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Lifestyle - Joaillerie

Sélim Mouzannar dépose à Las Vegas les gemmes de ses amours éternelles

Avec les collections « Aïda » et « Rose de France », le joaillier Sélim Mouzannar participait une fois de plus, début juin, au célèbre Couture Show de Las Vegas. Une semaine consacrée à la haute joaillerie qui voit affluer des milliers d’acheteurs du monde entier vers des exposants triés sur le volet.

Sélim Mouzannar dépose à Las Vegas les gemmes de ses amours éternelles

Bague et boucles d’oreilles de la collection « Aïda » de Sélim Mouzannar. Photo DR

Chaque année, toutes les premières semaines de juin, depuis 1995 et malgré une interruption en 2020 et une édition réduite en 2021 en raison du Covid, se tient à Las Vegas le Couture Show, un salon qui réunit la crème de la crème de la joaillerie internationale. Habitué de cet événement où il s’est souvent distingué, Sélim Mouzannar y est revenu, cette saison encore, avec deux collections où le savoir-faire de son atelier-laboratoire exprime dans les matières précieuses des histoires attachantes. Pour cette édition 2022, deux lignes Sélim Mouzannar étaient en vedette à Las Vegas : Aïda et Rose de France.

Sélim Mouzannar à la porte de sa boutique à Beyrouth. Photo DR

« Aïda », le grand retour au-delà du mythe

La collection Aïda, un nom qui signifie en arabe Je reviens, a été lancée à l’automne-hiver 2021. C’est la collection courage, la collection de l’espérance après les destructions et le traumatisme infligés par la double explosion du 4 août 2020 au port de Beyrouth. Ressuscitant, parmi ses éléments, la tendance des grands bracelets des années 1980, cette ligne est une ode à la mer, toujours salvatrice aux yeux du créateur, exprimée en coulées d’émail bleu, vert ou feu sur des montures en or ciselé. Bagues et boucles d’oreilles sont de la même eau. Toutes les pièces de cette collection, qui fait la part belle à la délicate technique de l’émail, sont rehaussées d’une étoile centrale, sertie de diamants, qui émerge de l’eau figée et pourtant rendue mouvante par les motifs en transparence et indique une aube nouvelle.

Boucles d’oreilles en diamants et saphirs de la collection Sélim Mouzannar « Rose de France ». Photo DR

« Rose de France », un exercice de haute voltige

Français de cœur autant que Libanais dans l’âme, Sélim Mouzannar qui a aussi une adresse à son enseigne, place Vendôme, à Paris, remplace les mots par l’or et les pierres quand il s’agit de célébrer la France qu’il aime, sa culture et ses valeurs universelles. Déclinée en bleu, blanc, rouge (ce qui se traduit dans l’univers du bijou par la trilogie rubis, saphir et diamant), cette ligne se compose de motifs hexagonaux accolés comme des schémas de molécules où se faufile, comme dans toutes ses créations, l’ADN affectif du joailler. En coulisses, il s’agit d’un tour de force, car la taille en gradins choisie pour les gemmes ne ment pas : il faut une eau très pure, sans aucune inclusion ni défaut : moins profondes que les pierres taillées en brillant, les pierres taillées en « step cut » dévoilent leur cœur au premier regard. La pureté de la ligne hexagonale, évidemment inspirée de la forme géographique de la France, fait aussi partie de la géométrie Art déco chère à Sélim Mouzannar en ce qu’elle rappelle le vieux Beyrouth, source inépuisable de toutes ses inspirations.

Le bracelet « Aïda » de Sélim Mouzannar, présenté aux Couture Awards. Photo DR

Alchimiste à rebours

Attrapez-le si vous le pouvez ! Il file comme du mercure, Sélim Mouzannar : insaisissable, indomptable, survolté. Obsédé, pourtant, par une alchimie à rebours, son truc à lui c’est transformer l’or en émotion et calmer l’ardeur des pierres précieuses dont il trouve l’éclat un peu « vulgaire », à travers la technique ancestrale de la taille en gradins qui confère à l’eau affleurante des gemmes la profondeur et le mystère d’une enfilade de miroirs en abyme, tout en en domptant la réfraction. Quand il n’est pas suspendu entre ciel et terre, volant de Beyrouth à Paris, Londres, Athènes ou New York et retour, on le trouve à Achrafieh, dans son quadrilatère de la rue Chéhadé, sautant de sa maison à sa boutique, de sa boutique aux deux échoppes qui lui font face, dont une exclusivement destinée aux parties de trictrac avec les copains, parfois interrompues par un appel de l’un ou l’autre de ses deux ateliers à l’angle, dont le plus récent est son nouveau havre.

Bagues et boucles d’oreilles tricolores de la collection Sélim Mouzannar « Rose de France ». Photo DR

Fou de bleu et de lumière en paillettes

L’une des figures les plus dynamiques du savoir-faire libanais, toujours svelte, sportif et prêt à une répartie hilarante derrière ses lunettes loufoques dont il fait sa principale coquetterie, Sélim Mouzannar est, entre autres, un acteur engagé de la non-violence et un amoureux du Beyrouth d’avant-guerre. Ville-source, sa capitale lui a inoculé, dès l’enfance, la solidarité des corps de métier, la force du lien entre l’apprenti et le maître, la valeur de la coexistence et la beauté du « commerce » qui est avant tout une certaine qualité de relation avec autrui. L’enfant qui a grandi sous les voûtes du souk des bijoutiers aujourd’hui disparu, a gardé de sa fonction de saute-ruisseau, premier boulot auquel son père l’a assigné, sur le temps de ses vacances et en guise de passage initiatique, une irrépressible bougeotte. Il se rattrape plus tard en embrassant la mer avec passion, champion de tous les sports nautiques, fou de bleu et de lumière en paillettes. Au fil de ses formations à la fois en académie et en atelier à travers le monde arabe, et jusqu’en Birmanie où il vit le quotidien d’un mineur de rubis (et se fait enlever en 1989 par les Khmers rouges), il développe une science des pierres colorées qui fait de lui un expert toutes catégories dans ces gemmes considérées mineures par rapport au diamant, mais auxquelles nuances, rareté et qualité de la taille confèrent une valeur au moins égale à celle des brillants les plus précieux. Dès ses premières collections, Sélim Mouzannar s’attachera par ailleurs à ressusciter entre taille et ciselage la bienveillante architecture de Beyrouth, sa ferronnerie, ses rosaces, ses vérandas à triples arcades, sa douceur de vivre.

Bague trois rubis de la collection Sélim Mouzannar « Rose de France ». Photo DR

« Amal », « Flowers for Lucy », des histoires précieuses qui ont enchanté Vegas

Au Couture Show de 2016, il fait déjà sensation avec le collier Amal qui remporte le trophée du plus beau bijou. Cette création exceptionnelle met en scène 47 émeraudes pures, issues de la mine colombienne de Muzo, ainsi que 8 émeraudes trapiches qui ont la rare particularité d’être naturellement « tatouées » d’inclusions en forme de roue à rayons. La consécration de cette œuvre au salon Couture dans la catégorie Design équivaut, dans l’univers de la joaillerie, à un Oscar qui contribue à propulser la marque Sélim Mouzannar à l’international. Il enchaîne en 2018 avec la nomination, au même Couture Show, d’un collier de tanzanite et émail sur or rose ciselé baptisé Flowers for Lucy, un hommage à la grand-mère de l’humanité nuancé d’un clin d’œil à la chanson des Beatles, Lucy in the sky with diamonds. Cette parure de chamane est composée de pierres bleues où brasillent les lueurs rouges d’un indéfinissable feu intérieur.

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On l’aura compris, contre vents et marées, Sélim Mouzannar n’est pas homme à s’arrêter tant qu’il peut, en toute occasion, célébrer la vie et tout ce qu’il aime à travers un métier à la fois reçu et réinventé, et qu’il transmet à son tour sans relâche en se posant chaque jour de nouveaux défis.


Chaque année, toutes les premières semaines de juin, depuis 1995 et malgré une interruption en 2020 et une édition réduite en 2021 en raison du Covid, se tient à Las Vegas le Couture Show, un salon qui réunit la crème de la crème de la joaillerie internationale. Habitué de cet événement où il s’est souvent distingué, Sélim Mouzannar y est revenu, cette saison encore, avec deux...

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