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Nos lecteurs ont la parole

Ce spectre qui n’en finit pas de planer

Le souvenir du 13 avril. Comme chaque année, les chaînes de télévision diffuseront des émissions et des reportages sur la guerre civile qui a éclaté le dimanche 13 avril 1975 et qui a duré quinze ans. Ces reportages seront plus ou moins objectifs selon les médias. Les plus réducteurs, par paresse ou mauvaise foi, n’imputeront l’évènement qu’au « canardage » de ce maudit bus de Aïn el-Remmané et occulteront l’attentat raté contre Pierre Gemayel qui a eu lieu plus tôt dans la journée, dans ce même quartier, pendant qu’il assistait à la consécration d’une église.

Comme chaque année, de petits évènements commémoratifs auront probablement lieu, de petites marches pour la paix, et c’est très bien. Comme chaque année, tout le monde ira de son petit « tenzakar w ma ten’aad » (Qu’on s’on s’en souvienne mais que ça ne se répète pas), comme pour conjurer une répétition du drame, comme un mantra ou un vœu pieux, à mi-chemin entre la méthode Coué et la superstition.

Comme chaque année, on omettra, volontairement ou pas, les questions essentielles. Combien de fois, depuis la fin officielle de la guerre civile, avons-nous échappé à une nouvelle guerre et combien en étions-nous proches ? Les braises sont-elles éteintes ou seulement dormantes, et si elles ne sont que dormantes, combien faudrait-il souffler pour que la guerre ne s’embrase pas ?

Comme chaque année, on imputera à tous les belligérants la même part de responsabilité dans le déclenchement du conflit pour éviter de donner prise à la discorde, et rendre tout le monde également responsable et coupable nous évite de faire des procès. Comme chaque année, on fera comme si le 13 avril 1975 avait été un malheureux accident, un coup du sort, comme s’il eût fallu de peu, d’un peu plus de retenue, d’un peu moins de malchance, pour que la guerre n’éclate pas. Comme chaque année, on ne parlera pas ou peu des causes profondes de la guerre civile.

Surtout, comme chaque année, on oubliera ou on s’abstiendra, par superstition, pour ne pas réveiller les démons qui dorment, de rappeler que de nombreux facteurs qui ont abouti à cette guerre existent toujours et que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, le spectre d’une guerre civile n’en a pas fini de planer sur le Liban.

On ne dira pas que tant que l’État n’aura pas le monopole des armes et la pleine souveraineté sur son territoire, la guerre ne sera jamais bien loin.

On ne dira pas qu’un nombre important, suffisant, de Libanais n’attendent qu’un ordre, qu’un signe ou même le moindre prétexte pour mettre le quartier d’en face à feu et à sang, sans y réfléchir à deux fois, à visage découvert – et impunément –, comme ce fut le cas récemment à Tayouné, aux portes de Aïn el-Remmané, ou il y a une quinzaine d’années, le 7 mai 2008.

On oubliera de dire qu’une masse de combattants armés, entraînés et organisés est prête pour une guerre civile et attend sans trop s’en cacher « l’heure H », pendant que d’autres ignorent, négligent ou minimisent le danger que cela représente. On oubliera de dire que pendant que certains flânent, s’amusent, vivent normalement, d’autres s’entraînent, prêts à mourir et à donner la mort, pour peu que leur chef les y invite. Le volcan de la guerre est-il éteint ou dormant ?

Tant que de jeunes Libanais se demanderont s’ils auront un jour à porter les armes, à fuir le pays ou à assister impuissants, aux premières loges, à une nouvelle guerre, tant que de jeunes Libanais se demanderont s’ils devront un jour faire face à ce choix ou s’ils y échapperont, la guerre ne sera pas tout à fait derrière nous et restera latente, et son spectre continuera à planer sur le Liban et à le hanter, prête à le rattraper. Et si nous connaîtrons des jours plus ou moins calmes, plus ou moins heureux, nous ne vivrons pas, en réalité, en période de paix véritable, mais dans un entre-deux-guerres à durée indéterminée qui s’étirera comme un élastique jusqu’à la rupture, dans une fuite en avant qui consiste à tout faire pour éviter la confrontation, jusqu’au jour où elle sera inexorable.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

Le souvenir du 13 avril. Comme chaque année, les chaînes de télévision diffuseront des émissions et des reportages sur la guerre civile qui a éclaté le dimanche 13 avril 1975 et qui a duré quinze ans. Ces reportages seront plus ou moins objectifs selon les médias. Les plus réducteurs, par paresse ou mauvaise foi, n’imputeront l’évènement qu’au « canardage » de ce maudit bus de Aïn el-Remmané et occulteront l’attentat raté contre Pierre Gemayel qui a eu lieu plus tôt dans la journée, dans ce même quartier, pendant qu’il assistait à la consécration d’une église.Comme chaque année, de petits évènements commémoratifs auront probablement lieu, de petites marches pour la paix, et c’est très bien. Comme chaque année, tout le monde ira de son petit « tenzakar w ma ten’aad »...
commentaires (1)

ce spectre malheureusement le restera pour encore tres tres longtemps. aussi longtemps que le Liban / les Libanais devront subir certaines communautés alienees a l'etranger. non, je me corrige: tant qu'il y a des politiques Libanais qui menent leurs partisans naifs, aveugles et profondement sensibles a leurs slogans de traitres de la nation.

Gaby SIOUFI

11 h 19, le 15 avril 2022

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Commentaires (1)

  • ce spectre malheureusement le restera pour encore tres tres longtemps. aussi longtemps que le Liban / les Libanais devront subir certaines communautés alienees a l'etranger. non, je me corrige: tant qu'il y a des politiques Libanais qui menent leurs partisans naifs, aveugles et profondement sensibles a leurs slogans de traitres de la nation.

    Gaby SIOUFI

    11 h 19, le 15 avril 2022

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