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Économie - Emploi

Au Liban, le taux de chômage avoisine désormais les 30% selon l’ACS

Taux de chômage des jeunes; dépréciation des revenus; mohafazat le plus touché...  L’Administration centrale de la statistique livre une mise à jour très attendue.

Au Liban, le taux de chômage avoisine désormais les 30% selon l’ACS

Parmi les résultats phares de l'étude, la proportion des jeunes actifs âgés de 15 à 24 ans au chômage au Liban culmine à 47,8 % à début 2022, soit plus du double du taux dévoilé par l’ACS en 2020 (23,3 %). image d'illustration Bigstock

Habitué à compter sur des estimations effectuées par des organisations tierces, le Liban connaît enfin ses chiffres officiels du chômage, au bout de plus de deux ans et demi de crise. Une mise à jour plus que bienvenue effectuée par l’Administration centrale de la statistiques (ACS, rattachée à la présidence du Conseil des ministres), dont la dernière étude sur le marché du travail avait été publiée en janvier 2020 et se basait sur les résultats d’un sondage réalisé entre avril 2018 et mars 2019, une période précédant l’implosion économique et financière du Liban.

Les nouveaux chiffres, collectés et compilés en partenariat avec l’Organisation internationale du travail (OIT) – qui a aussi financé le projet -, ont été diffusés jeudi lors d’une conférence de presse organisée au siège de l’ACS à Hadath (Baabda). Selon les données mises à jour via un sondage réalisé auprès de 5444 ménages « résidant » dans tout le pays (soit 22 046 personnes), le taux de chômage au niveau national concernant la population active avoisine les 30 % (29,6 % plus précisément). Les sondages ont été réalisés entre le 27 décembre et le 31 janvier derniers. L’échantillon est composé à 80 % de nationaux libanais, les 20 % restants étant composés de ressortissants étrangers.

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Autre statistique inquiétante : 49 % de la population au chômage est à la recherche d’un emploi depuis plus d’un an. C’est le mohafazat de Baalbek-Hermel qui affiche le plus mauvais score, avec 40,7 % de la population résidente privée d’emploi (contre 11 % en 2018/2019), tandis que la capitale affiche le ratio le plus faible, soit 24,8 % (contre 11,6 %). Le rapport complet sera publié en juin sur le site de l’ACS.

Les jeunes sont les plus touchés

Lors de la présentation, la directrice générale de l’ACS, Maral Tutélian, a considéré que ces résultats étaient d’une « importance capitale » puisqu’ils permettront « non seulement de quantifier et de comprendre l'impact réel des crises cumulées sur le marché du travail libanais, mais aussi d’apporter des informations sur lesquelles les plans et les stratégies de relance pourront se baser ». A noter que Maral Tutélian a annoncé son départ à la retraite dans environ un mois après 22 ans de service au sein de l’institution. La directrice régionale de l’OIT pour les pays arabes, Ruba Jaradat, a de son côté mis l’accent sur l’augmentation « dramatique » du décalage entre l’offre et la demande sur le marché de l’emploi, ainsi que la sous-utilisation de la main-d’œuvre, passée de 16,2 % en 2018/2019 à 50,1 % début 2022. Ce dernier indicateur représente « la somme des chômeurs, des travailleurs à temps partiel sous-employés, des personnes qui cherchent du travail mais qui ne sont pas immédiatement disponibles et des personnes disponibles pour travailler, mais qui ne cherchent pas du travail », selon la définition d’Eurostat.

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Lors de son étude dévoilée en 2020 sur la période 2018/2019, l’ACS avait déjà relevé que le taux de chômage avait presque doublé en une décennie et avant même le début de l’implosion. Il était en effet passé de 6,4 % en 2009 à 11,4 %, selon une précédente série de sondage effectués sur un échantillon de 9 459 familles (soit environ 40 000 personnes). Les nouvelles statistiques de l’ACS sur le chômage diffèrent en outre des chiffres révélés par d’autres études réalisées sur ce sujet, comme celle de la Banque mondiale, qui en janvier 2022, avait dégagé un taux de chômage de 40 % à la suite d'une enquête par téléphone.

Parmi les autres résultats phares, la proportion des jeunes actifs âgés de 15 à 24 ans au chômage culmine à 47,8 % à début 2022, soit plus du double du taux dévoilé par l’ACS en 2020 (23,3 %). C’est d’ailleurs cette catégorie qui enregistre le plus haut score en ce qui concerne l’intention de quitter le pays, soit 69 %, suivie de près par les résidents âgés de 25 à 44 ans qui sont 66 % à manifester ce désir de départ.

Revenu déprécié

Les autres résultats dévoilés par l’ACS reflètent encore plus le niveau de délabrement de l’économie. Alors que 43,3 % du total de la population avait un emploi au début de la crise, ce taux atteint à peine 30,6 % selon cette mise à jour, soit moins d’un tiers des résidents au Liban.

Pire, les personnes qui occupent un emploi ne sont pas forcément dans une situation idéale non plus. L’ACS dévoile en effet que pas moins de 62,4 % des résidents travaillent « de façon informelle » (ils ne sont par exemple par enregistrés à la Caisse nationale de sécurité sociale). Cette proportion a augmenté de 7,5 points par rapport à 2018/2019. Ils sont 48,3 % à travailler dans un « secteur informel » (non réglementé ou illégal), soit un bond de 13,1 points par rapports aux résultats précédents.

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Quelle que soit leur situation, les résidents libanais sont plus nombreux à être mal rémunérés. Selon l’ACS, le revenu mensuel moyen par personne est passé de 1,2 million de livres libanaises en 2018/2019 à 2,3 millions de livres libanaises début 2022, soit une hausse de 91,7 % sur cette période, alors que l’inflation a atteint un niveau bien supérieur, soit 562 % entre décembre 2018 et octobre 2021. A noter que si les 1,2 million de livres valaient 800 dollars à l’époque où la parité officielle de 1507,5 livres pour un dollar était encore d'actualité, les 2,3 millions représentaient en janvier à peine 92 dollars (en tenant compte du taux moyen de 25 000 livres pour un dollar retenu par l’ACS).

S’agissant des revenus des ménages, l’étude de l’ACS indique que 49,1 % d’entre eux n’ont engrangé que 2,4 millions de livres pendant le mois précédent le moment où ils ont été sondés (soit 96 dollars au taux de 25 000 livres pour un dollar), dont 8 % ont assuré n’avoir encaissé aucun revenu. Seuls 2,9 % des foyers ont accumulé plus de 15 millions de livres (600 dollars) de revenus un mois avant d’être sondés. Pas moins de 83 % des ménages sondés ont indiqué ne pas « pouvoir survivre » plus d’un mois sans revenus, n’ayant plus de réserves disponibles dans lesquelles puiser.

Enfin, en matière d’éducation, et « pour la première fois depuis 2004 » selon Maral Tutélian, le taux d’élèves et d’étudiants inscrits dans l’enseignement public, soit 52,8 %, a dépassé celui dans le privé, qui n’atteint que 36,9 %. Avant la crise, ces ratios atteignaient respectivement 46,5 % et 47,8 %.


Habitué à compter sur des estimations effectuées par des organisations tierces, le Liban connaît enfin ses chiffres officiels du chômage, au bout de plus de deux ans et demi de crise. Une mise à jour plus que bienvenue effectuée par l’Administration centrale de la statistiques (ACS, rattachée à la présidence du Conseil des ministres), dont la dernière étude sur le marché du...

commentaires (1)

ET C,EST TRES PEU. LE CHIFFRE AURAIT DU ETRE PLUS DE 60PCT SI LA PLUPART DES CHOMEURS N,AURAIENT PAS DEJA QUITTER LE PAYS.

L,AUTHENTIQUE LIBRE EXPRESSION

18 h 52, le 12 mai 2022

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Commentaires (1)

  • ET C,EST TRES PEU. LE CHIFFRE AURAIT DU ETRE PLUS DE 60PCT SI LA PLUPART DES CHOMEURS N,AURAIENT PAS DEJA QUITTER LE PAYS.

    L,AUTHENTIQUE LIBRE EXPRESSION

    18 h 52, le 12 mai 2022

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