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Lifestyle - Histoire

Un enterrement qui rappelle un mariage : la reine, le brocart et les Mouzannar

Un message du joaillier Sélim Mouzannar sur la robe de mariée de la reine Elizabeth II a fait le buzz sur les réseaux sociaux déjà fascinés par les obsèques royales, remettant au-devant de la scène les savoir-faire, notamment textiles, de notre région, ses familles d’artisans et de commerçants, ses migrations et ses connections tous azimuts.

Un enterrement qui rappelle un mariage : la reine, le brocart et les Mouzannar

Photo officielle du mariage de la princesse Elizabeth et de Philip Mountbatten, le 20 novembre 1947. Photo Associated Press/ Creative Commons

Les obsèques de la reine Elizabeth II d’Angleterre ont ravivé d’autres souvenirs. En soixante-dix ans de règne, celle que certains Britanniques avaient surnommée la grand-mère du monde a laissé un peu d’elle-même en chacun. Et si nous autres, dans notre coin d’Orient proche mais si marginalisé par ses interminables conflits, nous nous sentons un peu écartés de ce deuil international, le joaillier Sélim Mouzannar est venu nous rappeler l’existence d’un lien, fort ou ténu selon les points de vue, entre notre région et la reine. C’est une histoire inscrite en lettres d’or dans la mythologie de la famille Mouzannar qui comptait deux branches, l’une dans le textile, l’autre dans la joaillerie. Ici, une petite parenthèse : on sait que sous l’Empire ottoman, les bijoutiers Mouzannar desservaient la région en or et pièces joaillières, serrant leur précieuse marchandise dans des ceintures portées à même leur corps, d’où le surnom, devenu nom, qui leur a été attribué. Mouzannar signifie porteur de ceinture.

Les Mouzannar, une famille de joailliers et de tisserands

La famille est alors essentiellement établie à Damas, ville dynamique et station stratégique sur la route de la soie, où se développe depuis le Moyen Âge une industrie de tissage de grande qualité grâce à un savoir-faire importé de Chine. La Syrie est aussi réputée pour ses champs de coton et ses filatures, mais également, comme le Liban qui en fait encore partie, pour sa sériciculture à la faveur de laquelle se développe une relation étroite avec les producteurs lyonnais et tisseurs italiens. Le métier jacquard, avec ses cartons à trous, fait son entrée dans le paysage au XIXe siècle et permet la mécanisation du tissage du brocart, un textile précieux qui intègre des motifs complexes et des fils de différentes couleurs et natures. C’est là où le savoir-faire des Mouzannar entre en jeu. Une branche de la famille se spécialise dans cette confection et devient une référence.

Un message qui enflamme la Toile

Dans la foulée des obsèques d’Elizabeth II, Sélim Mouzannar rappelle sur les réseaux sociaux cette histoire que peu connaissent et qui provoque un tsunami de réactions. Il raconte, en substance : « Le tissu de la robe de mariage de la reine Elizabeth II a été réalisé par mes ancêtres (…). En 1947, alors que la future reine se préparait pour son mariage au mois de novembre avec Philip Mountbatten, la Couronne, sur une requête du couturier Norman Hartnell, demande à l’ambassade de Syrie à Londres de procurer un certain brocart avec des motifs inspirés du Printemps de Botticelli. La commande est passée auprès d’Antoun Élias Mezannar et le tissu fabriqué sur ses métiers, dans la vieille ville de Damas. Choukri al-Kouatli, président de la Syrie de 1945 à 1949, (farouche antimandataire et champion de l’indépendance, NDLR) fait cadeau d’un important métrage du précieux tissu à la future mariée. La robe réalisée dans ce brocart a un décolleté en forme de cœur et la taille basse. Elle est accompagnée d’un voile de dentelle de 15 pieds de long. Elle est aujourd’hui conservée au musée du Palais de Buckingham. »

Coupons de rationnement

La traîne de quinze pieds de la princesse Elizabeth a été tissée dans l’Essex et brodée à la main d’un motif de roses et de gerbes de blé. Le bouquet de la mariée était composé d’orchidées blanches et d’un brin de myrte provenant du buisson d’Osborne House, qui fournit le myrte pour les bouquets des mariées royales depuis les années 1850.

La robe, en soie ivoire, a été rebrodée en Angleterre de 10 000 perles de culture commandées aux États-Unis et n’a été approuvée que trois mois avant le mariage. Au total, il a fallu sept semaines à 350 femmes pour la confectionner.

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Il faut savoir que, se mariant deux ans seulement après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Elizabeth, qui n’avait pas encore accédé au trône, devait payer sa robe avec des tickets de rationnement. L’Angleterre se relevait à peine du grand conflit, et les épis de blé, les motifs de la Primavera, étaient avant tout des porte-bonheur, symboles du retour de la vie et de la prospérité. On dit que la future reine a économisé des coupons de vêtements pour acheter sa robe de mariée et s’est vu accorder à titre exceptionnel 200 coupons de rationnement supplémentaires pour l’événement. Les Britanniques, jugeant que cela n’était pas assez, se sont mis à lui envoyer leurs propres coupons qu’elle a dû renvoyer par la poste en rédigeant à chaque admirateur une lettre de remerciement, car les coupons étaient nominaux et leur transfert illégal.

Des motifs originaux

Dans une interview accordée en juillet dernier au magazine en ligne majalla.com, Antoine Mezannar, le petit-fils d’Antoun Élias Mezannar, précise : « Mon grand-père, né en 1865, a été le premier fabricant de brocart “damascène” à importer la machine Jacquard pour son usine de la vieille ville de Damas en 1890. Depuis lors, il a commencé à ajouter au brocart des motifs de sa création, contribuant ainsi à l’épanouissement du brocart “damascène” et à sa réputation, loin des clichés et des déjà-vu. »


Les obsèques de la reine Elizabeth II d’Angleterre ont ravivé d’autres souvenirs. En soixante-dix ans de règne, celle que certains Britanniques avaient surnommée la grand-mère du monde a laissé un peu d’elle-même en chacun. Et si nous autres, dans notre coin d’Orient proche mais si marginalisé par ses interminables conflits, nous nous sentons un peu écartés de ce deuil...

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