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Société - Interview express

Accessibilité aux bureaux de vote : quelques (bien trop timides) avancées

Accessibilité aux bureaux de vote : quelques (bien trop timides) avancées

Un homme sur chaise roulante aidé pour pouvoir accéder à un bureau de vote à Saïda lors du scrutin législatif du 15 mai. Mahmoud Zayyat/AFP

Chaque échéance électorale libanaise s’accompagne de son cortège d’images qui sont une insulte à la dignité humaine : des électeurs sur chaise roulante ou à mobilité réduite que l’on porte, tant bien que mal, dans les escaliers, des gens âgés, fatigués, qui sont obligés de parcourir des distances pour atteindre leurs bureaux de vote, des non-voyants accompagnés par des délégués de liste (et non une personne de leur choix) derrière l’isoloir… Des activistes mènent campagne depuis de nombreuses années pour faire changer les choses, proposant des solutions simples et peu coûteuses afin de rendre le vote plus accessible, plus sûr et plus équitable, non seulement aux quelque 15 % de la population souffrant de handicap (selon les chiffres de l’Union des handicapés du Liban, LUPH), mais aussi à plusieurs autres catégories fragilisées, les personnes âgées en tête. Sylvana Lakkis, présidente de la LUPH, explique qu’une seule recommandation de la campagne Haqqi (qui travaille dans cet objectif) a été partiellement mise en place lors des législatives du 15 mai, que cela reste largement insuffisant mais qu’il s’agit néanmoins d’un premier pas.

Sylvana Lakkis, présidente de la LUPH, militante de longue date. Photo tirée de sa page Facebook

Où avez-vous constaté des progrès et quelles sont les infractions à la loi toujours commises ?

Certains progrès ont été effectués mais restent très insuffisants. Ils se limitent à la mise en place de mesures temporaires découlant de l’une de nos recommandations : celle de privilégier au possible l’installation des bureaux de vote au rez-de-chaussée des bâtiments choisis, généralement des écoles publiques. Cette mesure a été respectée dans un certain nombre de bureaux de vote que le rapport que nous nous apprêtons à lancer d’ici à environ deux semaines déterminera avec exactitude (suivant les premières estimations, autour de 145). Selon les premiers chiffres donnés par le ministre de l’Intérieur, Bassam Maoulaoui, avant le scrutin, 67 % des bureaux de vote ont été aménagés d’une façon ou d’une autre.

Au niveau des aménagements dont parle le ministre, nous avons constaté la construction de rampes dans certains bureaux, mais pas conformes aux normes internationales. Dans certains cas, la signalisation n’était pas au rendez-vous, et les électeurs n’étaient pas informés de ces changements et de ces facilités, aussi imparfaits soient-ils. Cela prouve que les autorités ont pris ces mesures à la va-vite, juste sous la pression.

Nous avons aussi remarqué qu’au cours de ces élections, un tabou a été brisé : pour la première fois, des tentes ont été installées en extérieur pour recevoir les votants, ce que les autorités refusaient catégoriquement auparavant. Mais cette mesure reste trop marginale et elle doit être généralisée à l’avenir.

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C’est finalement notre rapport, basé sur les observations de plus de 200 observateurs sur le terrain le jour du vote, qui nous fournira les chiffres. Il sera axé sur trois facteurs : l’utilisation des rez-de-chaussée (ou non) pour les bureaux de vote ; le comportement des responsables de bureau de vote face au handicap (s’ils facilitent ou non le vote des handicapés) ; l’accompagnement des handicapés (se sont-ils déplacés seuls ou accompagnés ? Ont-ils choisi leurs accompagnateurs ou ont-ils été « aidés » par des partis en échange de leurs votes ?). Nous avons interrogé un grand nombre de personnes handicapées à leur sortie du bureau de vote, certaines n’ont pas répondu mais beaucoup ont confirmé nos soupçons.

À un niveau législatif, ce que nous demandons n’est que ce qui est prévu dans le décret adopté en 2009, durant le mandat de Ziyad Baroud au ministère de l’Intérieur, sur les modalités du vote des personnes handicapées. Ce décret prévoit la création d’une commission au ministère de l’Intérieur, avec des représentants de l’Éducation, des Affaires sociales, et des groupes de défense des droits des handicapés. Or cette commission n’a jamais vu le jour.

En bref, pour des activistes de longue date comme nous, il s’agit d’un début d’action malgré l’insuffisance des progrès. Ce qui est triste, c’est que les personnes âgées restent la catégorie la plus vulnérable et la plus exploitée.

Quelles sont vos recommandations pour la suite ?

Nous allons reprendre notre bataille pour atteindre notre objectif principal, celui de la création de mégacentres qui faciliteront la vie à tous les citoyens, et où un bureau pourra être consacré aux personnes à mobilité réduite, qui pourront s’y inscrire en priorité.

Les élections municipales sont prévues dans un an, nous n’allons pas perdre de temps. Il faut que les faibles avancées réalisées jusque-là soient consolidées et développées.

Qu’espérez-vous des nouvelles figures de la société civile élues au Parlement ?

Il est évident que nous avons espoir dans les nouveaux visages. Ils font partie de nous, nous descendions ensemble dans la rue pour manifester. Nous pensons qu’ils ont plus de crédibilité et d’engagement que les autres à soutenir une cause comme la nôtre, de même pour toutes les autres causes. Nous prévoyons de les rencontrer un par un, pour discuter de ce qu’il y a à faire.

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Malheureusement, au Liban, notre expérience dans la coordination entre groupes civils ou politiques n’est pas concluante. Nous aimerions les pousser à s’unir et à se coordonner entre eux afin de prendre des positions et des décisions qui auront du poids.


Chaque échéance électorale libanaise s’accompagne de son cortège d’images qui sont une insulte à la dignité humaine : des électeurs sur chaise roulante ou à mobilité réduite que l’on porte, tant bien que mal, dans les escaliers, des gens âgés, fatigués, qui sont obligés de parcourir des distances pour atteindre leurs bureaux de vote, des non-voyants accompagnés par des...

commentaires (1)

Il y avait 2 rampes aménagées dans une école officielle d'un grand village du mont Liban. Un progrès pour les vieux et les handicapés, sinon, il n'y avait que des escaliers pour atteindre les salles de vote. Oui, un progrès sûr.

Esber

14 h 41, le 20 mai 2022

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Commentaires (1)

  • Il y avait 2 rampes aménagées dans une école officielle d'un grand village du mont Liban. Un progrès pour les vieux et les handicapés, sinon, il n'y avait que des escaliers pour atteindre les salles de vote. Oui, un progrès sûr.

    Esber

    14 h 41, le 20 mai 2022

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