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Culture - Festival d’Avignon

Fin de partie pour Olivier Py, défenseur de « l’utopie » du théâtre

Pendant neuf ans, le comédien, dramaturge et metteur en scène prolifique a été porteur d’un Festival d’Avignon un peu à son image : engagé, utopique, poétique, amoureux du texte, beaucoup de textes. Il avait contribué aux émergences des voix « extraeuropéennes », dont celle du Libanais Ali Chahrour.

Fin de partie pour Olivier Py, défenseur de « l’utopie » du théâtre

Olivier Py, en novembre 2019, à Nantes. Loïc Venance/Archives AFP

« Qu’y a-t-il de plus beau sur cette terre que notre festival ? » : deux jours avant la clôture de la 76e édition du festival, son directeur sortant, Olivier Py, ému, a lu une véritable lettre d’amour à cette manifestation théâtrale, la plus prestigieuse au monde avec celle d’Édimbourg. « C’était ma vie », a-t-il notamment déclaré.

Également comédien, dramaturge et metteur en scène prolifique, M. Py n’a pas non plus caché une sorte d’incompréhension face à des critiques essuyées durant ses deux mandats (2014-2022). « Garde la pureté de ton cœur quand les sempiternelles bêtises sur l’art élitiste, l’entre-soi, l’intellectualisme ou l’institution te seront crachées au visage », a-t-il dit à l’adresse de son successeur, le Portugais Tiago Rodrigues.

C’est sous sa houlette que le festival a atteint un taux record de fréquentation (95,5 % en 2019), un chiffre en léger recul cette année après deux ans de crise sanitaire (92 %). Il se targue d’avoir introduit le tarif de 10 euros pour les moins de 26 ans (20 % du public a moins de 30 ans, contre 16 % à sa prise de fonctions).

« Le théâtre est politique »

Premier artiste à avoir dirigé le festival depuis son fondateur Jean Vilar, il a défendu avec passion un « théâtre du verbe », un « théâtre populaire et soucieux du monde », alors que ses prédécesseurs, le duo Hortense Archambault et Vincent Baudriller, avaient privilégié l’esthétique et la radicalité artistique.

Les artistes invités se sont ainsi emparés souvent des questions d’écologie, des droits LGBT (l’édition 2018 leur a été consacrée), de féminisme ou de migration. Le nombre de metteuses en scène a augmenté sensiblement sous son mandat (près de 45 %), même si des féministes lui reprocheront de n’avoir jamais programmé une femme pour l’ouverture du festival. Il a invité de grands noms comme le Néerlandais Ivo van Hove qui fera sensation en 2016 avec Les Damnés, portée par la Comédie-Française, les Allemands Thomas Ostermeier et Frank Castorf et, bien sûr, le Russe Kirill Serebrennikov, star de l’édition 2022.

Mais il a fait surtout la part belle à la jeune génération – Thomas Jolly, Julien Gosselin, Jean Bellorini, Caroline Guiela Nguyen –, aux émergences et aux voix « extraeuropéennes », de l’Amérique Latine au Moyen-Orient en passant par l’Afrique. Il avait notamment programmé au cours de cette dernière édition Jogging de la comédienne Hanane Hajj Ali et la pièce Du temps où ma mère racontait du chorégraphe Ali Chahrour. Il avait déjà ouvert les portes d’Avignon en 2016 et en 2018 à ce dernier pour sa trilogie sur les rites funéraires. Face à la critique qui lui a parfois reproché d’avoir trop donné la priorité au politique, il avait martelé, dans un entretien avec l’AFP en 2019 : « Le théâtre est politique, même si ça en gêne certains. »

Marathons théâtraux

Olivier Py a personnellement travaillé avec des détenus dans un centre pénitentiaire d’Avignon, les transformant en Macbeth ou Antigone, instauré un « feuilleton théâtral » accessible gratuitement dans un jardin public de la ville et la tradition d’un spectacle itinérant autour de la Cité des papes. Il a aussi impliqué 5 000 collégiens et lycéens chaque année dans des ateliers de théâtre, favorisé des spectacles jeune public et invité du rap et de l’électro dans la programmation.

Lui-même metteur en scène de marathons théâtraux (de La Servante en 24 heures qui l’a révélé au festival en 1995 à Ma jeunesse exaltée cette année, en 10 heures), il a renforcé cette tradition lancée depuis Le Mahabharata mythique de Peter Brook (1985, neuf heures).

Semblable à un personnage de théâtre porté aux envolées lyriques, Olivier Py, né le 24 juillet 1965 à Grasse (Alpes-Maritimes), avait été directeur du Centre dramatique national à Orléans puis patron de l’Odéon à Paris. Connu pour son goût du baroque et du flamboyant, il a continué durant ses mandats à écrire et à mettre en scène, au théâtre comme à l’opéra, s’irritant contre ceux qui estimaient qu’il ne pouvait pas tout faire.

Et la suite ? « Continuer à faire du théâtre ! J’aimerais revenir à la direction d’un théâtre le long de l’année », affirmait-il récemment à l’AFP.

AFP et L’OLJ


« Qu’y a-t-il de plus beau sur cette terre que notre festival ? » : deux jours avant la clôture de la 76e édition du festival, son directeur sortant, Olivier Py, ému, a lu une véritable lettre d’amour à cette manifestation théâtrale, la plus prestigieuse au monde avec celle d’Édimbourg. « C’était ma vie », a-t-il notamment déclaré.Également...

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