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Économie - Crise

Les banques ferment à nouveau leurs agences en solidarité avec BankMed

Certaines banques ont décidé de ne pas changer de mode opératoire et de continuer à recevoir tous leurs clients sur rendez-vous.

Les banques ferment à nouveau leurs agences en solidarité avec BankMed

Une agence de BankMed à Sinn el-Fil (Beyrouth). Photo P.H.B.

Et c’est reparti pour un tour. Alors qu’elles avaient recommencé à accueillir tous leurs clients sur rendez-vous depuis la dernière semaine de septembre, les banques ont à nouveau fermé leurs agences hier et n’assureront qu’un service réduit à sa plus simple expression et pour une durée indéterminée, dans un contexte de crise toujours plus prononcé.

Aucun communiqué formel de l’Association des banques du Liban n’a cependant été publié dans la journée d’hier et son service de presse est resté muet. Il reste que la décision, confirmée par deux cadres bancaires ne souhaitant pas dévoiler leur identité, compte tenu du climat tendu, ainsi que par la Fédération des syndicats d’employés de banque que L’Orient-Le Jour a contactée, a bien été prise jeudi soir à l’issue de discussions entre les membres de l’ABL, suite auxquelles un communiqué aussi succinct qu’informel a été diffusé.

L'édito de Issa GORAIEB

(Ch)armes de destruction

Selon le président de la Fédération des employés de banque Georges el-Hajj, la décision a bien été prise « tard » et « en signe de solidarité avec BankMed », dont l’une des agences située à Nabatiyé (Liban-Sud) a été le théâtre d’une prise d’otages plusieurs heures durant par un déposant tentant d’obtenir la restitution de 150 000 dollars de dépôt. Des montants bloqués par les restrictions bancaires imposées depuis le début de la crise en 2019, mais sans être autorisées par une loi de contrôle des capitaux.

Seconde vague

Âgé de 55 ans et armé, l’homme avait menacé de se suicider s’il n’obtenait pas gain de cause. Les négociations se sont achevées dans la soirée. « BankMed avait initialement décidé dès l’après-midi de fermer son agence de Nabatiyé jusqu’à nouvel ordre et de donner congé à ses employé vendredi. Ce n’est qu’ensuite que les autre enseignes ont décidé de suivre le mouvement. L’ABL a prévenu un des syndicats qui composent la fédération après 22h », relate encore Georges el-Hajj. « Aucune décision concernant la durée de cette nouvelle grève n’a été prise », assure-t-il.

Récit

La banque, le braqueur et le déposant

Dans son bref communiqué de jeudi soir, l’ABL n’a pas donné plus de précision, se contentant d’annoncer la fermeture des agences sur tout le territoire suite aux « attaques » en série menées par des déposants voulant retirer leurs propres économies. Ces initiatives sont soutenues par plusieurs associations de déposants, qui assistent les auteurs des faits sur le plan judiciaire.

Face à cette vague – la seconde en quelques semaines –, les banques se contenteront « pour le moment d’assurer leurs services via les distributeurs automatiques (ATM) pour les particuliers et via le service clientèle pour les entreprises », a écrit l’ABL. En résumé : le même système que celui qui avait été mis en place après la première vague de 7 attaques entre les 14 et 16 septembre dernier, dont celle désormais emblématique de Sali Hafez, qui a été libérée cette semaine. Les banques avaient ensuite légèrement assoupli les conditions d’accueil la semaine du 27 septembre avant la volte-face d’hier soir.

Une nouvelle phase

Selon une des deux sources interrogées, ce nouveau repli sur soi devrait durer au-delà de lundi, jour férié en raison de la fête de la Naissance du Prophète, voire se prolonger jusqu’à la fin du mois. « La période de versement des salaires, notamment des fonctionnaires, est passée », a justifié le cadre précité. « Comme il y a deux semaines, certaines banques vont ouvrir un nombre très limité d’agences pour centraliser au maximum leurs opérations, tandis que d’autres feront tout depuis leur siège social. Les services client seront actifs pour répondre aux requêtes qui ne peuvent pas être exécutées via les ATM », a détaillé l’autre cadre interrogé. « Cela durera sans doute tant qu’il n’y aura pas de changement au niveau des réformes à lancer pour mettre fin à la spirale de la crise », ajoute-t-il.Toutes les banques ne partagent cependant pas ce point de vue. Un troisième cadre de banque a par exemple assuré que son établissement n’allait pas changer de mode opératoire et continuera de recevoir tous ses clients sur rendez-vous.

Lire aussi

Le coup de force de Cynthia Zarazir ne fait pas l’unanimité

« Les alliés objectifs des banques ne sont ni du côté du gouvernement ni de celui de la banque centrale. Les alliés des banques sont les déposants, et fermer les agences ne fera que les rendre encore plus furieux », a déclaré ce cadre avant d’ajouter : « La clef pour sortir de la crise est à la banque centrale, qui dispose encore de suffisamment de devises pour relancer une économie qui n’a pas besoin d’un grande quantité pour repartir si la confiance est rétablie à travers l’adoption de quelques réformes simples, comme le contrôle des capitaux. » Enfin, la Banque du Liban ne prévoit pas pour l’instant de fermer, ce qui veut dire que l’essentiel des opérations de compensation ainsi que les retraits au taux de Sayrafa à partir de comptes en livres, autorisés par la circulaire n° 161, se poursuivront. Il s’agit de l’un des mécanismes mis en place pour aménager indirectement les restrictions bancaires qui, bien qu’illégales, font partie du quotidien des Libanais depuis trois ans. Nombre de déposants les ont contestées en justice, souvent sans succès.Les deux dernières vagues de coups de force tentés par des déposants – dans lesquelles s’inscrit notamment le coup d’éclat médiatique controversé de la députée Cynthia Zarazir – ont marqué une nouvelle phase de ce volet de la crise, alors qu’une ultime version d’un plan de restructuration du secteur bancaire a commencé à circuler ces derniers jours.

Le projet de loi instituant un contrôle formel des capitaux est toujours enfermé dans un tiroir des commissions parlementaires mixtes, et son contenu actuel nécessite d’être aménagé pour être véritablement équitable, selon plusieurs experts.

En 2019, lorsqu’avait éclaté la contestation du 17 octobre, les banques avaient adopté un mécanisme de défense similaire à celui qu’elles adoptent aujourd’hui. Suivant les commandements de l’ABL, elles n’avaient recommencé à ouvrir normalement qu’un mois plus tard seulement et après avoir entériné en interne le bouquet de restrictions qui sont entrées dans le paysage aujourd’hui. À l’époque, le dollar oscillait encore entre 1 507,5 et 2 000 livres, contre plus de 39 000 LL aujourd’hui.

Et c’est reparti pour un tour. Alors qu’elles avaient recommencé à accueillir tous leurs clients sur rendez-vous depuis la dernière semaine de septembre, les banques ont à nouveau fermé leurs agences hier et n’assureront qu’un service réduit à sa plus simple expression et pour une durée indéterminée, dans un contexte de crise toujours plus prononcé.Aucun communiqué formel de...
commentaires (1)

Il faut arreter de jouer sur la fiction qui veut que l'argent donne aux braqueurs viendra diminuer l'envellope globale de ce qui sera rendu aux deposants dans un futur hypothetique. Car, que sont ces quelques milliers de dollars, alors que les crapules bancaires ont detourne, et detournent toujours, des milliards vers l'etranger a leur profit et a celui de leurs maitres de la canaille politichienne. Les banquiers sont des menteurs. Ils n'ont qu'un seul objectif, partage d'ailleurs avec la canaille politichienne : faire supporter les effets de la crise aux deposants par la lirification forcee et le haircut, tout en organisant leur impunite judiciaire. Haro sur les juges pourris qui sont entres dans leur jeu.

Michel Trad

08 h 44, le 08 octobre 2022

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Commentaires (1)

  • Il faut arreter de jouer sur la fiction qui veut que l'argent donne aux braqueurs viendra diminuer l'envellope globale de ce qui sera rendu aux deposants dans un futur hypothetique. Car, que sont ces quelques milliers de dollars, alors que les crapules bancaires ont detourne, et detournent toujours, des milliards vers l'etranger a leur profit et a celui de leurs maitres de la canaille politichienne. Les banquiers sont des menteurs. Ils n'ont qu'un seul objectif, partage d'ailleurs avec la canaille politichienne : faire supporter les effets de la crise aux deposants par la lirification forcee et le haircut, tout en organisant leur impunite judiciaire. Haro sur les juges pourris qui sont entres dans leur jeu.

    Michel Trad

    08 h 44, le 08 octobre 2022

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