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Société - Enseignement supérieur

« Ne laissez pas l’Université libanaise s’effondrer »

Le ministre sortant de l’Éducation et le recteur de l’UL tirent la sonnette d’alarme et réclament plus de fonds pour la seule institution publique du pays, paralysée par une grève ouverte des professeurs. 

« Ne laissez pas l’Université libanaise s’effondrer »

Lors de la conférence de presse mercredi au rectorat de l'Université libanaise, le recteur Bassam Badran, et le ministre sortant de l'Education, Abbas Halabi. Photo AMH

L’Université libanaise célèbre ses 71 années d’existence. Mais en guise de célébration, c’est à l’annonce de son effondrement, de son enterrement même de l’avis de certains, qu’a été conviée la presse mercredi, place du Musée. Au siège du rectorat où se pressaient enseignants et une poignée d’étudiants, le ministre sortant de l’Éducation, Abbas Halabi, et le recteur de la seule université publique du pays, Bassam Badran, ont exhorté l’État à « augmenter le budget de l’institution » qui « n’atteint pas 200 dollars annuels par étudiant » et à prendre en considération ses besoins opérationnels, ceux de son corps professoral de plus de 5 000 membres, de ses 80 000 étudiants et de ses employés. « Car l’UL qui a formé tant de générations s’effondre », préviennent-ils, invitant « les trois pôles du pouvoir et chaque responsable à une prise de conscience ». « Une revendication tant de fois réitérée », assurent-ils, alors que l’UL est paralysée par une grève ouverte de ses enseignants, la troisième dans l’année, dans un contexte de crise aiguë depuis 2019. Les salaires de ses enseignants ne valent plus rien. Ils ne leur permettent même plus de survivre. Le salaire moyen d’un professeur vaut à peine l’équivalent de 160 dollars aujourd’hui, depuis la dépréciation de la monnaie locale, alors qu’avant la crise, il valait plus de 3 000 dollars. Pire encore, les professeurs ne bénéficient d’aucune aide, ni de la moindre compensation, contrairement aux enseignants de l’école publique qui reçoivent une indemnité mensuelle de 90 %.

Des cours en ligne pour la troisième année consécutive
La situation se répercute sur les étudiants, eux aussi touchés par la crise, mais surtout pris en otage. « Nous avons suivi les cours en ligne cette année (à cause du prix trop élevé des carburants et du coût des transports), à l’instar des deux années d’enseignement à distance pour cause de Covid-19. Mais nous n’avons pas pu passer d’examens, sans cesse reportés à cause des grèves, ni ceux du premier semestre ni ceux du second semestre », gronde Rowane Ibrahim, étudiante en droit, arborant une pancarte sur laquelle est inscrit « L’intérêt des étudiants est une ligne rouge ».

Privés de diplômes, d’attestations et même de notes, les étudiants désireux de poursuivre leur éducation à l’étranger ne peuvent pas partir. De même ceux qui restent au Liban ne peuvent poursuivre leur formation ou même obtenir un emploi. « Sans résultats d’examens, nous ne pouvons être admis nulle part », déplore la jeune femme, évoquant une situation qui « porte atteinte à la réputation de l’UL et de ses étudiants à l’international ». « Même ceux qui ont été admis dans d’autres universités perdent aujourd’hui leur place », ajoute l’étudiante.

Quelques étudiants font part de leurs revendications : "l'avenir des étudiants est en danger", dit une pancarte. "L'intérêt des étudiants est une ligne rouge', dit cette autre pancarte. Seront-ils entendus ? Photo AMH

Dans la salle de conférences de l’institution, l’ambiance est survoltée. Professeurs et étudiants interrompent sans cesse le ministre Halabi et le recteur Badran. Ils ne croient plus aux promesses vaines, rappellent l’effondrement de leur qualité de vie, la flambée des prix, l’inaccessibilité des soins de santé, mais aussi les conditions d’enseignement désormais si difficiles. « On nous a ordonné de fermer les laboratoires par manque de moyens. Il n’y a ni matériel, ni carburant, ni électricité. Ne rejetez donc pas toute la faute sur notre grève », s’insurge un professeur. « Des étudiants ont eux-mêmes fourni le carburant à plusieurs reprises, pour avoir un peu d’électricité », reconnaît le recteur.

Le dossier de l’UL « loin d’être prioritaire »
À travers les propos des deux responsables et les interventions de l’assistance, tout le dossier de la paralysie de l’UL est révélé, depuis les interventions politiques et le manque d’indépendance de l’institution jusqu’à l’absence du conseil de l’université, en passant par le statut des professeurs, souvent lié au clientélisme politique. Le tout sur fond de guerres de pouvoirs communautaires et de querelles politiciennes. « J’ai posé le dossier de l’UL au moins huit fois sur l’agenda du Conseil des ministres. Peine perdue. La question est complètement négligée. Elle n’a jamais été la priorité des autorités », commente Abbas Halabi à L’Orient-Le Jour. « Quatre grands dossiers attendent toujours d’être traités par le gouvernement, précise le ministre : la nomination des doyens et donc du conseil de l’université, le statut des moniteurs, celui des professeurs à plein temps et enfin l’entrée dans le cadre des enseignants. » Le contentieux entre l’UL et les compagnies d’aviation sur les tests PCR à l’aéroport est aussi évoqué. « Les compagnies d’aviation nous doivent quelque 50 millions de dollars frais pour les tests PCR que nous avons conduits durant la pandémie. Or cette somme n’a toujours pas été débloquée », regrette Bassam Badran.

La complexité de la situation n’entrave pas la détermination du ministre Halabi et du recteur Badran à trouver une issue positive à la situation des professeurs de l’UL. Mais à part la solidarité exprimée, aucune proposition concrète pour l’instant. « Nous comprenons votre souffrance. Cette situation nous touche tous. Elle touche nos familles, nos enfants qui sont aussi dans cette université », souligne le professeur Badran. Au-delà de paroles qui se veulent certes réconfortantes, l’appel est clair à prendre patience, à réaliser que le blocage risque d’aggraver la situation. « La grève ouverte aboutit à l’impasse. Pensez aux jeunes étudiants du Liban. Ne les laissez pas dans l’incertitude, je vous en prie », lance ainsi le ministre de l’Éducation, qui se veut un homme de dialogue. Il laisse espérer une augmentation conséquente du budget de l’UL dans le budget 2022 qui attend toujours d’être adopté. Il annonce avoir aussi alerté la communauté internationale sur l’urgence de la situation. « Elle devrait réagir. » Mais rien n’est gagné d’avance. « Si l’institution demeure fermée et si les cours ne reprennent pas en présentiel, l’université n’a aucune chance de recevoir des aides des pays donateurs », martèle M. Badran à l’intention des grévistes. 


L’Université libanaise célèbre ses 71 années d’existence. Mais en guise de célébration, c’est à l’annonce de son effondrement, de son enterrement même de l’avis de certains, qu’a été conviée la presse mercredi, place du Musée. Au siège du rectorat où se pressaient enseignants et une poignée d’étudiants, le ministre sortant de l’Éducation, Abbas Halabi, et le...

commentaires (3)

The Mikati government should make it a high priority to salvage and support the Lebanese University. Since its inception, LU has educated hundreds of thousands of Lebanese students who could not otherwise afford higher education, and vastly contributed to upward income mobility among the poor and middle class. Higher education is a worthy investment with great returns that contributes to the economy and increase in GDP. Lebanon should invest in its people and the pillars of the economy that include affordable education and healthcare.

Mireille Kang

02 h 57, le 21 juillet 2022

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Commentaires (3)

  • The Mikati government should make it a high priority to salvage and support the Lebanese University. Since its inception, LU has educated hundreds of thousands of Lebanese students who could not otherwise afford higher education, and vastly contributed to upward income mobility among the poor and middle class. Higher education is a worthy investment with great returns that contributes to the economy and increase in GDP. Lebanon should invest in its people and the pillars of the economy that include affordable education and healthcare.

    Mireille Kang

    02 h 57, le 21 juillet 2022

  • Certainement cette autrefois brillante institution a été la cible d'un travail systématique de sape et de destruction. Et son pourrissement par la corruption, le vol, l’incompétence crasse et le clientélisme forcené, comme d'habitude, commence par son sommet. Il n'y a qu'a voir ce que les sinistres personnages mentionnés dans cet article en on en fait. Mais ils ne sont que les rejetons d'une longue liste qui les précède... Dégoûtant de les voir se désoler maintenant sur les ruines de ce qu'ils ont eux-mêmes détruit.

    Mago1

    00 h 29, le 21 juillet 2022

  • Tout s’effondre sauf le Hezbollah, alors que le salut du Liban est exactement dans l’équation contraire !

    LeRougeEtLeNoir

    19 h 57, le 20 juillet 2022

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