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Nos lecteurs ont la parole

Génération d’émigrés... Avions-nous le choix ?

Génération d’émigrés... Avions-nous le choix ?

« Les au revoir à l’aéroport étaient amers et pour cacher mes larmes, j’ai mis des lunettes de soleil. » Photo Michel Sayegh

Si j’ai décidé d’écrire ce texte, c’est pour tous ceux qui vivent la même frustration et surtout pour ne pas oublier le Liban… et ce qu’était le Liban.

Je suis né à Beyrouth en mai 1978 et j’en suis fier… Fier de mes origines, de mes parents et grands-parents qui m’ont bien éduqué et m’ont transmis les plus belles valeurs de leur culture.

Comme tous les enfants libanais de cette époque, j’ai vécu la guerre, changé plusieurs fois d’établissement scolaire, déménagé au rythme des différentes batailles et connu des misères. Mais on s’en est sortis la tête haute, Dieu merci. On a hérité d’une force et d’une résistance face aux crises et surtout, on est devenus des génies de la catastrophe. Des génies qui savent prédire les crises à venir, qui savent s’approvisionner au bon moment et surtout survivre au pire.

On a vécu de belles années entre 1991 et 2005… Des années paisibles sur un volcan dormant qui s’appelle le Liban d’après-guerre. Un Liban mal placé sur la carte du monde, au cœur des tourmentes de la géopolitique.

À l’âge de 15 ans, je rêvais déjà de faire des études à l’étranger, avoir un bon diplôme et surtout revenir un jour au Liban et exercer un métier prometteur.

Pourtant, je n’étais pas un brillant élève et je n’aimais pas le système scolaire, ni ce sacré Charlemagne… Mais je voulais construire un avenir et surtout m’inspirer de mes parents, qui étaient tous deux profs d’université.

Pendant mes années de licence en télécommunications au Liban, j’ai eu la chance de faire des stages dans des entreprises et des établissements renommés, et ce, sans le besoin de passer par des pistons politiques. J’ai beaucoup appris sur le domaine des télécommunications, de la télédiffusion et de la high-tech. À l’époque, j’avais toujours pensé que l’Occident était doté d’un meilleur niveau dans ces domaines, mais ce que j’ai découvert plus tard a changé ma vision à ce sujet.

Lors de ma dernière année de licence, ma tendre mère a passé ses mardis et jeudis à l’ambassade de France au Liban. Elle m’a préparé mes dossiers pour viser plusieurs écoles et universités en France. Au final, j’ai été reçu dans une université en Bretagne et une autre à Paris. J’ai fait le choix de la Bretagne car j’avais ce rêve de continuer mes études dans le domaine des radars et pour cela, la Bretagne était reconnue comme étant une des régions les mieux dotées en termes de laboratoires de recherche et d’entreprises dans ce secteur.

À cette époque, le Liban était en plein essor, mais mes parents espéraient un meilleur avenir pour leur fiston. Pourtant, j’avais reçu une offre d’emploi de la part d’une entreprise de télécommunications à Beyrouth et j’avais exploré d’autres pistes pour continuer mes études au pays. Mais le désir de partir en France a pris le dessus, surtout après un parcours scolaire passé dans des établissements francophones et des années à regarder les films des célèbres Louis de Funès, Jean Gabin, Pierre Richard, Daniel Auteuil…

Les derniers jours avant de quitter le Liban, je n’ai quasiment pas dormi. J’ai sillonné le pays, visité plusieurs fois les amis, la famille et fait la fête jusqu’au petit matin… avant d’enchaîner le lendemain par des journées à la plage ou à la montagne. Les au revoir étaient durs… très durs, surtout pour un Libanais bien entouré par la famille et les amis. L’avant-veille de mon départ, j’ai rendu visite à la famille dans le nord du Liban, accompagné de ma mère. En rentrant le soir, sur le chemin de la capitale, elle a senti que j’étais triste et m’a surpris en me disant ces paroles : « Tu sais… si tu ne te sens pas apte à franchir le pas, tu peux rester et accepter l’offre d’embauche à Beyrouth. On pourra également t’aider à continuer tes études… » Ce soir-là, ce n’était pas les paroles que j’attendais… mais plutôt des encouragements pour partir. Aujourd’hui, je pense toujours à ces paroles, et je me dis : « Qu’est-ce qui se serait passé si j’avais opté pour le choix de rester au Liban ? » Quand je vois ce qu’est devenu notre pays, je me dis que j’ai bien fait d’écouter mon destin et non pas mon cœur qui lui me disait de rester dans le cocon familial.

La veille de mon départ, mes parents ont invité mes amis et quelques membres de la famille à dîner. J’ai passé le reste de la soirée à marcher dans les rues de la capitale avec mon meilleur ami avant de lui donner rendez-vous au Liban pour les prochaines vacances.

Le grand jour est arrivé, le 20 septembre 2000, où il fallait partir à l’aéroport et prendre l’avion… Cet avion qui allait m’emmener dans le pays des irrésistibles Gaulois… au pays des Bretons. Les au revoir à l’aéroport étaient amers et pour cacher mes larmes, j’ai mis des lunettes de soleil. En arrivant aux services de la Sûreté générale, le policier m’a demandé de soulever mes lunettes de soleil pour vérifier mon identité. Quand il a vu la couleur de mes yeux, il m’a dit gentiment : « Je comprends pourquoi vous insistez pour garder vos lunettes… Je vous autorise à les remettre. Bon courage et bon voyage. »

Je suis arrivé en Bretagne dans l’après-midi, après une escale à Paris. Une fois sorti de l’aéroport, et sous le crachin breton, j’ai vu une drôle d’enseigne sur laquelle était écrit : « Finistère… fin de la terre ». Je me suis dit en souriant : « Peut-être que les Bretons croient toujours que la terre est plate et que Galilée n’est pas passé par là… » Je suis resté une heure sous le crachin breton en pensant aux 37 degrés que j’avais laissés derrière moi et surtout à la famille et aux amis. Enfin, une lueur d’espoir, un taxi qui passe pour m’embarquer.

Sur le chemin vers le studio, j’ai vu une enseigne de casino. Je me suis dit chouette, je vais pouvoir participer à des tournois de poker. Au Liban, j’ai passé les dernières années à jouer au poker avec les amis et à apprendre les secrets de ce jeu avec le père de mon meilleur ami, doué aux jeux de cartes. À peine arrivé au studio, je suis reparti à pied pour voir ce fameux casino… et en arrivant, j’étais sous le choc en découvrant que c’était un supermarché ! J’ai compris plus tard qu’en France, les vrais casinos sont en dehors des villes principales ou dans quelques lieux touristiques, dans l’objectif de ne pas rendre les gens accros au jeux… et que ce fameux « Casino » faisait partie d’une grande chaîne de supermarchés.

Je suis rentré déçu au studio et je me suis mis à ranger mes valises. En ouvrant une d’elles, j’ai découvert un petit calepin sur lequel ma tendre maman m’avait laissé quelques mots pour m’encourager et me donner quelques conseils. Je venais juste d’oublier mon départ, et à la lecture de ces messages, mon chagrin a refait surface et je me suis remis à pleurer comme un bébé… Le soir, j’ai rejoint un groupe d’élèves Erasmus et un étudiant libanais qui avait appuyé mon dossier auprès du directeur de l’université de Bretagne, du fait qu’il m’a précédé pour continuer ses études en France. Le premier fait qui m’a marqué était de voir tous les étudiants autour de moi en train de rouler des cigarettes, j’ai cru que c’était de la drogue… avant que mon compatriote ne me rassure en me disant qu’en France le tabac était cher et que rouler des cigarettes était monnaie courante. Puis mon compatriote me dit « tu viens avec nous au bar ? » et là encore un choc : au Liban, les bars étaient dédiés aux prostituées… Et mon compatriote de m’expliquer que les bars en France sont simplement des pubs. À partir de là, j’étais plus serein pour faire la fête avec un beau mélange d’étudiants venant des quatre coins du monde.

Le lendemain, je suis parti dans un magasin de téléphonie mobile. Pendant que j’attendais gentiment mon tour, j’ai vu le vendeur en galère pour réparer le téléphone d’une cliente. Je me suis approché du comptoir en lui soufflant : « Désolé, je sais que ce n’est pas mon tour, mais je pourrais vous aider à réparer le mobile… » Et grâce aux astuces que j’avais apprises au Liban, j’ai réussi à redémarrer le téléphone. À ce moment-là, j’ai gagné un nouvel ami et je passais une bonne partie de mon temps libre au magasin de téléphonie à aider et à apprendre au vendeur des astuces pour les réparations. Contrairement aux Libanais, qui préfèrent la frime à la discrétion et préfèrent partager le savoir pour en apprendre plus, j’ai su qu’en France, on préfère garder le savoir pour soi et que les Français sont plutôt discrets. J’ai également noté qu’au Liban on était à la pointe de la technologie et qu’on avait cette force de s’aventurer dans le but d’apprendre et découvrir les dernières nouveautés sur le marché de la high-tech.

Pendant les jours qui ont suivi, je préparais la rentrée universitaire et je faisais quelques courses pour aménager mon studio et ma petite kitchenette. Surtout la kitchenette, car j’étais un grand gourmet et j’avais souvent des petits creux… comme dit Obélix.

Les cours à l’université ont débuté le 3 octobre et j’ai été frappé par la quantité d’équations et de théories à apprendre. Ayant fait le choix d’un institut de télécommunications au Liban, j’ai surtout parcouru la pratique et la technologie, et mis de côté les aspects théoriques. Après quatre jours d’intenses cours, j’ai appelé mes parents pour leur dire que je ne tiendrais pas le coup et que je n’étais pas intéressé par la théorie mais plutôt par la pratique et la haute technologie. Ce jour-là, le Hezbollah avait titillé l’État hébreu qui a fini par donner un ultimatum de 48 heures à l’État libanais avant de déclencher une nouvelle guerre. Mon père m’a surpris en me racontant ces nouvelles et m’a dit que je devrais me débrouiller et viser un avenir meilleur. À ce moment-là, j’ai compris que le retour au Liban n’était pas vraiment une option dans l’immédiat et qu’il fallait que je compte sur mon courage et ma persévérance… Attristé par ce coup de fil, je suis parti à la bibliothèque et j’ai pris tous les bouquins qui traitaient de la théorie. Je me suis mis à réviser et à apprendre les bases de toutes les matières. Ce qui m’a amené à passer des nuits blanches et des week-ends à résoudre des équations et à me replonger dans la physique et les mathématiques appliquées. J’ai fini par réussir cette première année de master et surtout à comprendre les secrets de la physique et des mathématiques que j’avais négligés pendant mon parcours à l’institut de télécommunications. Je suis rentré en juillet au Liban pour effectuer un stage et passer quelques jours de vacances entouré de la famille et des amis. Durant ce stage à Beyrouth, j’ai eu l’occasion de travailler sur des équipements fraîchement arrivés d’une grande entreprise de télécommunications française. Quelques années plus tard, en discutant avec un ingénieur de cette même entreprise en France, j’ai été surpris par sa réaction quand il a su que ces équipements étaient utilisés et déployés au Liban !

À la fin de cet été 2001, et avant de revenir en France, j’ai fait une randonnée dans les montagnes du Nord avec mon oncle et mes cousins. Lors de cette randonnée, mon oncle s’est rendu compte que je n’avais plus la phobie des insectes, que je ne me méfiais plus des plantes à épines et des orties et que je ne râlais pas tout le long du chemin. Il a dit à mes parents : « Désormais votre fils est un adulte et cette année passée en France lui a appris à se débrouiller. »

De retour en France pour la deuxième année de master, je suis retombé à nouveau dans la spirale des cours théoriques. Quelques mois plus tard, j’ai décidé d’arrêter ces études pour aller suivre des cours en cuisine dans une des écoles de gastronomie à Vannes. La cuisine m’a toujours attiré et mon estomac était mon premier cerveau.

Avant de franchir ce pas, nous avions un cours en master sur la physique des matériaux et un ami de l’université m’a dit : « Allez, viens avec nous en cours, tu es le seul à comprendre cette foutue physique des matériaux. » Ce jour-là, le professeur avait exposé les équations complexes des matériaux anisotropes et inhomogènes et après deux heures de cours, j’ai réalisé que les élèves autour de moi n’avaient pas compris grand-chose et que j’étais un des rares à capter le fond de cette théorie. Avant de quitter la salle, le prof m’a interpellé en me disant que ce serait dommage de quitter sans au moins passer les examens de fin d’année… J’ai décidé alors de me donner cette dernière chance. Mais il fallait passer le stage de deuxième année avant d’avoir les résultats finaux… et pour cela, j’ai opté pour un stage à l’école des télécommunications de Bretagne. À la fin de ce stage, le doyen de l’Université de Bretagne m’appelle pour m’inviter à une réunion avec une délégation de profs libanais qui venaient à Brest. Leur visite avait pour but de monter de futures collaborations entre les universités libanaises et l’Université de Bretagne. J’avais été sélectionné parmi les autres élèves libanais pour participer à cette rencontre au cours de laquelle le représentant de l’Université Saint-Joseph m’a surpris en me disant qu’il connaissait bien mes parents. Je suis rentré le soir dubitatif et perdu dans mes pensées. Deux jours plus tard, je reçois un appel de mon père qui m’annonçait qu’il avait eu des nouvelles du doyen de l’Université Saint-Joseph qui l’a félicité pour mon diplôme de master avec la mention bien. Cette bonne nouvelle se couronnait par une bourse d’État pour effectuer un doctorat et enseigner à l’Université de Bretagne.

J’ai vite compris que l’option de la cuisine ne faisait plus partie de mon avenir. Mes parents étaient fiers de moi et surtout de mon courage et de ma persévérance, car je n’étais pas un élève brillant et je préférais passer mon temps dans les restaurants et les cuisines à aller en cours ou faire mes devoirs.

Lors de mes années de doctorat, j’ai discuté avec le directeur du laboratoire de mes stages au Liban au cours desquels j’avais découvert les nouveautés autour de la télévision numérique et les télécommunications par satellite. J’avais eu ainsi la chance d’apprendre les bases de la télévision numérique auprès d’experts qui m’ont encadré et bien appris les bases du métier. J’avais eu également la chance de passer des journées dans des camions équipés de matériels de diffusion et de télécommunications et de déployer plusieurs équipements et liaison hertzienne au Liban.

Le directeur du laboratoire en France était étonné d’apprendre que le Liban possédait de telles technologies et qu’on était à la pointe de la high-tech. En 2004, ce même directeur me convoque dans son bureau pour m’annoncer que le ministère de la Culture et de la Communication en France a chargé son laboratoire de travailler sur le déploiement de la télévision numérique dans un secteur à la frontière italienne et sur la gestion des interférences entre les deux pays. Il voulait que je lui fasse un rapport sur mes connaissances dans le domaine et que partage mon savoir sur la télévision numérique acquis lors de mes stages au Liban. Cela pour montrer l’avancée qu’avait le Liban à cette époque sur les autres pays. Malheureusement, le pouvoir politique en place au Liban à cette époque avait interdit aux entreprises privées de profiter pleinement de ces technologies. Malgré tout, quelques chaînes libanaises avaient une bonne renommée à l’international, surtout grâce à leur qualité de télédiffusion par satellite. C’est à ce moment-là que j’ai saisi le potentiel du Liban d’investir dans les futures technologies et surtout d’être à la pointe de ces technologies. Cela renforçait ma conviction d’obtenir ma thèse pour rentrer au bercail et enseigner dans les universités libanaises… et surtout partager mon expérience avec nos futurs ingénieurs. Au courant de l’année 2004, j’ai commencé à viser des postes d’enseignant au Liban, pour un retour fin 2005, année où j’allais finir ma thèse. En février 2005, alors que je rédigeais ma thèse, j’ai été frappé par la nouvelle annonçant un énorme attentat à Beyrouth et par la suite, la mort de Rafic Hariri…

À ce moment-là, j’ai su que mon rêve de rentrer au Liban était compromis. Mais je voulais continuer à y croire et espérer que la situation resterait stable. Hélas, l’instabilité régna à nouveau au Liban et je découvrais la suite amère des attentats et des conflits à venir…

En 2006, lors de la guerre avec Israël, j’étais privé de vacances d’été au Liban. Au même moment, j’ai appris la bonne nouvelle de l’obtention de la nationalité française. Je commençais à cette période à bien apprécier le calme et la tranquillité en France, tout en pensant aux drames qui frappaient le Liban. J’ai reçu plusieurs réponses favorables de la part d’universités au Liban pour des postes d’enseignement et également des éventuelles collaborations avec la France. Mais j’avais compris que le Liban était perché sur un volcan qui pouvait se réveiller à tout moment…

En 2007, j’ai fait la connaissance de ma bien-aimée, qui deviendra plus tard la femme de ma vie. Par la suite, j’ai eu l’occasion de travailler dans une entreprise internationale et de construire ma vie en France. En 2012, l’air de la Méditerranée me manquait et je commençais à saturer de l’humidité et de la météo en Bretagne. J’ai pu obtenir un bon poste dans le domaine de l’aéronautique dans le sud-est de la France, ce qui allait me ramener au bassin méditerranéen et au climat que j’ai perdu depuis l’an 2000. Je me suis installé avec la petite famille à côté de Marseille, me rapprochant ainsi un peu plus de mon pays natal. Au premier printemps, je sors me balader dans les quartiers de Marseille quand soudain l’odeur des fleurs et des arbres venait investir mes narines… Cette odeur que j’ai toujours sentie lors de mon enfance au Liban.

J’ai eu l’occasion de rentrer au pays pour passer des vacances en famille, et j’étais de plus en plus déçu de voir le déclin et le retard que ce pays prenait par rapport à l’Occident. Jusqu’au jour où la crise éclata et enfonça de plus en plus le Liban dans les abysses de la misère sociale.

Cette année 2022 marque un tournant important, car ça fera 22 ans que je vis en France à égalité avec mes 22 ans vécus au Liban. Dans ce contexte, j’ai décidé d’écrire ce texte, surtout pour faire ce triste constat, pour vous raconter que j’ai quitté le Liban en 2000, notre Liban qui regorgeait de potentiel et d’avenir, notre Liban qui était à la pointe de la technologie, mené par des élites libanaises… Aujourd’hui, le pays du Cèdre est devenu l’ombre de ses ruines et a perdu toutes ses capacités et ses chances de rester la « Suisse du Moyen-Orient ».

Je ne regrette pas mon choix, mais je regrette ces belles années que j’ai vécues au Liban et la foi que j’ai perdue en ce pays. On est contraint aujourd’hui de fuir le Liban, loin de sa famille et ses amis… de chercher le meilleur à l’étranger, et surtout de se battre pour ne pas devoir y revenir un jour. Les Libanais sont éparpillés dans le monde et font de leur mieux pour vendre leurs idées, leur travail sur les traces de la culture phénicienne… la culture des plus vieux commerçants.

Je continuerai à me battre en France et à construire un avenir meilleur pour mes enfants. Je leur transmettrai mes recettes de cuisine et celles de mes grands-mères. Mais je n’arriverai pas à tourner la page de ces belles années et de cette période de ma vie. Je n’arriverai pas à oublier nos belles montagnes, les balades sur notre littoral et dans nos vieux quartiers, l’odeur et les saveurs de nos plats, la couleur de notre ciel et l’accueil des Libanais. J’utiliserai la force, l’expérience et la foi que j’ai acquises… la persévérance et le courage pour éduquer mes enfants et protéger ma petite famille des crises à venir.

Les gens me demandent parfois si j’ai le mal du pays ou la nostalgie… Et ma réponse est non. J’ai plutôt la nostalgie de la belle époque qu’on a vécue, dans un Liban en plein essor. Et cette époque a été balayée et effacée par des dirigeants incompétents et des contextes géopolitiques tendus. Je ne pourrai pas avoir une nostalgie ou le mal d’un pays qui n’existe plus. De mes amis au Liban, il ne reste qu’une petite poignée de ceux qui n’ont pas eu le choix ou la possibilité de partir… mais qui aimeraient le faire si l’occasion se présentait à eux. Quant à ma famille, elle est éparpillée aux quatre coins du monde, et une triste partie résiste au Liban… face au désarroi et au déclin du pays du Cèdre.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

Si j’ai décidé d’écrire ce texte, c’est pour tous ceux qui vivent la même frustration et surtout pour ne pas oublier le Liban… et ce qu’était le Liban.Je suis né à Beyrouth en mai 1978 et j’en suis fier… Fier de mes origines, de mes parents et grands-parents qui m’ont bien éduqué et m’ont transmis les plus belles valeurs de leur culture. Comme tous les enfants libanais de cette époque, j’ai vécu la guerre, changé plusieurs fois d’établissement scolaire, déménagé au rythme des différentes batailles et connu des misères. Mais on s’en est sortis la tête haute, Dieu merci. On a hérité d’une force et d’une résistance face aux crises et surtout, on est devenus des génies de la catastrophe. Des génies qui savent prédire les crises à venir, qui savent s’approvisionner au bon moment et...
commentaires (2)

Il faut écrire un livre ….???

Eleni Caridopoulou

17 h 50, le 01 juin 2022

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Commentaires (2)

  • Il faut écrire un livre ….???

    Eleni Caridopoulou

    17 h 50, le 01 juin 2022

  • drole de courrier des lecteurs, trop long, assez long pour en publier un livre poche.

    Gaby SIOUFI

    15 h 33, le 01 juin 2022

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