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Société - Explosions au port de Beyrouth

Démolition des silos : "Les autorités cherchent à effacer les traces du drame"

"Les autorités ont le culot de nous parler de sécurité publique mais où étaient-elles entre 2013 et 2020 lorsque le nitrate d’ammonium était stocké dans le port ?", fustige Paul Naggear lors de la 23e commémoration mensuelle du drame. 

Démolition des silos :

Des proches des victimes des explosions du 4 août 2020 manifestant devant le port de Beyrouth, le 4 juillet 2022. Photo Matthieu KARAM

Des proches des victimes de la double explosion au port de Beyrouth du 4 août 2020 ont commémoré lundi les 23 mois écoulés depuis la catastrophe, lors d'un sit-in marqué par la défense des silos à grain, que les autorités, accusées de "chercher à effacer les traces du drame", souhaitent démolir. 

Mi-avril, le gouvernement de Nagib Mikati avait chargé le Conseil du développement et de la reconstruction de détruire les silos.

Lors de cette manifestation mensuelle, une cinquantaine de personnes se sont réunies face au port, tenant des portraits de leurs proches tués par la déflagration, qui a fait plus de 220 morts et des milliers de blessés. Le député de Beyrouth, Ibrahim Mneimné, issu de la contestation populaire, était présent parmi eux, selon notre journaliste sur place Matthieu Karam. Sur une estrade face aux manifestants, le président du conseil de l'Ordre des ingénieurs, Aref Yassine, a appelé à "préserver l'héritage" que représentent les silos à blé du port, partiellement détruits dans l'explosion et qui ont étouffé une partie de l'onde de choc qui a dévasté des quartiers entiers de Beyrouth. Il a estimé que "lorsque l'on évoque une réhabilitation des lieux de l'explosion ou que l'on fait des propositions de construction de parcs" ou d'autres projets, cela témoigne d'un "manque de compréhension de la catastrophe" du 4 août 2020. "Les autorités cherchent à effacer les traces du drame, afin que les générations à venir n'en soient pas informées", a-t-il encore accusé. Reconnaissant que la face nord des silos, qui faisait face au hangar 12 où se trouvait le nitrate d'ammonium à l'origine de la déflagration, représente un danger, il a estimé qu'elle peut toutefois être renforcée. "Le bâtiment ne pourra plus remplir sa fonction d’origine, mais il peut rester un symbole", a déclaré M. Yassine.

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De son côté, William Noun, frère de Joe Noun, l'un des pompiers envoyés pour éteindre l'incendie au hangar 12 et qui s'est retrouvé en première ligne lors de l'explosion, a menacé de "faire barrage" à tout projet de destruction des silos. "Si l’Etat attribue le chantier de destruction à une société, il sera de notre devoir de descendre dans la rue pour y faire barrage. Nous détruirons chaque bulldozer qui tentera de démolir l'infrastructure", a-t-il mis en garde, avant de déclarer que "ces silos sont là pour rester". 

"Le culot" des autorités
Paul Naggear, dont Alexandra, sa fille de trois ans, est morte dans l'explosion, a pour sa part affirmé que "sans ces silos, je ne serai pas là pour vous parler. Ni moi ni mon épouse Tracy". "Les autorités ont le culot de nous parler de sécurité publique", pour justifier de démanteler les silos, mais "où étaient-elles entre 2013 et 2020 lorsque le nitrate d’ammonium était stocké dans le port?", a-t-il fustigé. 

Après ces prises de parole, une partie des manifestants s'est réunie près de la statue de l'émigré, face au port. 

Photo Matthieu KARAM

Plus tôt dans la journée, des familles des victimes avaient lancé une campagne contre la démolition des silos de blé de la capitale. "Nous annonçons le lancement de la campagne de solidarité +Le témoin silencieux+ pour protéger et préserver les silos du port de Beyrouth", ont-elles déclaré dans un communiqué, en espérant que les Libanais les soutiendront "afin que n'arrive jamais le jour où ils passeront devant le port et n'y verront pas les silos, témoins du crime du siècle". Les proches des sinistrés ont fixé les objectifs de cette campagne. Ils ont notamment demandé que les silos soient reconnus comme faisant partie du patrimoine culturel de Beyrouth, l'inscription du site sur la liste du patrimoine mondial et une évaluation structurelle des silos en vue de renforcer la structure restante. Un suivi des actions en justice déposées devant le Conseil d'état pour annuler la décision du gouvernement de les démolir est également souhaitée. Une pétition en ligne a été créée pour la protection des silos. 

A l'occasion de cette 23e commémoration mensuelle des explosions, l'ONG Human Rights Watch a demandé à la France de donner son "feu vert" pour l'ouverture d'une enquête internationale sur l'explosion et dénoncé ce qu'elle estime être "l'inaction" du président français Emmanuel Macron à ce sujet.

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Des proches des victimes de la double explosion au port de Beyrouth du 4 août 2020 ont commémoré lundi les 23 mois écoulés depuis la catastrophe, lors d'un sit-in marqué par la défense des silos à grain, que les autorités, accusées de "chercher à effacer les traces du drame", souhaitent démolir. Mi-avril, le gouvernement de Nagib Mikati avait chargé le Conseil du développement...

commentaires (1)

Il n’y aura de deuil possible que quand la vérité sera faite … Peut-être qu’à ce moment là, un monument symbolique pourrait remplacer ces silos détruits. Mais uniquement après…

LeRougeEtLeNoir

19 h 20, le 04 juillet 2022

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Commentaires (1)

  • Il n’y aura de deuil possible que quand la vérité sera faite … Peut-être qu’à ce moment là, un monument symbolique pourrait remplacer ces silos détruits. Mais uniquement après…

    LeRougeEtLeNoir

    19 h 20, le 04 juillet 2022

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