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Moyen-Orient - Entretien Express

En Irak, « l’impasse politique est loin d’être terminée »

Hayder al-Shakeri, chercheur associé au programme Moyen-Orient et Afrique du Nord de Chatham House, répond aux questions de « L’Orient-Le Jour » suite à l’élection d’un nouveau président.

En Irak, « l’impasse politique est loin d’être terminée »

Photo publiée par le Parlement irakien, le 12 octobre, du nouveau président élu le lendemain Abdel Latif Rachid lors d’une session parlementaire. Photo AFP

Après plus d’un an de profonde crise politique depuis les élections législatives anticipées d’octobre 2021, les députés irakiens ont élu, jeudi 13 octobre, un nouveau chef d’État. Le nouveau président, Abdel Latif Rachid, a dans la foulée chargé Mohammad Chia al-Soudani, candidat du Cadre de coordination chiite, de former un gouvernement dans les 30 jours. Soutenu par Téhéran, ce groupe parlementaire domine l’Assemblée depuis la démission des députés sadristes en juin dernier, signe de la lutte d’influence entre les deux groupes chiites.

Après trois échecs depuis les dernières législatives d’il y a un an, l’élection d’un nouveau président est présentée par la presse internationale comme une étape décisive permettant de mettre fin à la paralysie institutionnelle dans laquelle est plongé l’Irak. Mais le risque que l’impasse se prolonge est toujours présent. En juillet dernier, l’annonce par le nouveau Premier ministre de sa candidature au poste avait fait monter d’un cran la tension entre les forces pro-Téhéran et le clerc chiite Moqtada Sadr. Tandis que ses partisans avaient pris d’assaut la zone Verte de Bagdad, notamment le palais présidentiel, de violents affrontements contre l’armée et une unité de la coalition paramilitaire d’al-Hachd ach-chaabi (liée à l’Iran) avaient causé la mort de dizaines de partisans sadristes et fait des centaines de blessés. Arrivé en tête du scrutin législatif d’octobre 2021, Moqtada Sadr, incapable de former un gouvernement, avait annoncé en août dernier son retrait définitif de la vie politique. Mais il n’est pas exclu que le puissant clerc, adepte des volte-face, ne réagisse dans les prochains jours. Hayder al-Shakeri, chercheur associé au programme Moyen-Orient et Afrique du Nord de Chatham House, répond aux questions de L’Orient-Le Jour.

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Quel est le profil du nouveau président de la République irakienne ? Et du Premier ministre qu’il a nommé ?

Le président nouvellement élu Abdel Latif Rachid, et le Premier ministre désigné Mohammed Chia al-Soudani font tous deux partie de la même élite politique irakienne contre laquelle les gens ont protesté en 2019. Tous deux ont servi dans des partis établis de longue date, à savoir l’Union patriotique du Kurdistan et le parti islamique Dawa. Soudani fait partie de l’establishment depuis des années ; il est lentement passé du poste de maire de sa ville à de nombreux postes ministériels. Pour améliorer ses perspectives, il a quitté le parti Dawa en 2019, lorsque son nom a été initialement mentionné comme candidat potentiel au poste de Premier ministre. Cependant, de nombreuses personnes l’ont rejeté en 2019 et continuent de le faire maintenant en raison de ses relations étroites avec l’élite politique malgré sa démission du parti Dawa.

Est-il assuré que Soudani parvienne à former un gouvernement dans les 30 jours ?

L’impasse politique est loin d’être terminée. Ce que nous avons actuellement est une configuration similaire aux anciens cycles de formation du gouvernement moins la présence des sadristes. L’absence des sadristes au Parlement et les tentatives de les écarter du gouvernement pourraient provoquer le chaos dans les rues en termes de protestations, de perturbations ou de violence. De plus, les revendications des manifestations de 2019 n’ont pas été satisfaites. En fait, la situation est revenue à ce qu’elle était avant 2019. Par conséquent, nous pourrions assister à davantage de désillusion et de frustration de la part des citoyens irakiens normaux, car la corruption sanctionnée politiquement se poursuit.

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Quels sont les défis pour le nouveau gouvernement irakien si Soudani parvient à le former ?

Le Premier ministre sortant Moustapha Kazimi a déclaré il y a quelque temps qu’un gouvernement sans les sadristes serait confronté à d’énormes défis, et il a raison. Moqtada Sadr a retiré ses 73 députés du Parlement, mais les sadristes contrôlent toujours les principaux ministères et les postes à responsabilité au sein du gouvernement. S’ils sont manipulés, les sadristes pourront faire entendre leurs voix par d’autres moyens, notamment par des protestations, des perturbations ou des violences.

Au vu de cette dernière séquence, il semble que Nouri Maliki (à la tête de la Coalition pour l’État de droit) ait gagné une manche personnelle contre Sadr, son ennemi juré, qui semblait pourtant avoir tout fait pour le marginaliser. Comment l’expliquez-vous? Quelles cartes Sadr détient-il aujourd’hui ?

La rivalité actuelle entre Moqtada Sadr et certaines parties du Cadre de coordination chiite (à savoir Nouri Maliki et Qaïs al-Khazali) est en cours. Sadr espérait que certains de ses alliés au sein du Parlement le rejoindraient puis il espérait que davantage de manifestants se joignent aux protestations organisées par ses partisans. Cependant, ces événements ne se sont pas produits, ce qui laisse la possibilité de former un gouvernement sans les sadristes.

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Le spectre de la guerre civile intrachiite, tant évoquée ces dernières années, est-il plus ou moins canalisé ?

Une guerre civile intrachiite est peu probable car elle n’est dans l’intérêt de personne. Sadr a toujours des positions importantes de grades spéciaux dans la fonction publique, en plus de son pouvoir au sein de la rue qui pourrait lui permettre de perturber le processus politique ou la vie ordinaire des citoyens.

Quels sont les enjeux de cette dernière séquence pour Téhéran, rejetée par une grande partie de la population irakienne et largement contestée à domicile ?

Récemment, l’engagement de Téhéran dans les affaires intérieures de l’Irak a diminué pour un certain nombre de raisons. Néanmoins, un gouvernement dirigé par le Cadre de coordination chiite favorisera les intérêts de l’Iran, et renforcera les relations formelles et informelles du pays. Les sadristes, qui se sont positionnés comme une influence anti-iranienne en Irak, pourraient s’en servir pour faire pression sur le Cadre de coordination dans un avenir proche.

Après plus d’un an de profonde crise politique depuis les élections législatives anticipées d’octobre 2021, les députés irakiens ont élu, jeudi 13 octobre, un nouveau chef d’État. Le nouveau président, Abdel Latif Rachid, a dans la foulée chargé Mohammad Chia al-Soudani, candidat du Cadre de coordination chiite, de former un gouvernement dans les 30 jours. Soutenu par Téhéran, ce groupe parlementaire domine l’Assemblée depuis la démission des députés sadristes en juin dernier, signe de la lutte d’influence entre les deux groupes chiites.Après trois échecs depuis les dernières législatives d’il y a un an, l’élection d’un nouveau président est présentée par la presse internationale comme une étape décisive permettant de mettre fin à la paralysie institutionnelle dans laquelle est plongé...
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