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Culture - Entretien

Dans un Liban en crise, comment le secteur cinématographique s’en sort-il ?

Quid du secteur cinématographique dans un pays englué dans les crises tous azimuts ? Quel est son volume et quels sont les moyens pour le relever ? Des questions soulevées par « L’OLJ », auxquelles la présidente de la Fondation Liban Cinéma, Maya de Freige, a tenté de trouver des réponses.

Dans un Liban en crise, comment le secteur cinématographique s’en sort-il ?

L’équipe de Series Lab durant les journées d’atelier de Liban Cinéma avec le soutien de DW Akademy et de l’Institut français du Liban (IFL). Photo DR

Dès la naissance de la Fondation Liban Cinéma (FLC), son seul souci était de soutenir l’industrie cinématographique libanaise et de la placer sur la plateforme internationale. La crise a en quelque sorte brouillé les cartes. Quelle est la situation actuellement ?

La FLC soutient depuis 2003 l’industrie cinématographique libanaise et la porte à un niveau international. Elle est consciente depuis sa création que le cinéma libanais constitue un secteur d’avenir pour l’économie libanaise et sert au rayonnement culturel du Liban à l’étranger. Elle s’est donc donné comme objectif principal de mobiliser les bailleurs de fonds internationaux autour d’initiatives novatrices à même de relancer l’industrie audiovisuelle et de raviver les projets suspendus, de dynamiser la production, et surtout de créer des emplois pour retenir les professionnels du secteur au Liban et leur redonner l’envie et les moyens de créer.

C’est dans ce contexte alarmant qu’elle adapte actuellement ses activités de soutien afin d’affronter les difficultés existantes avec efficacité et envisage de répondre aux besoins en coordination avec ses partenaires institutionnels ainsi qu’avec les gens du métier et les entités influentes de la scène locale. La FLC va aussi mener une réflexion stratégique visant à revoir son modèle économique et à redéfinir ses objectifs afin de reconcentrer et prioriser ses efforts dans la période à venir.

Durant cette crise financière sans précédent les besoins vitaux priment. Comment alors convaincre que l’art et la culture sont aussi nécessaires pour le pays ?

En affirmant notre présence et en gardant l’espoir de toujours travailler. Il est certes primordial d’aider les Libanais à se nourrir, se loger, se soigner et s’instruire mais il est plus triste de les voir partir ailleurs mettre leurs compétences au service d’autres pays. Aujourd’hui, ce sont les festivals et autres plateformes culturelles régionales qui jouissent d’un prestige international grâce, en grande partie, au talent des Libanais, à leur créativité et leur force de travail. C’est un peu frustrant pour le Liban car lorsque les valeurs humaines de diversité culturelle qui font sa différence tendent à disparaître, à quoi bon s’accrocher encore ?

Quelles ont été les actions achevées de la fondation avant et juste au début de la crise ?

Toutes les actions que nous faisions avant la crise étaient financées par des mécènes ou sponsors libanais ou par le secteur financier qui a souvent soutenu la culture. C’est ce qui nous a permis pendant plusieurs années d’embrasser différentes actions. Après la crise, tout a été remis en question. Nous avons essayé de mobiliser nos amis internationaux pour entreprendre des opérations de sauvetage et pour permettre à ces professionnels de survivre dans l’immédiat et à court terme.

Sachant aujourd’hui que cette période d’urgence est passée, que nous n’en sommes plus là puisque la communauté internationale fait face à bien des problèmes sur d’autres fronts, il faut penser à agir soi-même.

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Nous comptons parmi les projets réalisés récemment l’installation de Series Lab avec le soutien de DW Akademy et de l’Institut français du Liban (IFL) : un projet pilote de formation à l’écriture de séries comprenant un atelier d’écriture, de présentation de projets et une plateforme de rencontres et de consultations. La Fondation Liban Cinéma a changé ses habitudes pour s’orienter aussi vers l’audiovisuel et les séries, un genre encore embryonnaire au Liban. Ce qui était une occasion pour accueillir, à Beyrouth, Joëlle Touma, Laila Marrakchi et Bruno Nahon, respectivement scénariste, réalisatrice et producteur, qui sont venus partager leur expérience professionnelle avec le public libanais. Un autre projet pour le développement de séries est en cours de gestation : car une série se finance et s’exporte plus facilement qu’un film et, par là, séduit de plus en plus les professionnels libanais.

Cependant, la FLC continue de miser sur le cinéma libanais et la multiplication d’accords de coproduction indispensables à la dynamisation et au financement de ce secteur. Ainsi, elle a accompagné des projets de films et promu le cinéma libanais dans son ensemble, dans le cadre d’un focus sur le cinéma libanais aux « Rencontres de coproductions francophones » à Bruxelles. Il est à signaler à cette occasion que tant que le Liban ne signe pas un accord de coproduction officiel avec la Belgique, il est plus compliqué pour un producteur libanais de s’associer à un coproducteur belge. C’est dans cette optique-là que la FLC a négocié avec le CNC de la région Wallonie-Bruxelles un accord qui profiterait au cinéma libanais dans son ensemble et rendrait les collaborations entre le Liban et la Belgique beaucoup plus fluides (la France est le seul pays à avoir officiellement un traité de coproduction avec le Liban, NDLR). Cet accord n’attend plus que le bon vouloir des autorités libanaises, et sa signature traîne dans les administrations depuis 2018. Il en va de même pour le Canada, qui pourrait être un bon exemple de pays partenaire.

Maya de Freige : la Fondation Liban Cinéma continuera à travailler et à garder l’espoir. Photo DR

Quels sont les projets en cours et qui ont défié en quelque sorte la crise ?

Il s’agit principalement d’un programme de formation à l’entrepreneuriat créatif pour les producteurs ainsi qu’un fonds de soutien pour les films libanais, visant à raviver la production cinématographique libanaise malgré les diverses crises dont est témoin le Liban. C’est avec le soutien de l’Union européenne que la FLC lance ce projet. Le premier volet de l’initiative consiste en un programme de formation et d’orientation offert en collaboration avec l’École supérieure des affaires (ESA) et l’incubateur Smart ESA. Il vise les producteurs de cinéma et de médias ayant déjà produit des courts, des longs métrages ou d’autres projets audiovisuels, et qui sont désireux d’acquérir de nouveaux outils et de développer leurs compétences entrepreneuriales pour offrir des conditions favorables à la réussite de leur projet. Smart ESA cherche à transformer les producteurs en entrepreneurs en leur fournissant des outils qui leur permettent de gérer leurs projets et d’atteindre un succès stable. Cinq producteurs ont été sélectionnés pour participer au programme d’orientation et de formation de quatre mois qui a débuté en juin et se termine en octobre. Les producteurs sélectionnés sont tous porteurs d’un projet de long métrage en développement comme Rosy Hajj, Christelle Younes, Gaby Zarazir ainsi que son frère Michel Zarazir, Simon Soueid et Nicolas Khabbaz. Le programme d’orientation des participants est assuré par un nombre de professionnels étrangers ainsi que par des formateurs de l’ESA. Et c’est la productrice chevronnée Myriam Sassine qui supervise le programme. Cette initiative est essentielle aujourd’hui car former et soutenir les producteurs, peu nombreux dans notre pays, c’est donner la chance à de multiples auteurs et réalisateurs de faire aboutir leurs films. À la fin du programme, les cinq participants recevront un certificat de Smart ESA et de la Fondation Liban Cinéma. Un producteur lauréat recevra un prix de 5 000 euros pour contribuer au développement de son projet.

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Quant au second volet de l’initiative lancée par la FLC, c’est la création d’un fonds de soutien exceptionnel dédié aux longs métrages libanais et financé par l’Union européenne, dont l’enveloppe totale est de 75 000 euros. Ce fonds est destiné à soutenir des films financièrement afin d’accélérer leur exécution. L’appel à candidatures sera lancé en novembre pour les longs métrages de fiction et de documentaires qui sont en phase de production et de postproduction. Un comité indépendant sélectionnera les projets qui bénéficieront de cette aide financière. Plus de renseignements sur ce fonds seront annoncés en novembre prochain.

La FLC continue de se battre pour un fonds d’aide à la production mais également à la distribution. C’est dans cet esprit-là qu’un prix est offert par la Fondation Boghossian avec laquelle la FLC a fidélisé un partenariat depuis 2018. Un film libanais reçoit chaque année le Prix Coup de Cœur, pour accroître ses chances de rencontrer son public dans les salles libanaises ou internationales et dans les festivals. Un producteur se voit offrir une dotation financière, et un cinéaste bénéficier d’une résidence d’artiste à la villa Empain-Bruxelles pour développer son prochain film.

Outre ces actions passées et en cours et d’autres plus petites qui visent à injecter de l’argent afin que la fondation survive, quels sont vos projets à long terme ?

Au début de la crise, la FLC a mené donc des actions immédiates, pour sauver l’écosystème. L’heure n’est plus au sauvetage mais aux actions structurantes sur le moyen et le long terme pour redonner au secteur la possibilité de rebondir. Car les industries culturelles, en ce qu’elles peuvent générer comme chiffre d’affaires et emplois, occupent une place centrale dans le relèvement d’un pays. Il ne faut plus compter sur la communauté internationale qui regarde ailleurs et pour qui le Liban n’est plus une priorité. C’est pourquoi la FLC doit penser un développement durable du secteur qui engage aussi la diaspora. Pour cela, il faut réaliser une cartographie des professionnels au Liban et à l’étranger. En recensant le volume du secteur, on arrive à une meilleure compréhension des stratégies à installer.

Comment allez-vous repenser le rôle de la FLC et son financement ?

Chaque projet que nous choisissons trouve son propre financement de A à Z. Mais pour assurer la pérennité de la Fondation Liban Cinéma, il faut lui trouver d’autres sources de rentrées. Il y a un déficit clair et on est en sursis tant qu’on n’a pas trouvé un nouveau modèle économique. Plus que jamais il faut laisser de côté notre ego et travailler ensemble. La fondation a toujours joué un rôle fédérateur. Et pourquoi ne pas envisager un jour de devenir un centre du cinéma qui regroupe tout ce monde ? Il faut donner la capacité aux professionnels d’être compétitifs. Le Liban n’a pas su saisir l’occasion de montrer son savoir-faire à un moindre coût. On s’aligne toujours sur la cherté de vie. Nous ne savons pas faire les sacrifices nécessaires pour engranger des bénéfices ailleurs. Aujourd’hui, nous avons le « know-how » et nous sommes en train de cibler la diaspora. C’est dans cet objectif que la FLC multiplie ses contacts pour engager les Libanais de l’étranger à travers des partenariats et les sensibiliser aux industries créatives, un secteur productif essentiel dans la refonte de l’économie libanaise. Il faut permettre à ce secteur de se maintenir et de se développer. Les jeunes qui partent nous disent : « Balisez-nous le terrain, on reviendra. » Et c’est pour leur donner cette chance et permettre au Liban de préserver son potentiel le plus précieux, son capital humain, que nous continuons de lutter.


Dès la naissance de la Fondation Liban Cinéma (FLC), son seul souci était de soutenir l’industrie cinématographique libanaise et de la placer sur la plateforme internationale. La crise a en quelque sorte brouillé les cartes. Quelle est la situation actuellement ? La FLC soutient depuis 2003 l’industrie cinématographique libanaise et la porte à un niveau international. Elle est...

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Secteur cinématographique ? Eh ben, voyons, tout comme nous: The End.

Wlek Sanferlou

03 h 43, le 06 juillet 2022

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Commentaires (1)

  • Secteur cinématographique ? Eh ben, voyons, tout comme nous: The End.

    Wlek Sanferlou

    03 h 43, le 06 juillet 2022

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