Outre cet enjeu sécuritaire externe, le changement climatique peut exacerber les problèmes sociopolitiques, induisant une instabilité économique et politique (que l’on songe aux effets du changement climatique sur la dynamique du printemps arabe), précipitant les migrations massives et le terrorisme dans les pays vulnérables au climat.

Pertes et dommages

Les pays d’Afrique et du Moyen-Orient ont une foule de préoccupations auxquelles ils espèrent que la COP27 répondra de manière adéquate. En un sens, les gouvernements africains, situés sur le continent peut-être le plus vulnérable au changement climatique, veulent sentir que leur voix est entendue. Leurs représentants mettront en avant la question majeure de la responsabilité historique dans ses trois dimensions : le financement du climat, la compensation des pertes et dommages, et le développement du secteur énergétique.

Les pays en développement (PED) insistent sur le fait que l’Occident doit reconnaître pleinement son rôle historique dans la hausse brutale des températures mondiales – il serait responsable de 92 % de l’excès d’émissions mondiales de carbone depuis la révolution industrielle, selon certaines études – et s’engager à réduire davantage ses émissions. Pour les PED, les pays occidentaux ont non seulement des moyens financiers plus importants pour investir dans leur transition énergétique, mais ils devraient également aider les PED les plus à risque dans leurs efforts d’atténuation et d’adaptation, et les indemniser pour les pertes et dommages permanents résultant du changement climatique. Ils font également valoir que les promesses de financement du climat faites lors de la COP15, qui s’est tenue en 2009 à Copenhague – qui visaient à porter l’aide en matière climatique à 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 –, n’ont pas été tenues. Et que si les pays développés sont sérieux quant aux objectifs mondiaux de décarbonation, ils aideront les pays en développement à transformer leurs modèles industriels, manufacturiers et de consommation.

Ce principe de « pertes et dommages » devrait devenir une question litigieuse, car il est très difficile de quantifier précisément le coût du changement climatique sur les écosystèmes, les économies nationales et le patrimoine culturel. Les États-Unis et l’Union européenne (UE) – soit les plus grands émetteurs historiques – craignent par exemple que la reconnaissance juridique des pertes et dommages ne les expose à un tsunami de poursuites perpétuelles de la part des pays vulnérables au climat et d’acteurs nationaux – ce qui pourrait se traduire par une facture pouvant potentiellement dépasser les 1 000 milliards de dollars par an d’ici à 2050. Face à ce risque, ils avancent que les cadres actuels – tels que le fonds de financement climatique de 100 milliards de dollars promis précédemment et les subventions humanitaires – seraient plus qu’adaptés pour compenser les pertes et dommages – quitte à prévoir des programmes d’aide supplémentaires pour d’autre dommages éventuels liés au changement climatique.

Mais les PED trouvent deux problèmes à cette proposition : d’une part, une grande partie du financement actuel du climat est fournie par des prêts, et non par des subventions ; d’autre part, ce financement est principalement canalisé vers l’atténuation des effets du changement, et non leurs efforts d’adaptation en la matière, une préoccupation bien plus importante pour eux. Parmi les alternatives susceptibles d’être présentées au cours des négociations, figure une taxe exceptionnelle sur les bénéfices excessifs des compagnies pétrolières et gazières qui pourrait être collectée et placée dans un fonds mondial ad hoc. L’annulation de la dette des PED est également considérée comme un moyen de réduire la charge financière de l’adaptation au changement climatique et de ses effets. En outre, un cadre mondial de tarification du carbone pourrait également soutenir un fonds mondial dédié.

« Impérialisme climatique »

En outre, les pays africains et du Moyen-Orient riches en gaz sont prêts à présenter le gaz naturel comme la « solution miracle » au changement climatique et à la sécurité énergétique. Une vision qui rejoint le changement de pied de l’UE lorsqu’elle a reconnu le gaz naturel comme énergie de transition en février 2022. Cette évolution, renforcée par la volonté de découpler l’Europe de l’approvisionnement russe, a été dénoncée par ceux qui considèrent que cela ne fera qu’ancrer davantage le modèle de consommation d’hydrocarbures.

De son côté, l’Union africaine compte, dans une rare unanimité, avancer de son côté une position commune à la COP27 qui proclame que les hydrocarbures sont essentiels pour la croissance économique du continent et la réduction de la pauvreté énergétique. De nombreux responsables africains perçoivent la préoccupation mondiale dominante concernant la sécurité énergétique européenne et l’accent mis sur le développement des nouvelles énergies renouvelables, considéré comme la panacée pour l’Afrique, comme une forme d’« impérialisme climatique » qui fait fi de leurs doutes quant aux prescriptions occidentales en matière de développement économique africain.

Outre les différends environnementaux, les détracteurs de cette position soulignent que l’exploitation des hydrocarbures n’a pas, dans l’ensemble, favorisé un développement économique à grande échelle dans toute l’Afrique, pas plus qu’elle n’a réduit de manière substantielle la pauvreté généralisée. Au contraire, des autocrates corrompus ont souvent abusé de la richesse en hydrocarbures du continent pour consolider leur fortune personnelle. Par exemple, le Nigeria, membre de longue date de l’OPEP, affiche l’un des déficits d’accès à l’énergie par habitant les plus importants au monde.

Les solutions tangibles et pratiques aux problèmes interdépendants du financement de la transition, de la compensation des pertes et dommages, et des voies de croissance économique durable ne s’excluent pas mutuellement. Si elles sont examinées attentivement, elles offrent aux décideurs mondiaux la possibilité d’aplanir leurs divergences en ce moment extrêmement critique.

Ce texte est une traduction synthétique d’un article publié en anglais et en arabe sur Diwan, le blog du Malcolm H. Kerr Carnegie MEC.

Par Justin DARGIN

Chercheur invité au programme Moyen-Orient du Carnegie Endowment for International Peace.

Cette année, la conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP27), qui débutera dimanche en Égypte, va se tenir dans un contexte où le réchauffement de la planète progresse à un rythme beaucoup plus rapide que prévu, avec les conséquences cataclysmiques ptentielles qui en découlent. Cette édition est notamment présentée comme une COP africaine en raison de sa...
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