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La culture nous sauvera

Souvenir amer du dernier Salon du livre à Beyrouth. Cette 26e édition, organisée en novembre 2019, montrait sous la lumière la plus crue et la plus cruelle l’état de délabrement économique du Liban, à ceux qui refusaient encore de voir et de croire. Délocalisé à Furn el-Chebback, avec le BIEL qui l’accueillait, lui-même battant de l’aile comme tout le district du nouveau bord de mer qui avait connu des temps plus heureux, le salon peinait à attirer ses habitués. Ce festival des auteurs, des libraires et surtout des lecteurs avait été submergé par les grandes manifestations qui secouaient la ville. Le Salon du livre francophone de Beyrouth était pourtant, depuis des décennies, l’événement le plus attendu de la saison, serré entre la rentrée où l’on se faisait une joie de découvrir les nouvelles parutions, et les fêtes de fin d’année pour lesquelles on faisait emplette d’ouvrages à offrir avec ce petit plus qui fait tant plaisir aux bibliophiles : une dédicace de l’auteur tracée à la hâte, le temps d’échanger un regard et un sourire. Ce petit mot souvent illisible adressé par un écrivain à son lecteur fait toute la différence. Son paraphe scelle une amitié (une dédicace sur deux parle d’amitié à des inconnus de passage) et consacre le lien sans lequel écrire n’aurait pas de sens. Auteur et lecteur sont des partenaires indéfectibles entre lesquels, de l’éditeur au libraire, de nombreux intermédiaires veillent à entretenir l’union sacrée.

À ce titre, le Salon du livre francophone de Beyrouth, réputé 3e au monde, ce qui est énorme pour notre petit pays, était avant tout une fête de l’amitié, de l’admiration, de la gratitude réciproque et des échanges inestimables qui faisaient avancer les idées. Il aurait été d’ailleurs préférable de le nommer salon « des » livres, car en parallèle, le Salon du livre arabe, qui avait pourtant le mérite de faire connaître la très belle production littéraire de la région, avait fini salon d’un seul livre, mais c’est une autre histoire. Toujours est-il que cette 26e et dernière édition s’était déroulée dans un contexte d’appauvrissement généralisé, les lecteurs n’ayant déjà plus les moyens de satisfaire leur passion avec une monnaie locale en chute libre. Tant de librairies avaient déjà commencé à mettre la clé sous la porte et le paysage culturel de Beyrouth, qui était aussi paysage de débats élevés et de conversations constructives, devenait théâtre d’ombres.

Certes, le Covid a enfoncé le clou, privant surtout les enfants de précieux mois d’école et fragilisant davantage l’avenir de la lecture en retardant l’acquisition graduelle des compétences qui conduisent au plaisir de lire. Et comme si l’absence du Salon du livre francophone y était pour quelque chose, la langue française elle-même a semblé se confiner dans certains cercles où elle était restée langue naturelle, au lieu de poursuivre sa belle entreprise de séduction auprès de l’ensemble des Libanais.

« La langue française est aussi une langue libanaise », avait souligné à l’époque Hervé Sabourin, directeur du bureau Moyen-Orient de l’AUF. L’inverse est vrai. Derrière nos mots, dans notre accent qui chante et roule et traîne, il y a un parfum indélébile de culture française. Et aucune nouvelle, ces derniers jours, ne pouvait apporter autant d’espoir que le monumental événement Beyrouth Livres annoncé pour le 19 octobre. En déversant massivement son « soft power » sur les ruines fumantes d’un État qui ne sait plus ce qu’il est, la France nous pousse ainsi à aller de l’avant, à redevenir un espace qui compte, à justifier la place du Liban sur la mappemonde. La culture nous sauvera, elle nous a toujours sauvés. Nous n’avons peut-être pas de monuments à lui consacrer, mais elle est partout où nous sommes et où se distinguent des auteurs et des artistes libanais qui ont quelque chose à dire au monde et qui le disent si bien.


Souvenir amer du dernier Salon du livre à Beyrouth. Cette 26e édition, organisée en novembre 2019, montrait sous la lumière la plus crue et la plus cruelle l’état de délabrement économique du Liban, à ceux qui refusaient encore de voir et de croire. Délocalisé à Furn el-Chebback, avec le BIEL qui l’accueillait, lui-même battant de l’aile comme tout le district du nouveau bord...

commentaires (3)

La. Culture a toujours étè une spéciaitè une spècialité libanaise dans le proche Orient ! Ma grandmère qui est morte à 94ans en 1942 savait lire et écrire et parler arabe et francais !

FAKHOURY Samira

18 h 31, le 29 octobre 2022

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Commentaires (3)

  • La. Culture a toujours étè une spéciaitè une spècialité libanaise dans le proche Orient ! Ma grandmère qui est morte à 94ans en 1942 savait lire et écrire et parler arabe et francais !

    FAKHOURY Samira

    18 h 31, le 29 octobre 2022

  • La culture nous sauvera... que c'est vrai! Malheureusement la notion de culture au liban fût dérobée par les teneurs de culture de hashish, de culture de raisins au captagon, de culture sur les balcons, de culture de répression des femmes, de culture de démembrement du système judiciaire, etc....

    Wlek Sanferlou

    16 h 27, le 22 septembre 2022

  • Merci pour cet article, une bouffée d'oxygène dans le flot des mauvaises nouvelles ?

    F. Oscar

    08 h 44, le 22 septembre 2022

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